Témoignages d'anciens combattants:
Wilfred Thomas “Jonesy” Jones

Armée

  • Photographie prise pendant l'inspection du groupe par le roi, mai 1944. Wilfred est le 3ème dans le second rang.

    W.T. Jones
  • Jack Anderson, Commandant de troupe de M. Jones, qui a reçu la croix militaire, Pays-Bas, 1944.

    W.T. Jones
  • De gauche à droite: Bill Frizzel (tué), Wilfred Jones (blessé), Jack Rudd (prisonnier), George Lacouve (blessé deux fois), Dermot Patterson (blessé), 4 juin 1944.

    W.T. Jones
  • Ed Holland et Wilfred Jones durant leur dernière permission avant le Jour de la Victoire, mai 1944.

    W.T. Jones
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"« Et je lui ai demandé où il avait trouvé la civière. Il m’a répondu que le gars qui l’occupait n’en avait plus besoin. »"

Transcription

On est arrivé juste à la périphérie de Caen. A ce moment-là, on en était à notre deuxième, je crois, troisième officier. Je pense qu’il y avait moi et deux autres sous-officiers. J’étais sergent et ils étaient bombardiers [ce grade a été remplacé par caporal] et bombardier suppléant [devenu caporal suppléant ou soldat de première classe]. Et la troupe avait de nombreux remplaçants. Et alors Gerry était debout ; on était dans la périphérie de Caen, et on en était à notre troisième officier et je l’avais connu, il avait été artilleur avec nous quand on était à Lindsay [Ontario]. Et il est venu et moi, à ce moment-là, j’avais installer les canons et il a dit qu’il allait faire une reconnaissance. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ce qu’il a fait ; et je ne l’ai revu que trois ans plus tard. Je voulais voir ce qui se passait et alors avec un des bombardiers suppléants nous sommes montés sur la colline et on était dans la périphérie de Caen et on est monté pour faire une reconnaissance, et Gerry nous a vus et a été frappé par un gros obus de mortier et j’ai été touché à la jambe gauche et je suis tombé. Freddy, son nom c’était Freddy Gitarmsan et il venait du Saskatchewan, il m’a juste attrapé par les épaulettes, je portais mon attirail de combat, et il est redescendu de la colline en courant en me traînant derrière lui et je tenais ma jambe. Bon, on était ce qu’ils appelaient une « unité bâtarde ». On n’avait pas de brancardiers ou quoi que ce soit de ce genre, ce qui était lamentable quand on y pense. Mais, en tout cas, on est arrivé derrière ce bâtiment et ce qui est drôle là-dedans c’est qu’il y avait des tranchées de tir [tranchées étroites] là-bas et pendant qu’on était là, il y avait un petit garçon qui regardait par la fenêtre. Et tout le monde s’est exclamé, mon Dieu il y a un gamin là-bas. Mais, en tout cas, Freddy a contourné l’arrière du bâtiment et il est revenu et il avait un brancard. Et je lui ai dit, où est-ce que tu as trouvé ce brancard ? Il a répondu, et bien, le gars qui était dessus n’en a plus besoin. Alors ils m’ont mis sur le brancard et ils m’ont mis sur la chenillette parce qu’on n’avait pas de secouriste ou quoi que ce soit. Alors ils m’ont mis sur le brancard et Freddy a grimpé dedans avec Jack le chauffeur, et nous voilà partis. Et on s’est arrêtés à un poste de secours sur la route, sur la chaussée je devrais dire, et il y avait un officier et il est sorti et il m’a planté plusieurs aiguilles dans le corps et ils m’ont sorti de la chenillette et ils m’ont mis à l’arrière d’un poids lourd de une tonne cinq. J’avais un pistolet automatique allemand à l’intérieur de ma tunique et j’avais eu l’intention de le donner à Freddy, mais j’avais oublié. Et alors on était sur la route et le camion s’est arrêté et j’ai pensé, bon, je vais me débarrasser de cet automatique. Je ne voulais pas me tirer dessus ou quelque chose comme ça, vous savez, on ne sait jamais, avec un automatique, alors. J’étais juste en train de le sortir quand le chauffer est venu derrière et il a dit, donne-moi cet automatique. Et j’ai dit, ouais et tu me donnes un reçu pour ça et il a dit, imaginez demander un reçu après avoir été… Je croyais que j’allais le rapporter à la maison, je suppose. Mais quoiqu’il en soit, après je, je ne sais pas, je suis tombé dans les pommes et juste après, j’étais à l’extérieur d’une tente, une tente de l’armée, une petite, je ne sais pas si vous les connaissez ou pas, mais ce sont juste des tentes avec un toit pointu. Et j’étais étendu sur le sol et un aumônier était à genoux à mes côtés. Et je lui ai dit, est-ce que je suis en train de mourir mon Père ? Il a dit, non, je suis juste en train de vous laver le visage. Et puis, je suppose, je suis retombé dans les pommes. Ensuite on était sur un terrain d’aviation. Bon, ce n’était pas un terrain d’aviation, c’était le champ d’un fermier avec une piste dessus et l’avion est arrivé et ils nous ont fait monter dedans et il y avait une infirmière là et elle a demandé à tout le monde comment on se sentait et je lui ai dit, c’était une infirmière militaire, et je lui ai dit, je suis seulement en train de mourir de soif, j’étais allongé en plein soleil. Et bien, a-t-elle dit, je suis désolée, vous ne pouvez pas avoir d’eau. Et j’ai dit, bon sang mais pourquoi pas ? Et elle a répondu, bon, on ne donne pas… Bien, j’ai dit, il me faut de l’eau. Je suis tellement stupide, elle a dit, bon, voilà. Et ils avaient des tubes qui descendait avec de l’eau dedans et vous pressez sur la pince et l’eau sort. Alors j’ai eu une gorgée d’eau et j’ai commencé à avaler et je me suis senti mal et j’ai tout recraché sur l’infirmière. Bon, tout le monde m’en a fait voir de toutes les couleurs sur le chemin du retour en Angleterre et c’était des anglais là-dedans. On a atterri quelque part aux alentours d’Oxford, c’était tout près d’Oxford en tout cas, et quand on a atterri, il avait du pleuvoir parce que une pluie de gouttelettes est remontée et le gars est sorti et a dit, bon, ça y est les gars, est-ce que ce n’était pas un bon atterrissage et tout le monde lui répond que ce n’en était pas un. Puis je suppose que je suis tombé dans les pommes et quand je me suis réveillé, j’étais sur un brancard et le brancard était comme un plan de travail, à la hauteur de la taille vous savez. Tous les membres du personnel portaient des uniformes vert mais, bien-sûr, je n’ai pas réalisé où j’étais. Et ils n’étaient pas verts comme les uniformes de l’armée, c’était des uniformes d’infirmiers verts et des uniformes d’auxiliaires médicaux verts. Evidemment, j’ai pensé, diable, j’ai été capturé. Et j’ai commencé à me battre et à renverser les bouteilles et tout le reste, et ils m’ont fait une piqûre dans le bras et ça a réglé le problème. Et puis quand je me suis réveillé, j’étais au lit, oh, je ne sais pas, il ont pris ma plaque d’identité et mon livret de solde et tout le bataclan et ils m’ont posé plein de questions, et ils m’ont refait une piqûre dans le bras et me voilà à nouveau endormi. Et puis juste après, j’étais en train de me réveiller à l’extérieur du bloc opératoire et pendant que j’attendais, je ne sais pas si j’ai mentionné ça, mais pendant que j’attendais qu’ils me trouvent un brancard, j’ai été blessé à nouveau, il y a eu une explosion aérienne et un éclat d’obus a atterri sur ma poitrine et m’a brûlé à travers ma tunique et ça m’a brûlé dans la poitrine. J’ai encore aujourd’hui deux marques rondes. Mais quoiqu’il en soit, j’étais à l’hôpital John Radcliffe et c’est là qu’on a découvert la pénicilline. Et comme j’étais le seul canadien là-bas j’ai été vraiment très bien traité. J’étais le seul canadien là-bas et tout le reste c’était des soldats anglais et écossais et bien-sûr, parce que j’étais le seul canadien là-bas, c’est la seule raison je pense qui a fait que l’infirmière s’occupait un peu mieux de moi et peut-être aussi parce que j’étais blessé à deux endroits, je ne sais pas. Mais le gars à côté de moi, il m’appelait Jammie. Il avait perdu une jambe lui aussi et il s’appelait George, et on est devenus de très bons amis.
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