Témoignages d'anciens combattants:
John Hare

Marine

  • Le HMCS Chebogue après qu'il ait été frappé par une torpille en 1944.

    John Hare
  • John Hare debout près de la tombe d'un ami qui a été tué pendant la guerre.

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  • John Hare (au centre) défile avec sa légion le Jour du Souvenir.

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  • Le HMCS Chebogue après qu'il ait été frapé par une torpille en 1944.

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"On l’a vu, on l’a fait s’immerger, mais on l’a perdu. Je veux dire, quand vous êtes au milieu de quelque chose comme ça, c’est comme de chercher une aiguille dans une botte de foin."

Transcription

On avait fait deux ou trois traversées dans un sens et dans l’autre, à escorter des convois. Et on a quitté Londonderry le 30 septembre 1944, avec notre escorte. Nous étions le navire de tête. Le 4 octobre, notre Huff-Duff (HF/DF) a détecté un sous-marin qui renvoyait un signal là où se trouvait notre convoi. On est partis à sa poursuite avec trois autres navires. On l’a vu, on l’a fait s’immerger, mais on l’a perdu. Je veux dire, quand vous êtes au milieu de quelque chose comme ça, c’est comme de chercher une aiguille dans une botte de foin.

On a repéré le sous-marin cette nuit-là. Il revenait du côté de notre convoi. Notre radar l’a repéré, il l’a repéré à 7 heures du soir. On l’a pourchassé jusqu’à 8 heures. Il s’est immergé et quand il s’est immergé, il a envoyé une torpille acoustique, qui se dirigeait sur notre équipement CAAT (dispositif canadien anti torpille acoustique), qui avait pour but d’éviter les torpilles acoustiques, mais malheureusement, quand la torpille est arrivée près de nous, elle a explosé sous la poupe et en a enlevé une douzaine de mètres environ.

J’étais en haut à l’avant. J’étais juste sur le point de retourner à l’arrière quand c’est arrivé. Heureusement, on était à nos postes d’alerte, alors il n’y avait pas beaucoup d’hommes sur le gaillard d’arrière. C’est là qu’ils ont tous été tués. Il y a eu sept morts et sept blessés. La compagnie du bateau toute entière a agit très rapidement. Ils ont consolidé la cloison arrière et ils ont tenu ; et c’est la raison pour laquelle on a réussi à le ramener.

Vous savez, le cuisinier c’était George Fish. Il était dans notre poste d’équipage et on venait de terminer de dîner, et on faisait la vaisselle et tout ça ; et j’étais assis à la table, à lire le Reader’s Digest et George est venu et il m’a pris dans ses bras, m’a fait la prise de l’ours car il était d’une taille imposante. Et ça c’était juste à 7 heures. On passait du bon temps et c’est là que l’alarme a sonné. Il est parti vers l’arrière et moi vers l’avant ; et George était, il ressemblait tout simplement à quelqu’un qui s’était allongé et endormi. Je ne sais pas, il était juste sur le pont principal quand la torpille a frappé par en dessous, alors je ne sais pas si c’est, si c’était la secousse qui l’avait tué ou quoi. Mais il y a un gars qui était passé par dessus le mât et était retombé sur le treuil à l’avant et il ne restait plus rien de lui.

On en a inhumé trois. Un des gars avait été projeté dans l’eau. Le NCSM Giffard l’a récupéré, mais, malheureusement, il était mort et ils l’ont inhumé. Il y a deux gars qui n’ont jamais été retrouvés, ils avaient disparus ; et un autre gars était encore prisonnier des débris. Quand ils sont arrivés à Swansea, on a dégagé son corps de là et il est enterré dans le cimetière là-bas en Angleterre.

Quand vous étiez tué en mer, votre cercueil ou quel que soit le nom que vous voulez lui donner, ils prennent votre hamac ils vous mettent à l’intérieur avec deux projectiles éclairants et ils le cousent tout autour. Le capitaine fait une petite oraison. On tire une salve de canon, puis le marin est basculé par dessus bord et il est immergé en haute mer.

Mon frère, Alan, il a commencé comme quartier maitre 2ème classe et il a gravi les échelons petit à petit. Il était lieutenant quand il a été démobilisé. Et quand moi j’étais sur le Giffard, il était sur le Brantford, une vieille corvette, elle avait été construite à Midland. Et il a fait plusieurs voyages à son bord. Il suivait l’itinéraire de la route triangulaire qui se situait entre New York, Boston, Halifax, Sydney. Puis sa promotion est arrivée, alors il est parti à King’s College et puis après avoir été nommé sous-lieutenant, on l’a envoyé outre-mer. Bon, il est allé sur la côte ouest en premier et ensuite il a été envoyé outre-mer, il a reçu une formation pour les opérations combinées et c’est là qu’il est parti là-bas et a commencé en tant que premier lieutenant sur le chaland de débarquement d’infanterie.

Il était à son bord pendant le jour J et tout ça et puis, Cyril, mon autre frère, Al était l’aîné, ensuite il y avait Cyril et moi. Voyez il a été le premier à y entrer. (rire) Il, il a raconté des bobards en ce qui concernait son âge et il s’est engagé en octobre 1939. Il n’avait que 17 and et demi, mais Al et moi on était, on faisait dans les 1,65m à peu près et Cyril mesurait plus de 1,80m. Quand Al et Cyril étaient en Angleterre et qu’Alan était sur son chaland de débarquement et qu’ils étaient là en bas à Liverpool, Cyril était dans la Highland Light Infantry of Canada. Ils étaient justement stationnés par là, alors ils ont pu se voir et passer du temps ensemble. Et j’ai reçu une lettre de Cyril, il disait, tu sais que le rhum de la marine c’est fort. (rire)

Alan a dit quand on sont partis au combat, leur flottille a pris la Highland Light Infantry à son bord, à 11 heures environ le matin du jour J. Et Alan était là-haut sur le pont et je ne sais pas sur quel LCI se trouvait Cyril, mais, quoiqu’il en soit, il se la jouait un peu quand ils les ont amenés, quand ils remontaient (Falaise) Gap et Cyril s’est retourné et lui a fait un signe quand il est parti, c’était la dernière… Le bateau d’Alan c’était le LCI 263 et il savait lequel c’était parce qu’ils ont traversé la Manche tous ensemble. Quand votre courrier arrive et je me souviens de deux gars qui avaient reçu des lettres de chez eux pour leur annoncer qu’ils avaient perdu un frère, et vous savez, vous pensez, oh mon dieu, j’espère que ça ne m’arrivera jamais à moi, mais on était dans les Bermudes quand j’ai reçu la lettre de mon père me disant que Cyril avait été tué ; et ça vous laisse sur place en quelque sorte. Une de ces choses que vous, vous ne pouvez pas imaginer, alors.

En fait ce qui s’est passé c’est qu’il était sergent. Ils avaient été sur la ligne pendant trois semaines à peu près. Ils faisaient partie de la dernière grande avancée pour entrer en Allemagne. Ils devaient se retirer et aller prendre un peu de repos ; puis ils ont eu un officier inexpérimenté qui est venu et Cyril a dit, bon, je vais l’accompagner et le mettre au courant. Et le lendemain matin, un allemand a lancé une grenade et elle a touché Cyril sur le côté. Ils n’ont pas pu le sortir de la ligne et quand ils ont pu le faire, malheureusement, il avait perdu tellement de sang, il est mort.

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