Témoignages d'anciens combattants:
Jack William Banks

Armée

  • Photo contemporaine de Jack Banks (à droite), avec son petit-fils Robert Dehmel et son beau-fils Fred Dehmel.

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  • Lunettes de vue de Jack Banks, datant des années 1940.

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  • Livret de service et livret de rationnement de vêtements qui détaillent le "quoi et quand" du service de Jack Banks.

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  • Photo contemporaine de Jack Banks, debout dans un cimetière en Hollande, 2005, en honneur du 60ème anniversaire de la libération des Pays-Bas. Plusieurs soldats du 48ème Highlanders sont en terré dans ce cimetière.

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  • Médailles provenant des Pays-Bas (à droite). Médaillons pour avoir fait partie de l'équipe de sports gagnante des 48ème Highlanders.

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"« Quand on entrait en Allemagne, c’était écrit ‘’Vous êtes ici en Allemagne, ne fraternisez avec personne’’. Aux Pays-Bas, c’était ‘’Vous pouvez fraterniser avec les gens mais ne vous livrez pas au pillage’’. »"

Transcription

Je m’appelle Jack William Banks. Je suis né le 18 novembre 1925. Quand la Deuxième

Guerre mondiale a éclaté, mon frère a été appelé en 1943 (il est parti en septembre je pense) et moi je me suis enrôlé le jour de mon anniversaire, le 18 novembre 1943. J’étais vraiment patriote à l’époque. Les temps étaient durs. Je travaillais pour l’oncle et la tante de ma future femme. Ils étaient comme une deuxième famille pour moi. J’ai travaillé pour eux pendant quatre ans pour dix dollars par mois. Et voilà que se présentait une chance de voyager et de voir le monde. C’était une aventure. C’est ce que je pensais. En plus d’être patriote, je savais qu’on devait arrêter les Allemands. Même si j’étais un gamin, je savais ça.

D'abord, et c’est la seule fois où j’ai eu honte de l’armée canadienne, il y avait un chargement de train après l’autre qui arrivait au Quai 21 d’où on est parti à Halifax et ils nous ont fait nous aligner. Ils ont amené 69 gars, je m’en rappelle exactement. Ils avaient des menottes aux deux poignets et un grand PM [officier de la police militaire] à leur droite et un autre grand PM à leur gauche et ils traînaient ces gars sur la passerelle d’embarquement du [SS] Nieuw Amsterdam. Certains d’entre eux criaient et pleuraient et se débattaient vigoureusement. Il se trouve que, je pense que beaucoup d’entre eux avaient peur d’aller sur l’eau. Je ne sais pas pour quelle autre raison ils se seraient comportés comme ça. Certains d’entre eux ont été traînés sur les talons et d’autres sur leurs genoux écorchés. Ce qu’ils ont fait à ces gars était absolument dégradant. C’est resté avec moi toute ma vie, de penser à la différence que 69 personnes auraient faite? Il aurait mieux valu qu’ils les laissent ici.

Quand on est tous montés à bord de ce navire, on était sensés partir à 12 h, minuit, et bien sûr, on n’est pas partis. Il y avait des rumeurs selon lesquelles les Allemands nous attendaient dans leurs sous-marins pour nous couler. Ils attendaient, etc. Il se trouve qu’un sergent s’était enfermé dans les toilettes et qu’il s’y était tailladé les poignets avec une lame de rasoir. Quand ils l’ont trouvé, bien sûr, il avait saigné à mort. Il a laissé un message disant que l’eau le terrifiait. Il s’est tué plutôt que d’aller sur l’eau. C’est vraiment pitoyable, non?

Quand on est partis, on a eu des escortes pour sortir d’Halifax le premier jour ou quelque chose comme ça, peut-être même pas autant parce que c’était un bateau rapide. Je pense que je vous ai déjà dit qu’on s’est retrouvés dans une terrible tempête. Je pense qu’on était sensés arriver en Écosse en neuf jours, mais la tempête était tellement violente que ce grand navire ne pouvait pas l’affronter, donc il a fallu faire demi-tour et naviguer avec la tempête. Personne n’était autorisé à monter sur le pont bien entendu. Je peux encore sentir le navire qui montait et qui craquait et ensuite il se couchait sur le côté et on pensait “oh, elle va complètement se retourner” et ensuite il retombait – et vos pieds quittaient le sol. Et ça a continué comme ça nuit et jour, trois nuits et trois jours je pense. Quand ça s’est calmé, ils nous ont laissé sortir. Oh, c’était beau, temps ensoleillé et il faisait chaud. Ils ne nous ont jamais dit où on était mais on a demandé aux gars de l’équipage qui venaient d’Indonésie. [On leur a demandé] où on était et ils nous ont dit qu’on était dans les Açores. Ils ont dit que ceux qui avaient des coups de soleil seraient poursuivis. Beaucoup de gars ont eu des coups de soleil.

Ça nous a pris 13 jours pour arriver à Greenwich en Écosse. Les Allemands avaient un sous-marin qui nous attendait quand on est entrés dans la mer d’Irlande. J’aurais bien aimé pouvoir aller sur le pont mais les escaliers étaient bondés. Ils disaient : « canots de sauvetage” mais vous ne pouviez pas y aller. Les gars qui ont pu y aller disaient qu’on avait un navire d’escorte de chaque côté. On entendait les grenades sous-marines [armes anti-sous-marines] qui faisaient boum, boum, boum, bouh-bouh-bouh-boum. Ils avaient aussi un avion au-dessus de nous qui larguait des choses. Ils disaient qu’une grosse nappe d’huile était remontée à la surface, donc ils se sont dits qu’ils avaient eu le sous-marin allemand. Je ne sais pas. Je n’étais pas là-haut pour voir.

Je me souviens d’avoir traversé le Rhin et de voir les fusils plantés dans le sol. Il y en avait un allemand à l’occasion mais la plupart étaient canadiens. Ils mettaient la baïonnette sur le fusil puis ils le plantaient dans le sol comme ça et ensuite ils accrochaient le casque d’acier du gars au bout du fusil. Il y avait des chevaux et des vaches morts avec leurs pattes en l’air là-bas.

Quand vous alliez en Allemagne ça disait : « Vous êtes en Allemagne. Ne fraternisez pas » [avoir des contacts avec les civils]. Quand vous alliez là où ça disait : « Vous êtes en Hollande », ça disait : « Vous pouvez avoir des contacts avec les civils mais ne pillez pas ». On était 40 à être transportés sur ces portes-mitrailleuses Bren jusqu’à la Haye. Ils disaient que les Allemands circulaient encore avec leurs fusils, mais en fait ils les rassemblaient et les mettaient dans des cellules derrière des barbelés.

On était toujours en guerre, mais il y avait une espèce de trêve. Ils ne nous tiraient pas dessus et on ne leur tirait pas dessus. On respectait la trêve. Peu de gens savent ça, ils avaient un champs de mine qu’ils avaient pris qui faisait 2 milles de large [3,2 km] sur 20 milles [32 km] de long. Ils pensaient que les Alliés allaient envahir cet endroit parce que c’était une plage de sable. Évidemment, ils n’ont même pas fait traverser une barque là-bas mais ils l’avaient terriblement miné, donc on devait empêcher les Hollandais d’aller dans leurs résidences d’été à Scheveningen, en face de la Haye. On a perdu un garçon de 14 ans. Dieu merci, ce n’était pas dans ma rue. Il a lancé un ballon qui est allé de l’autre côté et quand ils s’en sont aperçus, ils ont crié : « ne bouge pas, ne bouge pas », mais le gamin a eu peur. Il pensait qu’il avait fait une bêtise, il a couru vers la clôture et il a mis le pied sur une mine qui l’a tué. Je n’ai jamais vu grand-chose de ce champ de mine, mais il faisait 2 milles de long sur 20 milles de large. Ils ont pris toutes ces maisons et ils les ont complètement aplaties – ils en ont fait un champ.

Je n’ai jamais regretté d’y être allé parce que c’était une guerre qu’il fallait faire. Je me suis senti bien d’y être allé. C’était une aventure du premier au dernier jour. Il y a encore beaucoup de choses que je pourrais vous raconter. [Rires]

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