Témoignages d'anciens combattants:
Theodore Jack Bennett

Armée

  • Theodore Bennett en uniforme a Kingston, Ontario, 1940.

    Theodore Bennett
  • Plage vert, Pourville, la France.

    Theodore Bennett
  • Plage vert, Pourville, la France.

    Theodore Bennett
  • Cimetière de guerre canadien de Dieppe, Hautot-sur-Mer, la France.

    Theodore Bennett
  • Photo de Stalag 8B. Theodore Bennett est le 3e a gauche dans le rang du haut.

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"J’ai appuyé sur le bouton du son pour entrer en communication avec Southam et crack, il a fait exploser mon antenne. À moins de trois pouces près, j’aurais reçu la balle dans l’œil."

Transcription

J’étais radiotélégraphiste, classe 1, attaché à la section L de la 2 e Division [d’infanterie canadienne] et on était à la 6 e Brigade [d’infanterie]. J’étais attaché au South Saskatchewan Regiment pour assurer la communication avec la brigade et c’est comme ça que j’ai débarqué avec eux pour le raid de Dieppe, avec un appareil de radiotélégraphie portable.

On a débarqué, on a couru sur la plage et on est entrés. On a traversé la route principale en passant derrière des maisons et il y avait un genre de jardin ouvert là-bas. Ils ont installé le poste de commandement régimentaire. On était là-bas depuis à peine 15 minutes, Marsh était accroupi à ma droite et il y avait un officier de liaison juste derrière moi. Comment allait-il faire marcher mon appareil avec son microphone laryngien, ça allait être un peu compliqué mais ça pouvait marcher avec l’autre appareil. Devant moi, il y avait Henderson, le télégraphiste auxiliaire. Tout à coup « bang ». Tout de suite après j’étais couvert de boue et j’entends quelqu’un crier : « Mes jambes, mon Dieu, mes jambes, mes jambes. » Je me suis tourné du côté de Marsh, il a toussé une fois, il a toussé du sang alors je me suis précipité vers lui. Il était mort. Il avait un trou dans la tempe droite assez grand pour y mettre le pouce.

Ensuite, l’officier de liaison [responsable des communications] m’a appelé. J’ai couru vers lui et je lui ai demandé « où avez-vous été touché, chef » et il me répond « dans le dos » et je lui ai dit « pouvez-vous vous tourner? je vais essayer et voir » . Il m’a dit « non, non ne me touche pas, ne me touche pas, je ne peux plus sentir mes jambes, je suis sûr que je me suis brisé le dos, appelle un brancardier ». Alors j’ai commencé à beugler pour avoir un brancardier et je me suis tourné et j’ai vu Henderson. Il était couché, le visage à terre dans une flaque de sang. Je sais que je me suis dit comment est-ce que je vais faire marcher deux appareils radio, c’est la première chose à laquelle j’ai pensé. Alors j’ai demandé : « Où as-tu été touché Hank? » et il me répond : « dans l’œil » oh, je lui ai dit : « je vais chercher mon pansement de combat » [trousse pour traiter les blessures]. Alors j’ai sorti mon pansement de combat, ce qu’il ne fallait faire sous aucun prétexte, mais il était couché sur le sien alors je le lui ai donné et il m’a demandé si j’avais établi une communication et j’ai dit : « Mon antenne a été emportée par l’explosion, il faut que j’aille voir si je peux la trouver ». Il m’a répondu : « Bien, je vais faire le pansement moi-même et toi, trouve une ligne de communication ».

J’ai regardé autour de moi et j’ai trouvé les restes de mon antenne et comme j’avais quelques pièces de rechange, je les ai sorties et j’ai établi une communication. Le [Lieutenant-] colonel [Cecil] Merritt est arrivé. Il a dit : « Il faut que vous vous sépariez, vous deux ». Il a dit : « Viens avec moi, Sigs [signaleur] » j’ai dit oui. « Henderson, tu restes ici ». On est partis, on se dépêchait. Ensuite, est arrivé près du pont et il m’a dit : « Tu restes là ». J’étais content parce que quand il est arrivé là-bas, les mortiers s’abattaient sur ce pont comme vous ne pouvez pas vous imaginer. Comment a-t-il fait pour ne pas se faire tuer? je ne le comprendrai jamais, mais il essayait de ramener les gars, il avait même enlevé son cas que et faisait des signes, il essayait de les faire passer et ils essayaient, mon Dieu, ils tombaient, à droite et à gauche, à droite et à gauche, à droite et à gauche. Il a fini par revenir et il a dit : « On ne va pas y arriver, et bien, on va garder la ville ». Les [The Queen’s Own] Camerons [Highlanders] avaient réussi à passer et étaient entrés et maintenant on leur disait qu’il n’y avait pas de renforts avant 25 kilomètres. Après moins de cinq kilomètres, ils se sont retrouvés face à un régiment d’artillerie complet qui les a obligé à se replier en vitesse.

Alors le colonel Merritt a dit : « Nous allons garder la ville et les laisser revenir ». Donc ils sont revenus, ils sont passés par nous et ils sont retournés en bas sur la plage. Ensuite Merritt a dit : « On va se retirer lentement ». Henderson et moi on est restés avec lui et il avait deux gardes du corps et on est retournés sur la plage. Et bien, à l’ouest il y avait une mitrailleuse qui mitraillait la route et les gars se faisaient vraiment tirer dessus. Le Colonel Merritt a dit : « Il faut enlever ça. Donnez-moi deux grenades et couvrez-moi les gars; Sigs, tu restes là ». On a dit d’accord et il est parti. Et il l’a mis hors service. Après on entend tout le monde demander: « où il est? » et on entend des expressions colorées parce qu’à l’est il y avait un tireur d’élite et il devait avoir touché environ six soldats, ça devait être au moins ça et ils criaient « il est où, il est où? ». Merritt entendait ça et il m’a demandé : « Toi et moi on a un contact radio, Sigs? » Je lui ai répondu : « Non chef., je n’arrive pas à capter quoi que ce soit, je pense que c’est à cause de la falaise ». Alors il m’a dit : « Mets-toi dans un espace ouvert et essaie ». Et bien, le seul endroit ouvert c’était la route où le tireur d’élite tirait sur les gars.

Alors je me suis dit que j’allais le chercher et je me suis dit que je n’allais pas me faire tirer dans le dos. Je sais que ça peut paraître bête mais je n’allais pas me faire tirer dans le dos, donc je me suis dirigé face au tireur et c’est la chose la plus intelligente que j’aie jamais faite je pense parce que j’ai eu le temps d’appuyer sur le bouton du son et de dire “Hello, Southam, hello » et « bang », il a coupé mon antenne d’un coup de feu. Deux pouces et demi de plus (6 cm) et j’aurais été touché directement à l’œil. L’appareil sur ma poitrine et l’antenne ont volé jusqu’au bord de mon casque shrapnel. Je me suis roulé par terre et j’ai dit : « J’ai pas pu passer chef » et Merritt a eu un drôle de sourire et un petit rire et il m’a dit : « Tu as essayé, Sigs, ferme-le »..

On l’a fermé et on a attendu. Au bout d’un moment il a dit « je pense qu’on est les derniers parce que plus personne ne traverse la route, dispersez-vous et quand je vous dirai d’y aller, dispersez-vous et courez et allez vers le rempart de mer ». On était cinq vous savez, il y avait encore ses deux gardes du corps. On a fait ce qu’il a dit. Deux barges de débarquement ont commencé à avancer et à ramasser des soldats. Mais elles ne s’avançaient pas directement sur la plage à cause de l’action qu’il y avait là-bas. J’ai commencé à nager et c’était l’horreur. Vous aviez une tête à côté de vous, elle disparaissait sous l’eau et une nappe rouge remontait à la surface et vous ne pouviez absolument rien faire. C’était vraiment incroyable. Quand l’artillerie allemande n’arrivait pas à nous toucher sur la plage, leurs bateaux faisaient le travail sur l’eau. Tout à coup, j’ai eu une des sensations les plus étranges, j’étais en train de nager, je battais l’air de mes bras, puis je me suis retrouvé en l’air, propulsé hors de l’eau et je suis retombé sur les genoux. Ça m’est arrivé deux fois. En tout cas, un des bateaux s’est éloigné, et j’étais à 15-20 pieds [5 à 7 m] de l’autre et je criais et je faisais des signes. J’ai fait demi-tour et je suis parti, j’ai dû refaire le chemin à la nage dans l’autre sens.

Je suis retourné à la nage et j’étais claqué. Je sais que j’ai remonté la plage en vacillant et qu’il y avait de l’eau qui sortait d’un gros tuyau d’égout, d’une profondeur de deux pouces environ [5 cm] et l’eau coulait très rapidement et quand je me suis retrouvé là-dedans, l’eau a littéralement soulevé mon pied droit et la chose dont je me souviens après c’est que j’ai entendu une voix qui disait : « Ne lui donne pas d’eau, il est gorgé d’eau ». J’ai regardé et il y avait un gars blotti à côté de moi, on était derrière un rocher. Alors je lui ai demandé « c’est toi qui m’a retiré de l’eau? » Il m’a répondu : « Oui » et je lui ai répondu : « Merci beaucoup ». Il m’a dit : « Tu étais complètement parti ». [Rires] Je savais.

En tout cas, on est resté là-bas jusqu’à ce que finalement on ne puisse plus rien faire, on n’avait pas de munitions de toute façon. Ils avaient un prisonnier de la force aérienne allemande, ils l’ont fait mettre debout, alors il s’est levé et il a agité un mouchoir blanc et il nous a fait nous rendre.

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