Témoignages d'anciens combattants:
Warren George “Red” Urquhart

Marine

  • Portrait de Warren Urquhart pris chez lui à Calgary en permission, quand il avait 18 ou 19 ans. Cette photographie a été prise quand M. Urquhart était encore mécanicien.

    Warren George Urquhart
  • M. Urquhart a photographié son ami Tommy à bord du HMCS Chebucto au printemps 1942. Les munitions sont pour la mitrailleuse du bâteau.

    Warren George Urquhart
  • Photo de l'équipage de navire prise à bord du HMCS Port Arthur lorsqu'il naviguait autour d'Halifax, Nouvelle Écosse, le 23 mai 1944. M. Urquhart est le 3ème marin dans le coin inférieur gauche.

    Warren George Urquhart
  • Warren Urquhart (à gauche), un ouvrier de ligne téléphonique, et un ami Hank Coleman (à droite), travaillant sur une ligne en 1952, après son retour de la Navy.

    Warren George Urquhart
  • Certificat de service de Warren George Urquhart de la Royal Canadian Volunteer Reserve.

    Warren George Urquhart
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Écoutez ce témoignage

"Les gens étaient massés le long du quai 21, observant les obus éclairants exploser dans les airs avant que le navire ne plonge."

Transcription

Eh bien, je suis né à Cereal, en Alberta, le 23 juillet 1923. Nous n’y avons pas vécu très longtemps, peut-être deux ou trois ans, puis il y a eu cette grande sécheresse qui a frappé les Prairies. Et les habitants de Cereal ont déménagé à Olds [Alberta], pas vraiment en groupe organisé, mais beaucoup se sont retrouvés à Olds, où j’ai donc grandi. Il se passe quelque chose partout où l’on va, il y a partout une anecdote à raconter. En Jamaïque, par exemple. Nous avions accosté à Whites, puis nous avons défilé sur la plage du navire pour l’inspection avant de débarquer à terre. De retour à bord, tous nos vêtements avaient disparu. Car les habitants se glissaient en canoë sous les ponts, se faufilant entre les montants des quais, puis ils faisaient passer de longues perches à travers les hublots pour dérober nos vêtements. C’est dire qu’ils étaient toujours contents de voir arriver la Marine. Nous avons quitté la Jamaïque au début décembre, si ma mémoire est bonne, pour remonter la côte et nous arrêter aux Bermudes, où nous avons évité un ouragan. C’était la nuit et nous avons allumé les phares d’alerte, qui avaient environ 25 centimètres de diamètre. L’ouragan nous a ratés de justesse et nous avons poursuivi notre route jusqu’à Halifax pour y accoster vers le 12 décembre, me semble-t-il. Et il y avait quatre mètres de neige empilés de part et d’autre de la rue Barrington. Du courrier m’attendait et on m’a remis une grosse boîte. Je l’ouvre et c’est une boîte de chocolats Moyer’s de ma mère. Et là, je jette un œil à travers le hublot pour apercevoir en face – pure coïncidence – la chocolaterie Moyer’s. Puis on nous a envoyés vers Gaspé pour redescendre le Saint-Laurent jusqu’à Québec, où nous attendaient des convois à escorter jusqu’à Sydney, je crois, au Nouveau-Brunswick. C’est ce que nous avons fait les deux années suivantes, et il y avait beaucoup de sous-marins là-haut. Les gens adoraient nous voir passer en convoi. Il y a un endroit sur le Saint-Laurent où le fleuve bifurque et où se dresse un gros rocher. Ils s’installaient sur la face intérieure du rocher en attendant de nous voir passer. Un matin, à 7 heures, trois bateaux ont été coulés en moins de trois minutes (bruits de tirs). Et l’ASDIC [Commission commune franco-britannique de lutte anti-sous-marine, aujourd’hui appelée SONAR] n’arrivait pas à repérer les sous-marins ennemis. Mais l’un d’eux, tout fier de lui, a fait surface au beau milieu du convoi, et tous les DEMS [navires de commerce dotés d’un équipement défensif] conduisant les ravitailleurs, c’est-à-dire les canonniers utilisés vers le milieu de la guerre, eh bien, ils ont ouvert le feu et les obus volaient de partout. J’étais couché derrière les grenades sous-marines en priant le ciel qu’on soit épargné. Car un cargo de charge britannique rempli de TNT et d’une cargaison de 303 obus avait pris feu après avoir été coulé, je crois que c’était au quai 22 du port d’Halifax, et ils avaient envoyé des types à bord pour défoncer les écoutilles, mais le brasier les en avait empêchés. Ils ont alors lancé un rappel sous les drapeaux dans tous les restaurants et cinémas d’Halifax. Et vous retourniez aussitôt à votre navire si vous le voyiez. Le tiers de l’équipage environ avait entendu l’appel quand je suis remonté à bord. On nous a fait installer un câble de remorque pour éloigner le navire des îles du port, et nous avons tiré 19 charges à hauteur de la ligne de flottaison pour le couler. Mais il y avait sur ce navire encore plus de TNT que sur celui que les Haligoniens avaient fait exploser en 1917 [lors de l’Explosion d’Halifax]. Dès cette tâche accomplie, on nous a envoyés trois semaines en mer pour que personne ne puisse rien dire. Le temps de remonter à bord, tout volait en éclats. Les gens étaient massés le long du quai 21, observant les obus éclairants exploser dans les airs avant que le navire ne plonge.
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