Témoignages d'anciens combattants:
Gordon Wright

Marine

  • Article provenant du journal The Albertam - The Newspaper at the Home, 6 juillet 1944.

    Gordon Wright
  • Photo du caisson en béton coulant dans la Manche.

    Gordon Wright
  • Article du journal The Albertan concernant le HMCS Swanswea, 6 juillet 1944.

    Gordon Wright
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"Dans la Manche, on avait non seulement les tempêtes et les sous-marins allemands, mais on avait aussi les batteries le long de la côte, les champs de mines, toutes sortes de choses à combattre."

Transcription

Je m’appelle Gordon Wright. Je suis né à Carstairs, en Alberta, juste à quelques milles au nord de Calgary. C’est là que j’ai passé mon enfance et que j’ai eu mon éducation de base. Je n’ai pas terminé ma 12e année avant de faire mon service. Je pense que j’avais 15 ans quand je suis entré dans l’unité de réserve des Chars de Calgary. On défilait deux fois par semaine et en été on allait faire des manœuvres au camp militaire du CBRC [Corps blindé royal canadien].

Après mon épisode avec la Réserve de l’Armée et après en avoir bien écopé, dormi dehors et pataugé dans la boue, je me suis dit « mon Dieu, je dois pouvoir faire mieux que ça ». C’est comme ça que je suis entré dans la Marine, je me suis dit « oh, un bon lit chaud tous les soirs et des choses de ce genre ». Donc, je me suis enrôlé dans la Marine.

On nous a envoyé outre-mer pour faire partie de la British Navy, dans ce qu’ils appelaient les nouvelles forces de frappe. C’était des troupes qui ne convoyaient pas vraiment les navires, mais si des sous-marins rôdaient ou qu’ils étaient après les convois, on nous envoyait pour les intercepter. Notre boulot ce n’était pas de convoyer les navires mais de couler les sous-marins. Je pense qu’on a passé la plupart de notre temps autour des bases des sous-marins allemands sur la côte ouest de France : Brest, Lorient, La Rochelle, Saint Nazaire et l’estuaire de la Garonne. Donc on a pas mal réussi. On a trouvé le moyen de participer au torpillage de quatre sous-marins. Pour deux d’entre eux, on a fait des prisonniers et pour les deux autres, il n’y en avait pas. Je trouve ça triste d’une certaine façon, car même si ces gens étaient nos ennemis, penser aux grenades sous-marines qui les déchiquetaient et ne laissaient aucun survivant, c’est atroce.

En tout cas, pour les membres de l’équipage qu’on a sauvé, plus tard, on est devenu très bons amis avec eux. Je devrais mentionner que je pense que c’était à la mi-mai en 1944 que notre groupe, le PG9, a été affecté aux forces d’invasion et qu’on nous a envoyé sur la Manche. Là on a fait un blocus maritime et je pense que six semaines avant le jour J il y avait environ 250 navires militaires allemands dans cette zone. Donc notre boulot c’était principalement de faire un blocus pour qu’ils ne puissent pas pénétrer dans la zone d’invasion. La guerre dans la Manche était différente parce que dans l’Atlantique, les seules choses dont on avait à se soucier c’étaient les sous-marins et les tempêtes. Dans la Manche, on avait non seulement les tempêtes et les sous-marins allemands, mais on avait aussi les batteries le long de la côte, les champs de mines, toutes sortes de choses à combattre. Donc ça chauffait beaucoup là-bas.

C’était très intéressant et c’était une opération d’envergure. Je pense qu’à ce moment-là, le jour J, il y avait quelque chose comme 7 000 navires militaires dans la région. Donc, c’était sans doute une des plus grandes opérations navales de l’histoire. Je pense que la partie navale de l’invasion le jour J a été la raison principale de notre succès. Et on nous a dit que s’ils pouvaient tenir cette tête de plage pendant 30 jours, ils réussiraient. Donc, je pense qu’on a pas débarqué pendant six semaines environ parce qu’on devait rester dans la Manche. Je pense qu’on est allé une fois en vitesse à Falmouth [Angleterre] pour faire le plein de carburant et on est reparti mais c’était une opération assez remarquable et c’était bien d’en faire partie et aussi bien d’en sortir.

On a fait des prisonniers de deux sous-marins. Le deuxième, le U448, a coulé le 14 avril. Quand on a eu les prisonniers à bord, on allait s’asseoir avec eux le soir. Certains d’entre eux parlaient un peu d’anglais je pense. Alors on a passé de bons moments ensemble. Enfin, bien des années plus tard, je pense qu’on a été très très sympa avec nos prisonniers, on leur donnait des cigarettes et on était très sympa avec eux, on ne les maltraitait pas ou des choses de ce genre. Donc bien des années plus tard, je pense que c’était vers 1995, Horst Lamburg, un de nos prisonniers allemands, il voulait revoir certains d’entre nous, alors il m’a envoyé une invitation pour l’une de leurs réunions à Reisenbeck en Allemagne, pas trop loin de Kiel.

Donc, je suis allé là-bas et tout d’abord, j’étais, Horst et sa femme étaient mes hôtes, je suis resté chez eux dans leur maison, juste à l’extérieur de Cologne à Sundern. Nous sommes ensuite allés en voiture à Reisenbeck pour la réunion et j’étais, j’étais un peu inquiet, je me demandais comment j’allais être traité. Mais je n’aurais pas pu tomber sur un groupe de gens plus gentils. Ils étaient tellement reconnaissants. Tous les deux mots, c’était, merci de nous avoir sauvé. Et leur équipe nous a dit : “eh bien maintenant nous fêtons toujours deux anniversaires : le 14 avril, le jour où vous avez coulé notre sous-marin et notre anniversaire habituel. » Et ils ont été extrêmement gentils avec nous.

Après la réunion, Horst et sa femme nous ont emmené à Kiel, et nous avons visité le musée des sous-marins allemands et un des sous-marins qui se trouvait là-bas. J’ai appris pas mal de choses sur les sous-marins pendant que j’étais là-bas. C’était vraiment pas mal de faire ça.

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