Témoignages d'anciens combattants:
John Deluca

Forces aériennes

  • Télégraphe Canadien du Pacifique, 1944.

    John Deluca
  • Lettre adressée aux parents de John Deluca, écrite par Percy Buck, la mère d'un pilote, 1944.

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  • John Deluca (à droite) avec un ami en route pour l'outremer, 1943.

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  • Document d'identité pris par des soldats allemands quand John Deluca a été capturé.

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  • Lettre de John Deluca à sa mère, écrite depuis un camp de prisonnier en Pologne, 1944.

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"Et j’ai mis mon doigt sur « Pouvez-vous me cacher ? » Et ils ont pointé du doigt deux soldats qui arrivaient en courant avec leurs fusils et ils m’ont fait prisonnier."

Transcription

Je suis John Deluca. Je suis né à Port Arthur, qui s’appelle aujourd’hui Thunder Bay, en Ontario. Et je me suis engagé dans les Forces aériennes en août 1942. Le 12 septembre 1944 on nous a envoyé faire un raid à un endroit appelé Wanne-Eikel, dans la vallée de la Ruhr. Et ça allait être une mission de jour. On avait toujours volé de nuit avant ça. Et quand on volait de nuit, on nous rassemblait pour voler en groupe. Ca pouvait aller de 300 à 1000 avions tous ensemble et on choisissait sa place là dedans.

Bon, dans ce raid de jour-là, on nous avait attribué un niveau et on était dans le, à l’avant du premier niveau. Alors nous, on devait voler à la place qu’on nous avait attribué. Autrement on aurait volé au milieu du groupe. Et les allemands avaient mis au point un canon antiaérien qui faisait ses propres corrections, ça s’appelait tirs de DCA. Et on nous en avait parlé ce jour-là au briefing. Et ensuite on a survolé la Hollande, on pouvait voir les projectiles de DCA exploser. Moi je ne pouvais pas les voir parce je faisais face à l’arrière, mais le pilote disait que ça se rapprochait de plus en plus. Il a dit « Je n’aime pas ça » il dit, « Je vais essayer de m’en éloigner. » Et juste après qu’il ait dit ça, il y a eu un énorme boum et j’étais presque effrayé à l’idée de regarder derrière moi de peur qu’il ne reste plus rien d’autre qu’un trou béant. Mais ensuite le pilote a dit « J’ai perdu le contrôle de l’avion, sautez. » Mais moi je ne porte pas mon parachute quand je suis dans la tourelle. Le parachute est dans un casier derrière moi. Je dois me retourner, ouvrir les portes et me pencher en arrière pour prendre le parachute. L’avion était violemment secoué et j’ai dit au pilote, « Tu peux tenir la trajectoire le temps que je prenne mon parachute. » Et il a répondu « Grouille-toi parce que j’ai été touché. » Alors j’ai fait aussi vite que j’ai pu et je suis sorti.

Ici le navigateur avait été blessé par un éclat de balle sur l’aile du nez et le sang giclait dans ses yeux. Et il disait « Je suis touché, je suis touché. » Alors deux des autres gars qui étaient près là où il était assis, lui ont mis ses chaussures et ils l’ont poussé par la trappe. Et lui et le viseur de lance-bombes sont tombés dans les pommes pendant la descente. On était assez haut à 17 000 pieds et avec le manque d’oxygène, facile de tomber dans les pommes. Alors ils sont arrivés en bas, ils se sont faits cueillir par les soldats allemands.

Le pilote est sorti, mais il est mort de ses blessures. C’était une question de survie quand il avait dit, vous savez, « Sautez ! » Ben moi, on nous avait entraînés à sauter, en bas sur la terre ferme, vous savez, mettre le parachute, mettre la tourelle droite pour pouvoir se retourner et voilà. Alors c’était complètement automatique pour moi, quand c’est arrivé. Et ensuite quand je suis sorti, il faisait jour et pas un nuage dans le ciel, je voyais très bien ce qui se passait. Et on était dans une région où il y avait beaucoup de canaux. Et j’ai atterri sur une petite île de forme triangulaire faite de, à cause des canaux tout autour. Et il y avait un, un escadron de défense antiaérienne allemand qui était stationné sur cette île, alors je n’avais pas la moindre chance de m’échapper.

Il y avait quelques fermes sur cette petite île et j’ai atterri juste devant la ferme dans un champ, je crois qu’il y avait des navets qui poussaient ou quelque chose comme ça. Et un jeune couple est venu à ma rencontre en courant et j’ai, on avait un livre avec toutes sortes de phrases en français et en hollandais. Et j’ai mis mon doigt sur « Pouvez-vous me cacher ? » Et ils ont pointé du doigt deux soldats qui arrivaient en courant avec leurs fusils et ils m’ont fait prisonnier.

Ils m’ont gardé toute la nuit dans le bâtiment où ils se trouvaient, sur cette île. Et le jour suivant, ils m’ont emmené à Amsterdam. On m’a envoyé dans un centre d’interrogation à Frankfort, où on m’a laissé en isolement pendant cinq ou six jours, et tous les jours, ils nous amenaient pour les interrogatoires. Et bien-sûr, on avait l’ordre de ne rien dire à part notre numéro matricule et notre nom et finalement, bon, après cinq jours, j’étais dans une pièce qui était, le matelas c’était juste de la paille dans un sac en papier. Et il était plein de puces. Et j’ai compté, j’avais plus de 400 piqures de puces sur le corps. Et à force de les gratter, vous savez, il y avait du sang sur mes vêtements. Le docteur, vous savez, il m’a examiné, je lui ai montré les piqures et il a dit, « Je peux faire quelque chose pour ça. » Et le lendemain ils m’ont fait partir de là et m’ont emmené dans le camp de prisonniers en Allemagne.

La construction du camp de prisonnier était récente à ce moment-là et nous étions dans des petits bâtiments, à peu près dix par quatorze, on était sept, il y avait juste assez de place pour dormir par terre, rien de plus. Nous avions, on nous avait donné une assiette, un bol et un cuiller. La vie dans le camp de prisonniers à ce moment-là ce n’était pas trop mal. Ils ne faisaient pas travailler les prisonniers des Forces aériennes parce qu’ils avaient l’impression qu’on nous avait entraînés à nous enfuir, alors ils nous gardaient à l’intérieur et vous savez, on faisait du sport, du foot et d’autres choses comme ça, on jouait aux cartes. Alors vous savez ce n’était pas si terrible. On recevait des colis envoyés par la Croix Rouge, la nourriture allemande n’était pas très bonne et on avait peu à manger. Mais avec les colis de la Croix Rouge en plus, on avait assez pour s’en sortir.

On est resté là jusqu’à la mi-janvier, quand les russes se sont rapprochés du camp ils nous ont dit de nous préparer à partir à pied. Et on a marché en plein cœur de l’hiver, le jour où on a démarré il y avait une sorte de blizzard qui soufflait. Et on a fait 26 kilomètres à pied ce jour-là. On avait froid et on avait faim et on a marché pendant 17 jours, en dormant dans des granges où n’importe où. Et on était glacé jusqu’aux os et on avait faim, on ne pensait qu’à une chose, la nourriture, et à ce qu’on allait manger si on finissait par sortir de là un jour.

Et puis après ça, on nous a mis dans des wagons à bestiaux, des wagons de marchandises, à peu près 50 par wagon, et il n’y avait pas assez de place pour que tout le monde soit assis. On s’asseyait à tour de rôle. Et on passé encore 17 jours de plus dans ces wagons jusqu’à ce qu’on arrive à un endroit dans le nord de l’Allemagne. Et on y est resté jusqu’au mois de mai. Finalement, les russes ont fait partir les allemands et on s’est dit « Super, on va pouvoir rentrer chez nous maintenant. » Mais ils ne voulaient pas nous laisser partir. Ils disaient qu’on devait d’abord être enregistrés, mais il ne se passait rien. Et on ne nous donnait pas vraiment plus à manger que ce qu’on nous donnait avant ça. Alors l’atmosphère a commencé à se dégrader par là, et finalement la guerre s’est arrêtée et les américains sont arrivés et on a finalement réussi à se débarrasser des russes. On a eu du mal à traverser le Rhin parce qu’il y avait des gardes russes sur tous les ponts et ils ne nous laissait pas passer. Alors finalement, avec le camion dans lequel j’étais on est tombé sur trois correspondants de guerre américains de haut rang et ils nous ont emmenés sur un petit pont où il y avait deux gardes russes et ils nous ont donné des cigarettes et des bouteilles d’alcool en disant « Couvez-les de cadeaux avec tout ça et remontez dans le camion, ensuite on passera à toute vitesse sur le pont. » Et c’est ce qui s’est passé et c’est comme ça que je suis rentré. Et de la vallée du Rhin on est allés en Belgique et on a passé deux nuits en Belgique avant de retourner en Angleterre.

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