Témoignages d'anciens combattants:
Frederick Allan Chapman

Armée

  • De gauche à droite: 2 inconnues (gauche); Charles Shattick (au centre); capitaine Mitchell; Fred Chapman, Pays-Bas, 1944.

    Fred Chapman
  • Fred Chapman à Alershot, Grande-Bretagne, 1941.

    Fred Chapman
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"j’ai sauté sur mes pieds et j’ai dit, magnez-vous le train les gars, allez par là. Et ils ont tous bougé. Et ça a été mon baptême du feu. C’était l’incident que je n’ai jamais oublié et j’ai eu la trouille de ma vie."

Transcription

C’était quand on a débarqué sur les plages de Sicile, j’ai participé à l’invasion en Sicile et je n’ai pas fait partie de la première vague. Le premier débarquement a eu lieu le 10 juillet 1943. J’ai débarqué avec mon groupe le 13 juillet 1943. C’était trois jours après. Cette nuit-là, l’aviation allemande est venue et elle bombardait et elle nous mitraillait au sol et on était en plein air sur les plages. Et à ce moment-là, j’étais adjudant, même si je n’avais que 22 ans. Alors j’étais responsable des hommes sous mon commandement et je devais les faire partir de la plage, pour les emmener à un endroit où ils seraient au moins un petit peu abrités par un de ces murets de pierre qu’on trouve partout là-bas. J’allais me lever, j’étais complètement gelé, je ne pouvais pas bouger. Ca a sans doute durer plusieurs secondes mais je me suis dit, il faut que je me relève et que j’aille là-bas, que j’emmène ces gars là-bas. Alors ça n’a pas pu être bien long, quelques secondes seulement mais ça m’a paru être une éternité sous les bombes et les mitrailleuses et toutes ces choses là.

Mais de tout façon, finalement, j’ai sauté sur mes pieds et j’ai dit, magnez-vous le train les gars, allez par là. Et ils ont tous bougé. Et ça a été mon baptême du feu. C’était l’incident que je n’ai jamais oublié et j’ai eu la trouille de ma vie.

J’étais avec la 1ère division d’infanterie canadienne et on était juste là avec leur état major et on s’occupait de tout ce qui avait un rapport avec la paie, en particulier quand les soldats voulaient partir en permission et quand ils avaient besoin d’un peu d’argent pour une chose ou une autre. Il y a des trésoriers dans chaque régiment et une section de trésorerie qui était avec la division, qui fournit de l’aide à tous ces trésoriers régimentaires. Et on s’occupe de tout un tas de choses, pas seulement de la paie, certains soldats aimeraient bien envoyer de l’argent chez eux à leur femme ou leur bien-aimée ou qui que ce soit d’autre. On faisait tout ça pour eux sans leur faire payer les moindres frais et on faisait tout un tas d’autres choses qui avaient rapport avec leurs uniformes et des trucs comme ça. Alors je devais payer certaines choses et on s’occupait de tout.

Nous, nous étions juste là avec la division. On était assis à une table sous la tente avec nos fusils à portée de main parce que si le quartier général était attaqué, alors on sortait et on se battait comme n’importe qui d’autre. Alors on était là, on n’avait pas affaire à l’ennemi directement en principe, mais les soldats eux passaient juste à côté de nos tentes. Et il étaient d’un côté ou de l’autre de la route, en formations. Alors on était juste là, on nous tirait dessus comme sur n’importe qui d’autre et on nous mitraillait et on nous bombardait et on était sous le feu de l’artillerie et tout ce genre de choses. Comment je suis passé à travers sans une égratignure, je ne saurai jamais, mais je suppose que le bon Dieu s’occupait de moi à ce moment-là.

J’étais l’adjudant du bureau mais évidemment, on avait un officier aussi, un major et un capitaine. Et ils étaient responsables de l’argent liquide parce qu’on devait faire attention. Nous, nous avions avec nous ce qu’on appelait les British Military Authority. C’était les fac-similés de la livre sterling et du shilling, vraiment, vous savez, la livre anglaise ? Et on les conservait dans des boites en bois. Les boites étaient faites en pin, c’était de très belles boites, comme ce qu’on appelait une boite à beurre dans le temps. Il n’y avait aucun nœuds dans le bois ou quoique ce soit d’autre. C’était du très beau bois et on transportait la monnaie dedans. Ce n’était pas de l’argent réel mais c’était une monnaie valable émise pour les soldats et ils pouvaient aller en ville.

Les gens du coin en Italie avaient l’habitude de cette chose qui en sortait, alors ils étaient d’accord pour l’accepter. Et l’avantage c’est qu’on avait un certain nombre de devises. On avait des devises américaines, des devises anglaises, françaises, des francs belges, des florins hollandais et tout ce genre de choses. Partout où on allait, on prenait la devise de la banque locale et ainsi de suite. On était vigilant en permanence parce que certains avions allemands, quand ils venaient, j’étais dans l’un des endroits où cet avion allemand, qui était appelés Focke-Wulf. Un Focke-Wulf c’était mieux qu’un Messerschmitt et c’était un chasseur bombardier. Et on avait un signal pour les avions et ça a sonné pendant que je faisais quelque chose, je ne me souviens pas de ce que c’était, près d’un des camps. Et j’ai entendu cet avion arriver et il est descendu droit sur moi. Et je me suis jeté par terre. Mais évidemment, du fait des arbres et des feuillages, il ne pouvait pas rester, il lui a fallu remonter en chandelle et en quelque sorte virer de bord vers la droite. Et j’étais là et j’ai vu ces balles qui mettaient le sol en pièce devant moi. Et parce qu’il avait dû s’écarter, bien-sûr il est passé juste à quelques mètres de moi. Mais ça a été une chose très effrayante.

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