Témoignages d'anciens combattants:
Herbert Britton

Armée

  • Herbert Britton avec des enfants néerlandais, 1945.

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  • H. Britton et R. Barrett, Pays-Bas, janvier 1945.

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  • H. Britton pendant sa corvée de cuisine, 1941.

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  • Insignes d'épaules de H. Britton.

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  • Herbert Britton en France, 1944.

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"L’un des prisonniers l’a empoigné et l’a abattu. Alors évidemment, l’autre type l’a aussitôt abattu à son tour. C’était insensé, vous savez, tout était complètement détraqué."

Transcription

Pour commencer, j’espérais qu’on me donnerait du ravitaillement à transporter, on était une compagnie affecté au ravitaillement, ce qui veut dire qu’on allait, vous savez, apporter la nourriture sur les lignes de front et ainsi de suite. Mais juste avant, quelques mois avant, on nous a transféré dans un régiment d’infanterie, le Lincoln and Welland Regiment, et on avait des transports de troupes Bedford. Donc on devait s’y habituer et ensuite on a fait partie de l’infanterie pour tout, sauf la discipline. On avait un officier chargé de la discipline. On avait aussi 40 gars complètement armés et on était dans une division blindée et personne ne marchait, tout le monde était transporté, jusqu’à ce qu’ils arrivent près du front, là ils laissaient nos garçons et on faisait d’habitude demi-tour et on rentrait. On était une cible facile et on n’avait pas de protection. C’était juste de la tôle vous savez.

On n’est pas allé au jour J, c’était environ deux ou trois semaines plus tard. On devait déplacer nos troupes et tout le monde vers le sud de l’Angleterre, vers Southampton je pense. Non, c’était plutôt Londres. On est tous entré dans Londres et à ce moment-là, les bombes [V-1] arrivaient, ils les tiraient d’Allemagne vers Londres et là on a embarqué dans un bateau. Je n’aimais pas ça c’est sûr, le fait qu’ils larguaient des bombes; elles arrivaient dans un rugissement et brusquement, le moteur s’arrêtait et attention, on ne savait pas où elles allaient atterrir. Mais quand elles tombaient, boum, c’était une grosse explosion.

Ensuite on était en train de marcher pour monter à bord de notre bateau et tout à coup on en entend une par-dessus nos têtes et le sergeant-major nous crie de continuer à marcher. Mais on ne l’a pas écouté. On a tous plongé et on s’est couché parterre, vous savez. Et cette bombe a explosé assez près de nous. On est resté dans ce fleuve, dans la Tamise, pendant trois jours environ Et on avait peur. Et ces sacrés engins qui volaient au-dessus de nos têtes et qui explosaient tout autour de nous. Ça faisait vraiment peur. Vous savez qu’il n’y a personne dedans, vous savez, et ils volent et j’en avais vu avant qu’on aille sur le fleuve dans le sud, vraiment j’ai vu un Spitfire en poursuivre une, il était après la bombe, il lui a tiré dessus et elle a explosé et parfois l’explosion déséquilibrait l’avion. Mais ils avaient beaucoup de mal à les attraper. Ils devaient les attraper à un angle. Elles volaient tellement vite.

En tout cas, on est monté dans le bateau, on y est resté disons quelques nuits et ensuite on est parti. Mais il n’y avait pas d’endroit pour dormir dans le bateau, on gardait nos habits, il n’y avait pas de lits et il n’y avait pas non plus de toilettes. Mais on est parti. Et vous pensez que ça nous aurait pris un jour pour arriver là-bas. Ça nous a pris sept jours pour arriver là-bas. Vous sortiez de la Tamise, l’estuaire et ensuite vous suiviez la côte vers le sud je suppose. Oui, sept jours et on est arrivé sur la rive et il y avait un énorme radeau, oh c’était quelque chose d’énorme. On l’avait vu nous attendre et on s’est arrêté, ils ont mis deux moteurs en marche à chaque coin et ils ont poussé ce grand radeau contre le vieux rafiot dans lequel on était. Ensuite les grues de levage du bateau ont été sorties et ils ont commencé à décharger nos véhicules sur ce gros radeau. À partir du moment où on a poussé notre radeau sur la rive, on a pratiquement plus eu à aller dans l’eau. Donc on a eu de la chance.

On est parti et on a trouvé notre compagnie, j’étais dans la compagnie « Charlie », on a trouvé notre compagnie et on était prêt à partir. On a fait le chargement. Mais on na pas bougé. Il y a un groupe, ils les sortaient de la ligne et nos gars, notre infanterie, le Lincoln and Welland Regiment, ils y allaient et je dois dire qu’ils se sont pris des bombardements la première nuit. Et vous savez c’était des bleus et l’ennemi semblait connaître les bleus. Mais ils ont dû retirer le groupe et remettre ceux d’avant. Ils sont revenus et ensuite on est sorti, on les a réembarqué et on les a avancé et certains des gars, c’était leur première sortie et ils ont été tué le premier jour. Et toutes ces deux ou trois années d’entraînement, c’était les gars de l’infanterie vous savez, c’est tellement triste.

En tout cas, on était monté ensuite et je me rappelle, on continuait et finalement ils les ont mis dans la ligne et ils étaient dans la ligne donc on a reculé peut-être d’un km et demi. Et on a couru vers une ferme. On avait notre cuisinier et il préparait un repas et il n’y avait qu’une vieille femme dans la ferme. Elle devait avoir dans les 80 ans. Elle nous a dit, certains de nos gars parlaient le français, elle nous a dit « le reste de la famille s’est sauvée, mais je ne pouvais pas courir ». Vous savez, ils avaient dégagé à l’arrivée de l’armée. Elle a dit « on m’a laissé ici ». Alors le cuisinier, c’était une grande vieille ferme avec une grande table et on était tous assis autour de la table et on a fait un repas pour cette vieille femme. On a juste rempli une assiette qu’il y avait là. Et vous savez elle a tout mangé. Je me rappelle aussi que je me suis couché cette nuit, j’avais nulle part où dormir, j’avais vu une remise. Le lendemain, je me suis réveillée au bord d’une porcherie, il y avait un cochon qui me reniflait. Il m’aurait mangé s’il avait pu.

Ensuite, on a donné le gros coup, on y est tous allé, j’ai trouvé mes quatre véhicules et on s’est pris pas mal d’obus. Je détestais les obus. Ils arrivaient au-dessus de vous et ils explosaient dans les airs et les shrapnels retombaient sur vous. Je ne sais pas comment ça marchait mais c’était comme ça que c’était sensé marcher. Mais ils étaient pas beaux à voir.

À ce moment-là, après d’intenses combats et après avoir perdu beaucoup de nos hommes, on s’est relevé, et on a pas mal coincé l’armée allemande. Les Américains arrivaient à notre droite et on était sur la gauche, l’endroit était connu sous le nom de brèche [Falaise]. Les gars fermaient la brèche dans la journée mais les Allemands y entraient pendant la nuit, ils essayaient de retourner en Allemagne, vous savez. Et ils ont fini par fermer la brèche, et là il y a vraiment eu des dégâts.

Je me souviens de quelque chose en particulier, dans cette grande bataille, ils nous ont dit qu’il y aurait 600 fusils qui feraient feu autant qu’ils pouvaient dans cette vallée, je pense qu’il était 1 h. Ils ont tiré pendant une heure dans cette vallée; ils leur en ont mis un sacré coup, quel rugissement. Et l’ennemi a commencé à se montrer avec des drapeaux blancs, à des kilomètres. Les troupes, les soldats allemands avec les mains en l’air. Ils les ont parqué dans cet endroit, l’agent de la prévôté s’occupait d’habitude des prisonniers – les agents de la prévôté sont les policiers de l’armée - et ils avaient les hommes, des milliers et des milliers de prisonniers, comment les contrôler? Ils les ont tous fait coucher parterre. Si quelqu’un se levait, les tirs de la mitraillette le feraient, vous savez, le garderaient, vous savez, il y en avait tellement.

Et cette nuit, je me souviens, beaucoup de gars ont été tués là-bas et ils faisaient creuser les tombes par les prisonniers. Et un des gars, il a posé sa mitraillette Sten pour allumer une cigarette et un des prisonniers l’a attrapé et a tiré sur le gars. Alors, bien sûr l’autre gars a juste tiré sur lui là, et vous savez, tout était tellement fou...

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