Témoignages d'anciens combattants:
Harold Alvin “Hal” Shaw

Forces aériennes

  • Portrait de Harold Shaw, juillet 1941.

    Harold Shaw
  • Elizabeth Budd (Shaw), femme de Harold Shaw, marriés le 9 juin 1944.

    Elizabeth Budd (Shaw)
  • Les frères jumeaux Gordon Shaw (à gauche) et Harold Shaw (à droite), juillet 1941.

    Gordon et Harold Shaw
  • Harold Shaw en uniforme de la Légion avec médailles, décembre 2009.

    Harold Shaw
  • Harold Shaw (1er à gauche, 3ème rangée en partant du haut) et Gordon Shaw (2ème à gauche, 3ème rangée en partant du haut), Cours avancé de Lutte anti-incendie, 1942.

    Harold Shaw
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Écoutez ce témoignage

"Le lendemain, il y en avait qui partaient, ils devaient faire un jour de bateau et sept jours de train, ça faisait beaucoup de train, ça. Donc, on monte et je n’ai pas du tout eu le mal de mer."

Transcription

Je m’appelle Harold Shaw, je suis né à proximité de North Bay (Ontario), le 7 février 1922. J’ai exercé plusieurs emplois ici et là, sur les autoroutes, mais on ne gagnait pas beaucoup d’argent, je suis donc allé travailler à la direction des forêts de l’Ontario, j’étais garde-feu. Je ne gagnais que 30 $ par mois. Je ne connaissais rien de rien, rien sur l’armée de l’air, l’armée, la marine. Je savais juste que ça ne me déplairait pas de voler. Donc, avec mon frère et un ami, on s’est dit : « On va essayer de faire partie d’un équipage aérien. » On a donc passé tous les examens, on a réussi, mais on ne savait toujours pas grand-chose de l’armée de l’air. On est allé voir le chef de l’escadron, Drummond, il était à la tête du service des incendies. Il nous a demandé : « Pourquoi est-ce que vous voulez faire partie d’un équipage aérien? » On a répondu qu’on voulait un peu plus d’action, quelque chose à cet effet. Il a dit : « Laissez-moi vous dire qu’on a vraiment besoin de pompiers, est-ce que c’est suffisamment palpitant pour vous? On a vraiment besoin de pompiers. Vous voulez toujours partir? » On a répondu que oui, on voulait. Alors, il a dit : « Bon, je vais vous expliquer ce qu’on va faire. Je vais signer la demande, mais je ne peux pas vous dire jusqu’où elle va se rendre. » L’équipage aérien, c’était fini. Ils nous ont finalement transférés à l’étranger, à Torbay, Terre-Neuve. J’ai suivi l’instruction offerte aux troupes à Trenton [Nouveau-Brunswick]. Il n’y avait pas de bars, rien que de vieux wagons en bois, c’était il y a tellement longtemps. Pas de bars, aucun endroit, mais on prenait tous quelques verres. Quel séjour! On arrive donc à Halifax, mais on ne sait pas quand on va partir. Alors, on se lève le matin, on se met en rang dehors et on défile jusqu’à l’endroit où ils faisaient l’appel. Ils appelaient ces gars et ils leur disaient : « Toi, tu vas là et toi, tu vas là-bas. » Vous savez, c’était le service des incendies d’Halifax. Je suis donc allé parler au chef du service et il m’a répondu : « Ôtez-vous de là, je vais vous y envoyer, enfilez votre habit et tout le reste, on aura besoin de vous à la caserne des pompiers. » J’ai donc obtenu la permission d’aller à la caserne des pompiers. Mais il a ajouté : « Vous n’aurez pas à travailler. » On était donc là à ne rien faire, on ne pouvait même pas quitter la base. Bref, un jour, je devais être en congé, on a décidé d’aller en ville boire une bière. On avait laissé un numéro de téléphone où on pouvait nous joindre. Donc un jour, ils reçoivent un appel comme quoi on devait partir dans la nuit. On a tout de suite pigé ce qu’ils voulaient dire. On est donc allé chercher nos sacs, on est allé se présenter à l’embarcadère et on a embarqué à bord du [SS] Lady Rodney. Je crois qu’il nous a fallu quatre ou sept jours pour arriver à destination. En fait, on faisait partie d’un grand convoi, 76 navires ou plus. Il y avait un contre-torpilleur avec nous, ils ne partaient pas aussi souvent. Le premier jour, on ne pouvait même pas s’approcher de la salle de mess. Le lendemain, il y en avait qui partaient, ils devaient faire un jour de bateau et sept jours de train, ça faisait beaucoup de train, ça. Donc, on monte et je n’ai pas du tout eu le mal de mer. Je monte et il y avait tous ces gars qui ont le mal de mer, ils ont passé un mauvais quart d’heure. Et ce vieux bateau, fallait vraiment voir ça! Je ne savais rien de ce qui allait se passer, puis tout d’un coup, le matin, on entend tous ces tirs, boom, boom, boom, boom. Je me suis dit que les gars faisaient des essais avec leurs fusils. Je crois comprendre que trois navires de ce convoi ont coulé. Et il y avait ce contre-torpilleur qui montait et qui descendait, il était juste à côté du bateau qui servait de leurre, ils changeaient de position tout le temps. Puis finalement, on approche de l’Angleterre, le vieux bateau des troupes, lui, est prêt à repartir pour Torbay et mon dieu, que ça tanguait là-dedans, à toute vitesse. C’est toujours comme ça, non? On est donc arrivé à débarquer et là, j’ai retrouvé mon frère. Ils avaient une caserne de pompiers et tout le reste. Bien, on a eu quelques écrasements à côté de leur colonne blanche, un de ces Lockheed Venturas [bombardiers] revenait et ils ne pouvaient pas se débarrasser de leurs bombes sous-marines. Ils avaient donc appelé pour dire : « Les munitions requises sont là, maintenant. » Mais à chaque fois qu’un de leurs trucs s’écrasait, personne ne sortait. Nous avons quand même réussi à en sauver quelques-uns de ceux qui étaient sortis. Il n’y avait pas vraiment d’incendie, on n’avait pas la possibilité d’y aller et de les éteindre. Après la guerre, quand il y a eu de bons appareils pour éteindre les incendies, c’est devenu différent, c’était le jour et la nuit. En plus, en ce qui concerne les vêtements, vous savez, on avait des bottes en caoutchouc, pis tout ça, et les semelles étaient presque entièrement brûlées. Plus tard, il y a eu des gars qui ont été tués, j’ai vu beaucoup d’écrasements, ils brûlaient, entièrement rôtis. Je vais vous dire, c’était dur à regarder et c’était un travail dangereux. Je vous le dis, c’est vraiment l’une des choses les plus drôles, les plus bizarres. Vous savez quand quelqu’un brûle, quelque chose dans une voiture et qu’on ne veut pas s’en approcher? Eh bien, il semble que quelque chose s’empare de vous. On ne peut pas l’expliquer, vous devez y aller et vous ne pensez à rien d’autre. Vous y allez et vous faites de votre mieux. Si quelqu’un vous avait dit ça avant, vous ne l’auriez pas cru. Mais c’est comme ça que ça se passe.
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