Témoignages d'anciens combattants:
Francis Joseph LeBlanc

Armée

  • Médailles de Francis Leblanc (de gauche à droite): 1939-45 Star; France and Germany Star; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45).

    Francis Leblanc
  • Médaille de Francis Leblanc pour l'invasion de la Normandie, provenant de France.

    Francis Leblanc
  • Portrait de Francis Leblanc en uniforme, à 17 ans, en Angleterre.

    Castle Studios, Cardiff
  • Francis Leblanc à Moncton, Nouveau Brunswick, en novembre 2009.

    Historica Canada
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"La plage était déserte lorsqu’on a débarqué. Et environ une demi-heure plus tard, elle était jonchée de soldats morts ou agonisants."

Transcription

Oui, cet avion allemand est passé au-dessus de nous et a largué une bombe. C’était une de ces bombes qui rebondissait. Elle a atterri dans la cour et ensuite elle a touché l’immeuble. Ça a démoli la partie de l’immeuble où se trouvaient les troupes. Beaucoup d’entre eux se sont fait tuer, d’autres n’ont été que blessés.

On entendait ce gars hurler pour qu’on vienne à son secours. On a fouillé dans les décombres et tout et on l’a trouvé, mais on ne pouvait pas le tirer de là parce qu’il y avait un soldat mort couché sur lui. On a dû lui couper la jambe pour pouvoir dégager l’homme qui était vivant. On a fini par y arriver et on l’a sorti en passant par un petit passage et on était presque complètement dehors quand le bâtiment s’est effondré sur nous. Je les ai gardé en vie en retirant la poussière de leur bouche et tout ça. Quand on est retourné dans la rue, le Colonel Lyons, notre colonel, s’est tourné vers le Major Slack et lui a demandé d’écrire [une recommandation?] pour une médaille militaire pour moi et une autre pour l’officier. Le Major Slack a écrit les recommandations mais pas pour moi. Il en a écrit une pour lui alors qu’il n’était jamais allé sur les lieux. Donc, il a eu la médaille et pas moi.

On a embarqué à Southampton [Angleterre], c’était un des points de départ. On était sur ce grand navire et il y avait à peu près 1800 soldats à bord. On a navigué en France. On est arrivé là-bas. L’invasion devait avoir lieu le cinq au lieu du six. Mais il y a eu une grosse tempête sur la Manche et on n’a pas pu commencer l’invasion de la Normandie. Beaucoup de bateaux ont été inondés et tout, mais nous on était sur un grand navire.

Il y avait tout ce qu’on voulait ou ne voulait pas à bord. Ils avaient du chocolat et du poulet, ils avaient des steaks, ils avaient tout. Comme un condamné à mort, son dernier repas. On avait tout ce qu’on voulait. Le jour suivant, le six, on est tous allés sur le pont à 5 h 30 du matin et on est montés dans les LCP, Landing Craft, Personnel, [barges de débarquement de personnel] qui transportaient chacune 18 hommes, trois rangées de six. On est montés à bord et on a formé une flottille qui tournait en rond. Ensuite, tout le monde s’est mis en file et on s’est dirigés vers la côte. Et là, ça a été l’enfer.

Quand on est arrivé sur la plage, on est arrivé assez prêt et ils ont abaissé la porte à l’avant et ils ont dit : « O.K, allez-y ». J’étais dans la rangée du milieu à l’arrière et la rangée à droite est sortie en premier. Le gars du côté droit, il n’était pas sensé y aller tout de suite. Il devait attendre jusqu’à ce que j’y aille et ma sangle était emmêlée. Ça m’a retardé de quelques secondes. Quand il a vu ça il a sauté devant moi et quand il a sauté devant moi, il était sur la plate-forme d’atterrissage et la mitrailleuse l’a coupé en deux. C’est moi qui aurais dû être là, mais j’ai eu de la chance.

On est allé dans l’eau et on a traversé la plage, ensuite on a remonté la plage en courant, jusqu’aux dunes de sable. On a attendu les [Royal] Winnipeg Rifles parce que c’est avec eux qu’on devait aller. Donc, on est allés avec eux. J’étais allongé contre les dunes de sable et je me suis retourné, j’ai regardé en bas sur la plage et le responsable de plage [qui organisait le débarquement des troupes et l’équipement] était là. Il était tombé et je me demandais pourquoi. J’ai couru pour voir et on lui avait tiré dessus. Je lui ai fait un pansement et je suis retourné; ce qui était drôle et je ne sais toujours pas pourquoi je l’ai fait, c’est que j’ai couru dans les rafales des tirs de mitrailleuses, en y allant et ensuite en retournant pour venir au secours de ce gars. Je courais plus vite que mon ombre et je n’ai jamais été touché.

Quand on a débarqué, la plage était déserte. Une demi-heure plus tard, la plage était jonchée de soldats, morts ou en train de mourir.

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