Témoignages d'anciens combattants:
Gerald George Connick

Armée

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"Alors je me suis positionné là et puis il a disparu comme l’autre à l’arrière. Et bigre, il y a eu une épouvantable explosion le vieux rafiot a fait une embardée en avant."

Transcription

J’ai dû arrêter l’école et aller travailler quand j’avais 13 ans. Je suis allé dans les chantiers forestiers et je suis parti de là et je me suis engagé dans l’armée. Mais à 19 ans, tout le monde était appelé sous les drapeaux, pendant la guerre. Dès que vous aviez 19 ans, vous receviez une lettre pour aller à Fredericton, si vous viviez dans cette région. Et oui, vous étiez enrôler d’office. Et alors vous n’aviez pas le choix de l’endroit où vous allez. C’est une autre raison. En vous engageant de vous-même, vous aviez un peu le choix, avec quelle unité vous êtes. Mais si vous étiez appelé sous les drapeaux, vous pouviez être enrôlé ici, mais finir dans une unité en Colombie Britannique, tout là-bas sur la côte. Personne n’aimait ça. Et vice versa, la même chose. Ils se retrouvaient ici, c’est là qu’on les envoyaient, de la côté est on les envoyait sur la côte ouest.

On a navigué depuis Halifax sur le Old Latisha, un tube ship . Et on a passé Quinze jours et demi entre Halifax et Greenock en Ecosse, parce que de temps à autres on devait faire machine arrière, pour se cacher de la meute de loups allemande, les sous-marins. Mais on est arrivé de l’autre côté. On était tout en bas sur le pont inférieur. Et j’ai dit, si jamais on la heurte celle-là, on est fichu. Mais de toute façon, ils lançaient leurs grenades sous-marines. Et quand ils les lançaient le vieux rafiot vibraient sur les côtés. Ouais. C’était entre Halifax et l’Ecosse. Et ensuite on est allé de Liverpool en Italie, en passant par le détroit de Gibraltar, Bobby Larivière un gars de Montréal et moi-même on épluchait des pommes de terre en bas dans les cuisines, là où ils préparaient les repas.

Et il cherchaient des volontaires pour les mitraillettes Bren jumelles là-haut sur le pont. Il y en avait deux de chaque côté. Et Bobby m’a dit, « allons-y » il a dit « On pourrait profiter de ce merveilleux soleil méditerranéen pour avoir un joli bronzage. » Ca ne s’est pas passé comme ça, pour ce qui était de se faire bronzer et le matin suivant, juste après qu’on ait commencé ce boulot, ils nous ont attaqués, les avions en piqué allemands. Et ils nous ont attaqués et à huit heures moins dix du matin, huit heures c’est l’heure du repas quand vous naviguez sur un bateau tube. Et vous n’avez que deux repas, le petit-déjeuner et le souper mais pas de dîner. Vous n’avez jamais de dîner. On n’avait pas eu la chance de prendre le petit-déjeuner, et on n’a rien eu à manger jusqu’à 10 heures du soir.

Mais j’ai vu un destroyer être touché à main droite par rapport à nous et ils l’avaient heurté en plein milieu et il s’est plié en deux comme ça et il a coulé. Pas une seule âme s’en est sortie. Et de cette façon, je pouvais plus rien sentir dans tout ce tumulte. J’ai saisi la mitraillette la première fois. L’avion allemand, j’ai pu le voir arriver, l’arrière, la poupe du bateau. Et quand ils sont arrivés tout près, il est sorti de mon champ de vision. Alors j’ai bougé et j’ai fait pivoter la Bren, j’avais un angle de rotation de 90° sur le, là où vous êtes assis, vous pouvez tourner. Et il est à nouveau là sur le côté du bateau. Je lui en ai envoyé une rafale quand il a réapparu. Mais entre 10 et 15 minutes plus tard, il y en a un autre qui s’est pointé droit sur la poupe du bateau. Alors je me suis positionné là et puis il a disparu comme l’autre à l’arrière. Et bigre, il y a eu une épouvantable explosion le vieux rafiot a fait une embardée en avant. Et on a compris ce qui s’était passé seulement après coup. Mais le, c’était un bateau américain le SS Erickson. Et le tireur américain sur son canon de 16mm à la poupe du bateau, quand il a volé devant ses yeux, il a juste tiré sur la corde. Et il s’est désintégré, il a disparu tout simplement. Ouais.

Mais alors, il y avait l’hôpital du 14ème hôpital général, ils l’ont coulé. Notre navire-hôpital, oui. Et ils l’ont coulé et il y avait un nombre impressionnant de, il y avait des infirmières et toutes sortes de gens, sur des radeaux et des bouées. Et l’eau en Méditerranée elle était toute tranquille, une mer d’huile. Pas une vaguelette. Les marins, ils sont passés par-dessus bord et sont descendus dans les échelles de corde. Et on est resté là-haut sur le bastingage, en équipe de secours, et ils les faisaient monté en haut des échelles. Et ensuite on les attrapait et on les tirait à bord. On n’était pas non plus très doux en les montant à bord, on faisait aussi vite qu’on pouvait. Parce qu’on ne savait pas quand le combat allait reprendre. On en a récupéré un bon paquet.

On est allés à Alger, en Afrique du Nord. On est allé à Alger pendant la nuit et on a débarqué les survivants. Je me souviens d’une chose là-bas, le vieil officier britannique était venu et il nous parlait en anglais et il a dit « Quoi que vous fassiez » il a dit « Lacez vos chaussures la nuit » il a dit « Si vous restez pour la nuit. Parce que ces arabes » il a dit « ils vont vous les voler même si vous les gardez aux pieds. » (rires) Et oui.

Alors on a passé la nuit, on n’a eu aucun problème. Mais quand on est arrivés là, il y avait le vieux RMS Queen Elizabeth dans notre convoi aussi. Et elle naviguait en tête. Je vois ses quatre cheminées, bigre, la fumée qui sortait de là. On était en route pour Naples. Et le jour suivant quand on est partis, et on arrivait dans le port de Naples pendant la nuit. Et on l’a croisée qui partait. Elle était là et elle a chargé sa cargaison et elle est repartie. Ouais. Et on est entré dans le port et ce que j’ai vu de pire là-bas, c’était les jeunes enfants, qui sortaient de l’eau en marchant avec des vairons. Des petits poissons. Et ils les mangeaient de suite, tout cru. Tellement affamés. Ils mangeaient les petits vairons tout cru. Les enfants. Et ils nous donnaient deux œufs durs et une pomme quand on descendait du bateau. Et j’ai donné mes pommes, j’avais deux pommes et deux œufs. Et je les ai donnés aux enfants. Parce que nous on allait déjeuner un peu plus tard de toute façon. Mais j’ai vu ces enfants manger, choper ces pommes et les manger. C’est des choses comme ça que vous ne pouvez pas oublier.

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