Témoignages d'anciens combattants:
Leslie Eugene Clark

Armée

  • Leslie Clark en permission à Edimbourg, Écosse, en 1941.

    Leslie Clark
  • La famille de Leslie Clark chez eux à Millbank, Nouveau Brunswick, 1944.
    Au dernier rang, de gauche à droite: Leslie Clark, David Clark (frère), Harold Clark (père), George Clark (frère)
    Premier rang, de gauche à droite: Charlie Clark (frère), Earl Clark (frère).

    Leslie Clark
  • Médailles de Leslie Clark (de gauche à droite): Étoile 1939-45; Étoile France-Allemagne; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45).

    Leslie Clark
  • Médaille de commémoration du 60ème anniversaire de la fin de la guerre.

    Leslie Clark
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"Et je me souviens m’être réveillé deux fois avec les docteurs et le curé près de moi là-bas et le vieux cœur a dû s’arrêter ou quelque chose, et il était reparti."

Transcription

Je m’appelle Leslie E. Clark. J’ai fêté mon 19ème anniversaire dans l’armée, le 20 mai en Angleterre. J’ai eu 23 ans de retour à Halifax, un vieil homme, ouais. J’étais avec mon frère en Angleterre, la compagnie A. Et j’étais le numéro 1 sur un mortier de 5 cm, il était le numéro 2. Alors après qu’on ait pensé à aller au combat, je veux sortir de cette situation, je ne voulais pas qu’on soit ensemble tous les deux, au risque de se faire tuer tous les deux, alors je me portais volontaire pour toutes sortes de choses, comme vous savez, faire la parade, gauche, droite, gauche, droite. Et j’ai rejoins le peloton de pionniers on appelait ça. Et j’ai passé pas mal de temps avec les gars du génie, 16 sapeurs, j’ai pris des cours avec eux et des tas de choses comme ça. Quand on a débarqué, on m’a affecté à la compagnie A, j’étais dans l’assistance matériel alors j’étais un… On m’a affecté à la compagnie A. Ce petit engin de débarquement, j’étais assis ici et mon frère était assis là. Et c’est pourquoi j’ai quitté la compagnie A. Parce qu’ils nous attendaient, c’était des proies faciles quand on a débarqué, le chaland de débarquement. Vous pouviez entendre les balles heurter ce petit chaland qui débarquait là, les coups tirés au hasard, ça défilait à toute allure pendant qu’on débarquait. Et il fallait descendre la rampe et sortir dans ce truc.

J’ai débarqué avec la compagnie A dans le régiment. Quand la compagnie A atteint son objectif, alors la compagnie C va prendre le relais et j’ai dû partir avec la compagnie C. C’était comme jouer à saute-mouton j’ai failli penser. On est arrivé à un endroit appelé Helleville, on y est arrivé le premier jour. J’ai parlé au major Mc Naughton. J’étais avec la compagnie C à ce moment-là, major Mc Naughton faisait partie de la compagnie A. Et moi j’étais censé aller avec eux et je lui ai dit, j’ai dit, « Il y a des allemands là-bas dans ce champ et il y a des allemands derrière ce grand mur ici. » J’ai dit « Il y a des ennemis partout ici. » Et ils ont reçu le mot par ce truc de transmission là pour avancer. Il a eu juste, je lui ai dit, quand il est arrivé au bout du mur, le mur allait comme ça et puis il a tourné comme ça, quand ils sont arrivés au bout du mur, ils étaient embusqués, fauchés là, ouais.

Harold Daley, un de mes meilleurs amis. Un autre gars avec qui j’étais allé à l’école, Andrew Irvin, il était brancardier, secouriste, de la plage juste là jusqu’au mur, il est tombé à côté du, il s’est fait tué aux côtés du gars qu’il essayait d’aider. Ouais.

On était comme des animaux après ça. Je suis sûr, quelque chose comme, après un jour ou deux, j’étais comme un animal. Ouais. Bon, si vous aviez vu un ennemi ou quelque chose comme ça, vous n’hésitiez pas à tirer sur n’importe lequel d’entre eux, pour ce qui est de ça. Mais j’ai aidé à mettre en terre quelques personnes dans des sacs à dépouille ceux avec qui j’étais allé à l’école et tout ça. C’est difficile à endurer.

Ils m’ont demandé une fois, Monseigneur Hickey, le Père Hickey, quand on a enterré trois compagnons, on vous donne quelque chose pour faire des jalons, je suis allé dans une maison, personne dans la maison, et j’ai enlevé le lambris du mur et j’ai fait trois jalons, en forme de croix. Le Père Hickey a mis leurs noms dessus au crayon d’ocre et on avait une petite boite qui ressemblait à une boite de sardine, on a pris les plaques d’identité, on avait deux plaques d’identité. Il a pris une plaque avec son nom, son numéro matricule et tout, et l’a mis au pied de la croix. Enterrés sous le pommier, les trois tombes, l’une était comme ça, juste profond comme ça, juste du sable, enveloppés dans une couverture. Il y avait un corps qui était censé être déplacé pour être dans le cimetière militaire.

J’ai été blessé à l’endroit appelé Carpiquet [France]. Blessé le 4 juillet et je suis rentré en Angleterre le 10 juillet. Et j’étais allongé sur un brancard. Mais j’ai eu la gangrène et pendant six jours, je pouvais sentir mon sang qui coulait dans mon dos, quand le brancard est arrivé, le brancard. Après j’ai été là, six jours, allongé dans ce sang pourri, on pourrait dire, et j’ai dû avoir des selles en six jours, mais ils disaient que je n’avais plus que dix ou douze heures à vivre quand je suis allé à l’hôpital. Et je me souviens m’être réveillé deux fois avec les docteurs et le curé près de moi là-bas et le vieux cœur a dû s’arrêter ou quelque chose, et il était reparti. Mais me voilà aujourd’hui, un bon moment après. (rires)

J’ai eu une bonne vie et tout, après ça, vous savez comment c’est, quand je suis rentré chez moi, je suis resté là pendant un moment et ça ne va pas repousser, alors il vaut mieux en tirer le meilleur parti. Et je dois garder ça dans l’ombre. C’est la façon dont je, je n’ai jamais aimé en parler ou quoi que ce soit. Je ne pouvais pas en parler. Et je me suis simplement effondré après. Ca m’a fait changer d’avis. Comme la religion ? Maintenant je dirais que Harold Day était l’un des meilleurs vivants que j’ai jamais connu. Il s’est fait tué le premier jour. Mais je me suis souvent demandé où ce pouvoir supérieur était d’où on vient et tous ces trucs, comme, vous savez, ces gars comme ça, qui se sont fait éliminer le premier jour, première chose comme ça, vous savez. Ca me fait réfléchir.

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