Témoignages d'anciens combattants:
Norman Silver

Marine

  • Photo des diplômés de la Division "A".
    Norman Silver est le premier sur la droite, dans la troisième rangée.

    Norman Silver
  • Division "A" du HMCS, Montreal, 25 mai 1943

    Norman Silver
  • Cheminée sur le HMCS Nanaimo, septembre 1945. La corvée de nettoyage de la chaudière.

    Norman Silver
  • Photo de Norman en uniforme, le 28 septembre 1945.

    Norman SIlver
  • Portrait de Norman Silver pendant le 50ème anniversaire du Débarquement de Normandie, le 8 juin 1984. Il est en train de ramasser des coquelicots dans un champ des Flandres.

    Norman Silver
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"On avait le sentiment qu’on recevait un traitement un peu injuste, mais n’oubliez pas que c’est la marine canadienne qui a maintenu ouvert le passage vital entre le Canada et les vieux pays."

Transcription

Norman N. Silver. Je suis né le 25ème jour du mois d’octobre 1922 à l’hôpital général de Montréal au Québec. Non, j’étais fils unique. Mon père est mort en 1924 et j’ai été élevé par ma mère et mes grands-parents. Ma mère n’aimait pas trop l’idée, particulièrement la marine. Elle avait peur de l’eau et elle m’a demandé pourquoi je m’étais engagé dans la marine. Et j’ai répondu, bon, c’est ce que j’aimerais. Alors elle a compris qu’il y avait la guerre et que j’étais très content de, d’avoir la possibilité de servir mon pays. Et particulièrement avec ce qui se passait comme c’était le cas à cette époque. Et j’avais le sentiment que c’était mon devoir aussi. Bon, on n’allait pas jusqu’au Japon parce qu’on se serait fait descendre, particulièrement avec une corvette et les dragueurs de mines. On est monté jusqu’au détroit de la Reine-Charlotte et près des îles Aléoutiennes et c’était là nos patrouilles. On patrouillait dans cette zone. On est restés dans cette zone tout le temps jusqu’à la fin de la guerre. Oh, j’aimais bien le Pacifique, oui, c’est un océan plus grand que l’Atlantique. Beaucoup plus grand, parce qu’il va jusqu’au Japon. Evidemment, il devient aussi très agité par moments le Pacifique. C’était le 24 décembre, juste avant la nuit de Nöel. J’étais de quart sur le NCSM Quatsino à minuit moins dix à peu près le 24 décembre. Et je travaillais dans la salle des machines. Les gens dont j’avais pris la relève, les camarades de bord, m’avaient dit qu’ils étaient un peu nerveux parce qu’ils venaient juste d’entendre qu’un de nos bateaux avait été coulé sur la côte est le jour-même, quelques heures auparavant, parce qu’on a quelques heures de décalage entre la côte est et la côte ouest. Et ils étaient censés couler un deuxième navire canadien sur la côte ouest, pour démoraliser la marine. Bon, à peu près dix minutes après que j’ai commencé mon quart à minuit, je travaillais dans la salle des machines, on a reçu un signal sonore du pont supérieur, venant des quartiers du capitaine, là où il se tient, là où il y a toujours un petit peu d’action en cours. On nous avait donné le signal en avant toutes; rendez-vous, on ne sait pas où quand on est en bas dans la salle des machines. Parce qu’on ne peut rien voir du tout d’en bas. On a eu le en avant toutes et on y est allé jusqu’au bout, on n’a pas changé d’équipe à 4 heures du matin parce que les gens qui, les camarades de bord qui devaient nous remplacer à 4 heures étaient en poste là-haut. Alors on est resté dans la salle des machines et ceux qui travaillent dans la chaufferie jusqu’à huit heures du matin quand on a reçu le signal de fin d’alerte. Et naturellement, nous n’avons pas été torpillés ce qui était une bonne chose, avec Noël, être à l’eau ou mort. Et je suis monté tout en haut et j’ai regardé tout autour. Il y avait de nombreux bateaux. Ils ont déclaré qu’on avait coulé un sous-marin allemand, mais personnellement je ne crois pas que ce soit vrai, parce que j’ai seulement vu une nappe de pétrole et je n’ai jamais entendu parler d’un u-boot qu’on aurait coulé après ce jour-là, que ça ait été gardé secret ou pas. On n’en a jamais entendu parler ou ça n’a jamais eu lieu, et je n’avais jamais rien vu qui puisse me faire croire que c’était vrai. Malgré tout, c’était peut-être vrai. Je ne suis pas sûr. On était au courant de tout. On savait exactement quand le, le jour de l’invasion et on connaissait tous les autres événements qui ont eu lieu. Et on était très bien informés quand les bateaux étaient coulés sur la côte, la côte ouest ou la côte est, mais la plupart d’entre eux, tous les bateaux dont je sais qu’ils ont été coulés avec des torpilles c’était sur la côte est pendant la traversée de Halifax en Angleterre et plus haut quand ils se dirigeaient vers la Russie. On a eu 24 bateaux canadiens coulés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et beaucoup de bateaux de la marine marchande et beaucoup de vedette rapides anglaises (BTP) aussi. Un de nos camarades, qui était à bord de l’une de celles qui ont explosées, il est encore en vie aujourd’hui. On avait le sentiment qu’on recevait un traitement un peu injuste, mais n’oubliez pas que c’est la marine canadienne qui a maintenu ouvert le passage vital entre le Canada et les vieux pays, la France, l’Angleterre, et même jusqu’à la Russie, la ligne méridienne ; et si ça n’avait pas été pour notre marine, on ne serait peut-être pas libre aujourd’hui. Parce que quand on a commencé en 1939, on avait seulement une demi-douzaine de bateaux et on a fini avec la troisième plus large flotte du monde. On avait plus de 400 bateaux de combat et c’est sans compter les navires marchands. Voilà pour nos bateaux. Je suis arrivé à Montréal pour ma réforme le 2 octobre, si je ne me trompe pas, mais j’ai reçu ma réforme, envoyée le 28, ça avait pris 4 jours pour arriver à Montréal. Et j’ai débarqué à la station Bonaventure à Montréal, c’est ma ville natale. Et je suis descendu et j’ai embrassé le sol juste là et j’ai dit je me sens bien, maintenant que je suis chez moi et que la guerre est finie. Et quelqu’un a dit, et maintenant qu’est-ce que vous allez faire ? J’ai répondu, la première chose que je vais faire c’est de boire une bonne bouteille de Molson et après je rentre à la maison. (rires) Et c’est ce que j’ai fait. (rires)
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