Témoignages d'anciens combattants:
Colin Francis Fleiger

Armée

  • Colin Fleiger photographié en uniforme avec ses médailles à la Légion Royale Canadienne, filiale no. 3, en 2007.

    Colin Fleiger
  • Collin Fleifer à 16 ans dans l'unité de Réserve avec le 2nd bataillon, régiment The North Shore (Nouveau Brunswick), 1942.

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  • Volin Fleiger à Neguac, Nouveau Brunswick, 1945.

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  • Colin Fleiger et sa femme, Alice, à Chatham, Nouveau Brunswick, 1944.

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  • Colin Fleiger avec sa femme Alice, et Isabelle, la demoiselle d'honneur, le jour de leur mariage, le 21 août 1944.

    Colin Fleiger
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"On était plus proches, je dirais, au Canada on était plus proches de la guerre que les gens le pensaient."

Transcription

Il y avait une guerre à ce moment-là, comme tout le monde le sait. Et tout le monde partait à la guerre, enfin les jeunes de ma génération. Et il y avait un gars en liberté, du nom de Hitler, et nous on pensait qu’il faisait partie des méchants, et c’était bien un méchant. Alors on a décidé qu’il fallait en finir, qu’on allait essayer de le trouver et d’en finir avec lui, avant qu’il aille trop loin, et qu’il en arrive à tuer nos propres frères, nos sœurs, tout ce qu’on avait, nos mères et ainsi de suite. Ils nous entraînaient à tuer. Nous, on nous formait pour ça, tuer. Et on avait des fusils et j’ai suivi un entraînement de tir au fusil et on était là-haut sur les champs de tir et tout ça. Ils avaient une arme anti-char, celle qu’ils appelaient le PIAT, on l’appelait le PIAT, c’était un lance-bombe anti-char d’infanterie. Et c’était fait pour détruire les chars d’assaut. C’était fait pour tirer au sol, on le mettait sur le terrain et on tirait. Et ce truc était à peu près de cette longueur et il envoyait un lanceur comme une bombe. Et au bout de cette bombe, cette bombe avait un ventre, et il y avait quelque chose comme un embout, et ici à l’intérieur il y avait le mécanisme, le déclencheur. Voyez, quand vous percutiez le char. Et c’était pour faire un trou qui traverse le char de part en part et tuer tout ce qui se trouvait à l’intérieur du char. Les troupes qui étaient dedans, les chauffeurs et les gens avec les armes et tout ce qu’ils avaient d’autre à l’intérieur de ce char. Et aussi y mettre le feu, ce qui arrivait la plupart du temps. Et puis à l’autre bout de ça, avec la partie du ventre où se trouvait l’explosif, il y avait une pièce de métal de cette longueur et de l’autre côté, il y avait un anneau qui faisait le tour un peu comme un détonateur, et ça servait à lui faire garder sa trajectoire. Et à l’arrière ici juste avant d’arriver au canon comme ça il y avait un détonateur pour le lancer, et il y avait un truc de cette longueur, comme une espèce de balle, remplie de poudre, imaginez une cartouche de fusil. Et ça la faisait sortir en explosant, et ça allait droit dans le char. Bon, avec certains de ces chars, ça n’avait aucun effet du tout à moins de tirer dans la tourelle ou dans le périscope. Si vous pouviez atteindre la tourelle ça laissait un espace, mais il y aurait tout ça entre la tourelle et le corps du char. Et en l’atteignant par en dessous, elle explosait, et ça coinçait la tourelle. Et ils ne pouvaient plus faire pivoter la mitrailleuse. Alors tout ce qui leur restait dans le char c’était des mitraillettes. Et puis, on avait des grenades, des n°36 et tous ces trucs là. On a suivi un entraînement pour ça aussi. Et qu’est-ce qu’on avait d’autre ? On a eu une sacrée quantité d’entrainements là-bas. Ils nous emmenaient dans leurs locaux et on faisait des arrêts dans certaines pièces ou dans des bâtiments, on appelait ça des locaux de chantier. Et ils nous emmenaient là et ils nous faisait de la propagande, beaucoup de propagande. Et ils avaient des gars quelque part par ici, des gens de la radio ou de la télé, non pas la télé à cette époque, mais des gens de la radio qui étaient là, et même dans leurs spectacles et dans les films, ils étaient là où on se trouvait, et on les verrait aussi à l’écran. Et on pensait que ces gars étaient des allemands et tout ça. Et ils avaient les uniformes, la totale. Ils ont continué, alors je suppose que ce qu’ils étaient, qu’ils ont continué comme ça. Après la guerre, on est allé voir des spectacles, par intermittence, et il y avait les mêmes gugusses qui étaient dans les films, ils venaient de Toronto ou par là, ils avaient un contrat avec CBC. On a découvert ça après coup. C’était des acteurs. Bon, maintenant retour à la guerre, on était plus proches, je dirais, au Canada on était plus proches de la guerre que les gens le pensaient. Parce qu’ils avaient des navires échoués dans le Saint Laurent, ils les avaient juste là. Ils revendiquaient le fait qu’ils en avaient, bon, je sais avec certitude qu’on est allé de Camp Utopia [ Nouveau Brunswick], c’était A30, là où on avait suivi l’entraînement, et une nuit on est descendu jusqu’à Blacks Harbour, là où il y a les Frères Connors. Ils ont une usine de transformation du poisson là-bas et ils nous disent que les pêcheurs ont dit qu’il avaient vu deux sous-marins remonter à la surface là-bas, juste en dessous ou aux abords de Blacks Harbour. Alors on y est allé et on était fin prêts avec l’équipement. Moi, j’avais la mitraillette, la Bren, chargée au maximum de munitions et on avait des grenades à mains dans des poches comme ils disent ici, sur le devant. Et j’en avais quatre là-dedans et deux autres dans ma poche, toutes prêtes. Et on s’est mis en rangs au début du quai, la jetée ils appelaient ça, et on avait le quai ici, la jetée était ici, et derrière la jetée, cette jetée elle était à peu près de cette hauteur, le plot, la mitrailleuse on l’accrochait à lui. Et elle était sur la position automatique, probablement en automatique. Et on entendait ces gars arriver à terre. Et on ne pouvait pas vraiment les voir. Il faisait de plus en plus sombre. Alors le type s’approche et il s’est approché avec la tête qui était à peu près à ça en dessous du quai, ça ici c’est le plot sur le quai, et je l’avais bien en vue. Et j’ai dit à mon numéro deux qui était de ce côté-ci, c’est le gars sur qui ils vont décharger la mitraillette. Je continue à tirer, il a couru juste en dessous. Quoiqu’il en soit, je l’avais mise en automatique et je pouvais le voir comme je vous vois. Il ne devait pas être à plus loin que la distance entre vous et moi. Et cette mitraillette l’aurait atteint en plein ici, ça lui aurait fait exploser le visage, si j’avais ouvert. Mais quand il a vu le canon de cette mitraillette, le dispositif anti-lueur on l’appelle, on regarde sur le devant et quand il a vu ça, il s’est baissé. Et j’ai sorti cette fichue grenade de là et je vais pour la lancer en bas dans le bateau pour leur mettre les tripes à l’air à ces types parce que ça tire de tous les côtés, une grenade ananas comme ils l’appellent, elles ont la forme d’un ananas avec plein de petites stries et elles sont en fer. Et j’en tenais une, j’avais la goupille, la goupille de sécurité était enlevée et j’étais prêt à la lancer là dedans. Si seulement j’avais enlevé la poignée et que je l’avais lancée, en quatre secondes, ce truc les aurait transformés en chair à saucisse. Mais je ne l’ai pas fait, je l’ai gardé dans la main et ils sont remontés et l’un des gars a dit « Tiens-la une minute » et ils ont dit « On est des pêcheurs. » Et je leur ai dit moi-même « Bon sang, on va être fixé dans quelques minutes » et j’ai dit au numéro 2 « Garde-les bien en joue, et tiens le fusil bien en place jusqu’à ce qu’on sache qui c’est.» Alors on a envoyé quelqu’un chercher notre officier, et il est revenu et il en a emmené quatre avec lui au bureau, des Frères Connors. Il les a interrogés et il se trouvait que c’étaient bien des pêcheurs. Mais ils ont dit qu’ils avaient vu un sous-marin par là-bas.
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