Témoignages d'anciens combattants:
Martin Henry Porter

Forces aériennes

  • Martin Porter sur un moto Douglas en Angleterre en 1945.

  • Extrait du journal de bord de Martin Porter, 1944.

  • Couverture du journal de bord de Martin Porter, 1944.

  • Extrait du journal de bord de Martin Porter, 1944.

  • Photo de Martin Porter en 2010.

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"Mais à peine débarqués, on a entendu un sifflement suivi d’une grosse explosion. Qu’est-ce qui se passe? Simplement une bombe volante d’Hitler qui venait de tomber tout près. C’était mon premier contact avec l’Angleterre."

Transcription

Je suis Martin Henry Porter, né le 1er juillet 1918 à Millville, en Nouvelle-Écosse. Je vivais donc à la ferme, près de Pictou, en Nouvelle-Écosse, et j’avais environ 21 ans quand les aéronefs de l’école de navigation de l’Île-du-Prince-Édouard ont commencé à survoler la ferme. J’avais l’habitude de les voir et de les entendre là-haut, et j’en suis venu à me dire que je pourrais moi aussi piloter un avion. Parce que j’en connaissais qui le faisaient, je n’étais pas moins bête qu’eux et j’ai pensé que j’y arriverais moi aussi. J’ai donc quitté la ferme, le chien, les chevaux et les vaches, pour me rendre en auto-stop à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et m’enrôler dans la Force aérienne. C’était en août 1942, il me semble. Au centre de recrutement de Moncton, c’est un certain M. Sandy qui m’a reçu en entretien, et je lui ai demandé s’il connaissait Douglator, mon professeur d’anglais à l’école de Pictou. Il m’a répondu que c’était son frère. Et c’a y était, j’ai été accepté le jour même dans la Force aérienne. On demandait alors à tous les enrôlés : « Que désirez-vous faire dans l’armée ? » J’ai répondu que je voulais être dans l’aviation, et on avait le choix d’être pilote ou observateur. Et comme je voulais devenir pilote, on m’a envoyé à Oshawa, en Ontario, à l’école élémentaire de pilotage. C’est là que j’ai fait mes premières armes, piloté mes premiers avions. Et un jour que je survolais seul la région d’Oshawa, le moteur est tombé en panne et j’ai dû faire un atterrissage forcé. Je volais depuis une heure environ, et c’était une étrange journée car il n’y avait absolument aucun vent. J’amorce donc ma descente mais l’avion ne semblait pas vouloir atterrir, il n’y avait pas le moindre vent pour freiner sa course. Et en m’approchant de terre, j’ai pensé qu’il me fallait réagir très vite pour éviter d’atterrir dans le bois tout au bout. J’ai donc remis les gaz à fond pour redresser l’appareil, qui est passé juste au-dessus d’Oshawa. Et comme je survolais le centre de la ville, le moteur a de nouveau flanché. Panne complète. J’ai jeté un œil en bas et tout ce que j’arrivais à voir, c’était les clochers de l’église et l’usine de la General Motors d’Oshawa. Alors j’ai réussi à faire demi-tour en direction de l’aéroport, en espérant pouvoir m’y rendre en vol plané. Et tout allait bien, je perdais progressivement de l’altitude tout en approchant de l’aéroport, et je me disais que j’arriverais sûrement à bon port. Mais comme j’allais me poser, il y a eu soudain cette immense clôture, haute de près de trois mètres. J’ai réussi à l’éviter de justesse, ce qui m’a fait perdre beaucoup de la vitesse, de sorte que l’avion a doucement piqué du nez, touché le sol et fait un tonneau au ralenti. Et je me suis retrouvé sens dessus dessous dans l’avion. Je ne savais trop que faire et j’ai tenté d’ouvrir la porte, mais elle était coincée. J’ai donc détaché ma ceinture pour me laisser tomber sur le toit et tenter d’ouvrir le couvercle de sortie, et comme il était fait d’un plexiglas très mince, un bon coup de botte a suffi pour le dégager. J’ai chuté sur le gazon au-dessous, j’avais quelques égratignures et je saignais un peu, mais sans plus. Le commandant m’a ensuite demandé si je voulais continuer, et je lui ai répondu que oui, parce que j’adorais piloter. « Mais si tu veux encore voler, m’a-t-il prévenu, je te conseillerais de passer à autre chose car nous avons déjà trop de pilotes et que tu pourrais rester au Canada jusqu’à la fin de la guerre sans jamais remonter en avion. » Je suis donc devenu viseur de lance-bombes, c’est-à-dire le type chargé de cibler la trajectoire des bombes. Et je prenais toujours place dans le siège du copilote, de sorte que je pouvais à l’occasion prendre les commandes. Et c’était épatant. Tous les appareils dans lesquels j’ai volé étaient à double commande. Le pilote commandait ses propres gouvernes et il y avait un autre jeu de gouvernes devant le copilote. Le viseur de lance-bombes était donc copilote, en somme. Sur de grandes distances, il m’arrivait de prendre les commandes pendant que le pilote faisait une pause, et j’adorais ça. Je crois que c’est à Lachine, au Québec, que nous attendions notre affectation outre-mer. Et le jour venu, nous avons simplement rempli nos sacs de voyage pour prendre le train vers Halifax, où nous sommes montés à bord d’un navire dont j’oublie le nom, à destination de l’Angleterre. C’était un bateau à passagers assez rapide, qui nous a mené à destination sans convoi. Il a foncé jusqu’en Angleterre sans croiser quoi que ce soit, ni avions ni sous-marins, et nous avons accosté sans encombre à Liverpool. Mais à peine débarqués, on en entendu un sifflement suivi d’une grosse explosion. Qu’est-ce qui se passe ? Simplement une bombe volante d’Hitler qui venait de tomber tout près. C’était mon premier contact avec l’Angleterre. Et c’était tout à fait courant, les gens étaient habitués à se faire bombarder ici et là plusieurs fois par jour. Nous sommes restés un certain temps au cœur de l’Angleterre avant de passer à de plus gros bombardiers, des [Vickers] Wellington, plus lourds et plus difficiles à piloter. On partageait notre temps entre la formation au sol et en vol, et on apprenait au sol tout ce qu’il fallait savoir sur les bombardements, le pilotage et le reste. J’étais prêt à prendre les commandes d’un [Avro] Lancaster quand la guerre a pris fin, et nous en étions très heureux. Car les avions rentraient de mission avec les ailes déchiquetées, les moteurs bousillés et les flancs criblés de balles, sans compter bien sûr tous ceux qui ne sont jamais rentrés. Alors, nous étions bien heureux que les choses se terminent ainsi. Nous avons passé nos examens le jour même de la fin de la guerre. Peu nous importait de les réussir ou non, car nous n’avons plus jamais piloté d’avion des Forces aériennes, c’était la fin de tout. Je suis donc rentré au Canada, puis j’ai été démobilisé.
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