Témoignages d'anciens combattants:
Robert Howard O'Connor

Forces aériennes

  • Robert O'Connor à Red Deer, Alberta, le 10 décembre 2009.

    Historica Canada
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"« Eh bien, pour votre premier briefing, vous serez sans doute un peu nerveux. Vous pourriez même vous sentir malade quand vous apprendrez ce que vous devez faire."

Transcription

Après le cours supérieur de pilotage, on nous a envoyés dans une station située juste au nord d’Oxford, en Angleterre. Il y avait là toute une rangée d’aéronefs Mosquito [de Havilland] et nous ne pouvions croire à notre chance, car nous rêvions tous de piloter un Mosquito. Alors le commandant d’aviation Oakley nous a dit : « Je vois qu’aucun de vous n’a jamais rien fait d’opérationnel. » Non, lui a-t-on répondu, nous venons de terminer notre entraînement aérien. Et notre capitaine, qui avait deux ans d’expérience en formation, a ajouté : « Eh bien, pour votre premier briefing, vous serez sans doute un peu nerveux. Vous pourriez même vous sentir malade quand vous apprendrez ce que vous devez faire. Et si vous regardez autour de vous, observez bien les vétérans, car ils auront sans doute le teint aussi maladif que vous (rires). » Évidemment, nous étions le plus jeune équipage du raid, qui comptait 12 appareils ce soir-là en « mission de jardinage ». Et nous étions le dernier de la formation [tail end Charlie]. Nous devions franchir la côte à deux minutes d’intervalle et à 530 mètres d’altitude. Je ne sais pourquoi on a choisi cette altitude, mais elle était idéale pour servir de cible aux canons antiaériens légers. Nous avons donc survolé la mer du Nord, puis au-dessus de la zone où nous devions tourner vers l’arrière-pays, nous pouvions voir devant nous chaque appareil s’engager l’un après l’autre, et aussi les canons antiaériens qui se dressaient, puis c’a été notre tour. Nous ne connaissions rien d’autre, personne ne nous avait dit quoi que soit, si bien que nous avons simplement volé à 530 mètres en mode de croisière. Et je me rappelle qu’au moment de franchir la côte, comme s’ils connaissaient notre trajectoire, eh bien, les canons ont commencé à tirer, et on voyait au-dessous de nous une sorte de tapis d’étoiles qui flottait en montant de plus en plus vite à mesure qu’on approchait. Et subitement, des balles traçantes ont fusé autour de nous et je me suis dit, mon Dieu, pour chacune de ces balles il y en a quatre ou cinq que je ne peux voir (rires). Quoi qu’il en soit, Hutch a compris ce qui se passait et a complètement ouvert les manettes de poussée pour plonger et se faufiler entre les tirs. Et plus nous avancions dans l’arrière-pays, moins on entendait les canons. Nous avions été touchés en quelques endroits et avons zigzagué un certain temps jusqu’à ce que nous trouvions l’Elbe, puis nous sommes descendus à une centaine de mètres. À mesure que le fleuve rétrécissait, on voyait sur ses deux rives des canons antiaériens tirer en croisé. Alors nous sommes descendus à une trentaine de mètres et les tirs ont continué, mais à si basse altitude, les canons se sont mis à tirer les uns sur les autres. Il y avait aussi quelques intrus, des Mosquitos, qui mitraillaient les deux rives. Eh bien, nous sommes passés au travers. Nous étions toujours à 30 mètres, et comme j’avais une excellente vision nocturne, j’ai soudain vu une ombre devant nous et j’ai dit à Hutch : « Je crois qu’il y a quelque chose dans le fleuve, juste là. » Il a légèrement redressé l’appareil, puis on s’est retrouvé au-dessus d’un navire qui avançait sur le fleuve et on a largué deux mines. On nous ont a ensuite fait rentrer au bercail par la même route. Et en nous approchant de la côte, nous avons eu assez de jugeote pour amorcer une descente à pleins gaz. Nous avons atteint la côte à seulement 60 mètres d’altitude et à une vitesse de presque 700 kilomètres à l’heure. Si bien que les artilleurs n’ont pas eu le temps de s’aligner que nous étions déjà loin. Une fois au-dessus de la mer, nous nous pensions hors de danger et avons amorcé une remontée pour rentrer à une altitude raisonnable, autour de 150 mètres, 1 500 plutôt. Et nous y étions presque, il y avait un magnifique clair de lune, et je crois que Hutch et moi avons jeté un œil au même moment pour voir trois navires à canons antiaériens ancrés côte à côte. Hutch a tout de suite senti le danger et a plongé, encore une fois à pleins gaz. On avait dû chuter d’une soixantaine de mètres quand les tirs ont éclaté. Une vraie pétarade qui a fusé juste au-dessus de nous. Mais le temps de rajuster leur cible, nous avions déjà filé (rires). On est descendu aussi bas que 16 ou 17 mètres, ils pouvaient voir la crête blanche des vagues, puis nous avons filé encore une trentaine de kilomètres à cette altitude avant de remonter. La chance, purement et simplement, nous a sans doute valu ce jour-là de rester en vie.
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