Témoignages d'anciens combattants:
Simon Alexander “Alex” Kingston

Armée

  • Simon Kingston, Novembre 2009

    Historica Canada
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"Quoi qu’il en soit, l’un des marins m’a donné un couteau de boucher et trois ou quatre d’entre eux m’ont dit de couper leurs cheveux figés dans la glace du pont pour les dégager."

Transcription

Quand on a commencé [la traversée] outre-mer, il y a eu un problème. On a embarqué sur le [NCSM] The Empress of Scotland, et on a débarqué au Groenland. Le navire a dû attendre au large du Groenland une escorte pour aller en Angleterre pendant trois jours. Ils changeaient de direction toutes les sept minutes, en inclinant le bateau complètement de côté pour éviter les sous-marins. À un moment, on m’a demandé de faire le guet pendant trois heures dans le nid de corbeau parce que les marins étaient complètement épuisés et beaucoup d’entre eux étaient malades. La mer était tellement houleuse qu’on changeait fréquemment de direction et on était sûrs que le bateau allait complètement se retourner. Mais après être monté là-haut, je me suis rendu compte qu’il revenait chaque fois à sa position initiale. Le matin, je suis monté sur le pont et tous les gens étaient très très malades. Une substance verdâtre coulait de leur bouche tellement ils étaient malades. Et leurs cheveux étaient collés par le gel au côté du pont. En tout cas, un des marins m’a donné un couteau de boucher et il y en avait trois ou quatre qui voulaient que je coupe leurs cheveux collés au pont. On les a relevé, on les a emmené en bas et on les a réchauffé. Ils étaient couverts de glace à cause des embruns de la nuit, il faisait sous zéro, ils étaient tous recouverts de glace. On avait du mal à les reconnaître avec la glace et ils étaient très très malades. En tout cas, on les a nettoyé et on les a fait descendre. Ensuite, au bout de trois jours, notre escorte est arrivée. Quand on est arrivé en Angleterre, on a eu beaucoup de glace, au point qu’on ne pouvait pas marcher pour descendre du bateau. La traversée de l’Atlantique a été épouvantable. Quand on est revenus, c’était absolument parfait, vous savez. Une journée très agréable, mais pendant la nuit on a dû faire face à une terrible tempête. En fait, ça a été la pire nuit de ma vie. J’ai pensé que je ne survivrai pas. Parce que le bateau, quand il chavirait, il montait si haut dans le ciel que je pensais qu’il allait complètement se retourner. Le marin disait : « Il va revenir, il va être de retour » mais je disais : « Non, cette fois il ne va pas revenir. » Les vagues faisaient 12 m de haut ou plus, vous voyez. Et au large du Groenland, c’était un endroit affreux. C’était très drôle, le lendemain, après que je suis resté toute la nuit, ma fille Roberta avait quatre ans je pense. Elles étaient dans la cuisine et j’étais en train de me raser ou faire quelque chose dans la salle de bain, je devais être à l’intérieur. Je l’ai entendu dire : « le monsieur qui est resté la nuit dernière, est-ce que tu vas le garder? » et [ma femme] Alma a dit : « Oui, je pense qu’on va le garder » et elle lui dit « c’est vrai? je ne sais pas si je l’aime ou pas ». C’est ce qu’elle a dit. Elle a dit « est-ce que tu vas le garder? » et Alma lui a répondu « je pense que oui ». J’étais plus ou moins un étranger pour elle à cette époque parce que je suis parti quand elle était très jeune.
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