Témoignages d'anciens combattants:
Godfrey “Bud” Schaupmeyer

Armée

  • M. Schaupmeyer en décembre 2009.

    Historica Canada
  • École d'entrainement de Petawawa, Ontario, 9 janvier 1942.

    Godfrey Schaupmeyer
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"Le Canada pensait qu’il y aurait peut-être une invasion japonaise à partir du détroit de Béring. Il fallait donc former des patrouilleurs de pentes de ski."

Transcription

On m’a renvoyé à Petawawa [en Ontario] et je suis devenu membre de la patrouille de ski. Le Canada pensait qu’il y aurait peut-être une invasion japonaise à partir du détroit de Béring. Il fallait donc former des patrouilleurs de pentes de ski. J’ai donc fait partie de cette équipe pendant un certain temps. Mais l’équipe a été démantelée, je crois que j’en ai fait partie jusqu’en janvier 1942. Je suis retourné à Debert [en Nouvelle-Écosse], je suis retourné au régiment. De là, on a nous a envoyés en Angleterre, en 1942. Je crois que c’était en juillet ou en août 1942. On a poursuivi notre instruction en Angleterre. Après le Jour J, j’ai débarqué en France, je crois que c’était le 19 juin, quelques jours après le Jour J.

J’ai débarqué à Gold Beach; cette plage relevait du secteur anglais, pas canadien. Le secteur canadien, c’était Juno [Beach]. On a tout traversé. J’ai traversé la Normandie. La grande bataille, c’était celle de Falaise Gap. On était vraiment nombreux à prendre part à cette bataille. Ensuite, ils ont procédé au retrait des troupes, je crois que c’était le 21 août. Pour la petite histoire, à Falaise Gap, il y avait un homme dans notre division, il venait de Regina, qui a reçu la Croix de Victoria. Il était dans les Calgary Tanks.

Je venais juste d’arriver en Hollande. Je crois qu’on a traversé un des canaux, c’était probablement le canal Albert ou Léopold, je ne me souviens plus, et je me suis retrouvé à l’hôpital d’Anvers [Belgique]. J’ai passé environ un mois à l’hôpital d’Anvers. L’hôpital avait été lui aussi capturé. Le service de santé de l’Armée royale canadienne avait pris possession d’un hôpital, un hôpital militaire allemand. Et quand il a en pris possession, certains médecins et les secouristes allemands sont restés à l’hôpital. Quatre soldats allemands ont porté la civière sur laquelle j’étais, je ne savais pas ce qui se passait, je pensais que j’avais été fait prisonnier ou… enfin, quelque chose comme ça.

Puis, cet hôpital a été touché par une roquette V2. À l’époque, les Allemands tiraient avec ce type de roquette, ils essayaient de détruire les quais du port d’Anvers. Quand nous avions pris possession des quais, ils étaient intacts. Et le fait d’avoir les quais, ça nous faisait gagner beaucoup de temps avec les réseaux d’approvisionnement. Toutes les vivres, les munitions, etc., tout ça était acheminé par des camions qui partaient des côtes françaises et qui roulaient à l’intérieur des terres. Mais avec les quais d’Anvers intacts, les bateaux pouvaient accoster directement à Anvers.

Les Allemands voulaient donc tenter de les détruire et quelques-unes des roquettes V2 étaient en fait – beaucoup d’entre elles sont tombées accidentellement – mais la plupart étaient dirigées sur les quais dans le but de les détruire. Bref, une de ces roquettes est tombée sur l’hôpital et on m’a évacué vers l’Angleterre. J’ai été amené à l’hôpital de Watford, dans le nord de Londres, j’y suis resté un certain temps. Après, on m’a envoyé dans un hôpital pour convalescents, à Farnborough. J’y suis resté jusqu’à la fin de la guerre.

Je pense que d’une certaine façon, le 14 août représente le jour qui a marqué ma guerre. On attendait que commence la bataille de Falaise Gap. On savait ce qui allait se passer ce jour-là. Et bien, la première chose qui s’est produite, c’était à 10 h du matin, on était assis, on attendait que ça commence. Un véhicule semi-chenillé qui appartenait au 12th Manitoba Dragoons avait reculé sur des mines terrestres qui étaient remontées à la surface, mais on ne les avait pas enlevées. Et il a explosé, en tout petits morceaux, une énorme explosion. On n’a jamais retrouvé suffisamment de restes pour les enterrer, c’était vraiment atroce. On nous avait dit que les bombardiers allaient venir, qu’on allait pouvoir les voir à partir des lignes de front dans les environs de Falaise et effectivement, ils sont venus et ils ont commencé à bombarder. Mais 20 pour cent des bombes sont tombées sur nos lignes. C’était probablement le premier tir ami qui a eu lieu pendant notre guerre, cette guerre. En tout cas, le premier dont j’étais au courant.

Nous avons été bombardés pendant un bon moment et j’ai été déporté, physiquement déporté dans la portière d’un véhicule. J’ai eu la tête ouverte, j’ai subi des chocs dans le haut du cou et dans le dos. Mes blessures étaient très graves. Je pensais que j’allais mourir parce que mes blessures à la tête saignaient abondamment. La blessure à la tête en elle-même n’était pas grave, c’était le choc subi dans le haut du cou qui était grave. Et comme je l’ai dit, je suis allé ensuite à l’hôpital d’Anvers, puis en Angleterre. Et je suis resté en Angleterre. La guerre a fini comme on le sait en 1945, mais je suis resté en Angleterre jusqu’en 1946. Puis, je suis revenu au Canada et j’ai été démobilisé. J’ai été démobilisé à Calgary.

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