Témoignages d'anciens combattants:
Victor Eric Wong

Armée

  • Victor Wong en entrainement à Camp Shilo, Manitoba, 1944.

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  • Victor Wong (à gauche) avec son cousin Leonard Lee à Banff, Alberta, 1944.

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  • Victor Wong à Camp Shilo, 1944.

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  • Victor Wong, Fred Yip et Drake Yip à Poona, Inde, 1944.

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  • Victor Wong (à gauche) avec son cousin Leonard Lee (à droite) et une amie, à Vancouver, Colombie Britannique, 1944.

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"« Pourquoi y aller alors que nous ne sommes même pas des Canadiens ? » Mais en bout de ligne, nous avons décidé d’accepter d’être conscrits, quitte à réclamer la citoyenneté à notre retour."

Transcription

À cette époque, on nous traitait très… la plupart des mes copains étaient des occidentaux et je ne me suis jamais senti exclu ou ségrégé. J’avais un très bon copain qui s’appelait Darryl Anderson. On jouait ensemble au parc; on jouait au golf et au soccer, des choses du genre, vous savez. On regardait des parties de baseball ensemble et tout ça. Mon ami Darryl avait le droit de se baigner à la piscine Crystal, moi pas. Alors, j’ai connu la discrimination. Et, quand on allait au cinéma, on nous envoyait en haut, je ne pouvais pas m’asseoir au rez-de-chaussée. C’est ce genre de ségrégation que j’ai connue dans ma jeunesse.

Si je me souviens bien, le Japon est entré en guerre avec le bombardement de Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Et, la guerre a continué et la domination japonaise s’est étendue sur tous les territoires britanniques dans la région. En 1944, la Bretagne a fait appel au Canada; ils étaient à la recherche de Sino-Canadiens qui connaissaient l’anglais pour la guérilla. Le Canada était un endroit idéal. Aussitôt qu’on atteignait nos 18 ans, on recevait une lettre qui disait, « Vous êtes recrutés pour l’enrôlement. » Ils ont envoyé environ 8,000 lettres pour nous inciter à nous enrôler, mais, nous n’avions pas le choix, c’était la conscription et c’était obligatoire. Alors, on s’est assemblé à l’hôtel de ville pour en débattre. Nous n’étions pas Canadiens, nous étions tous des sujets britanniques, mais il y avait deux camps. Le premier était pour, le second était contre. Ils avançaient, « Pourquoi y aller alors que nous ne sommes même pas des Canadiens? » Mais en fin de compte, nous avons décidé d’accepter d’être conscrits, quitte à réclamer la citoyenneté à notre retour. Et, voilà exactement ce que nous avons fait. Nous avons été conscrits à 99 % ce qui voulait dire le service outre-mer. Et, si vous refusiez le service outre-mer, on vous collait l’étiquette de « zombies ». Il y avait plusieurs « zombies » parmi les Canadiens français parce qu’ils refusaient le service outre-mer. Mais, 99 % des Sino-Canadiens ont accepté quitte à réclamer la pleine citoyenneté à leur retour. C’est ce que nous avons fait.

Je sais que parmi les conscrits de Victoria [Colombie-Britannique], plusieurs avaient déjà essayé de s’enrôler, mais en vain; ils avaient été refusés. La Marine en particulier refusait les Asiatiques, ils n’acceptaient que les Blancs. C’était la même chose pour la Marine britannique et pour l’Aviation. Un Asiatique pouvait devenir artilleur, mais non pilote. Et on tentait aussi de limiter le nombre d’Asiatiques. Même lorsqu’ils ont tenté de s’enrôler dans l’Armée en grand nombre, ils ont été refusés. C’est comme je vous ai déjà expliqué, c’est seulement sous la menace japonaise que la Bretagne a accepté de recruter les Sino-Canadiens en grand nombre. Ils voulaient de nous pour la guérilla et pour des activités d’espionnage, le tout basé un peu sur le système de la Résistance française en Europe. C’était exactement ce que les Britanniques prévoyaient pour l’Extrême-Orient. Alors, on nous a comme « prêtés » aux Britanniques. Nous étions sous la commande de Lord Mountbatten et nous étions connus sous le nom de « SOE » (Service des opérations spéciales) ou de « SEAC » (Commandement de l'Asie du Sud-Est).

Nous avions des groupes de dix en séances de formation dans différents domaines d’expertise liés à la démolition. Il y avait les communications, le service de renseignements, le service des langues et de génie civil pour nous renseigner sur la construction et la démolition des ponts. Nous devions détruire les ponts japonais pour faciliter l’organisation de la guérilla. Nous avons été parachutés en territoire ennemi en Birmanie où nous avons été accueillis par des sympathisants.

Pour les Sino-Canadiens, il était important de savoir que nous étions allés en guerre, mais que nous avions en fait remporté deux victoires. La première était la défaite de l’ennemi; le Japon, l’Allemagne et l’Italie. Nous avons assuré la liberté de l’Europe et de la Chine. Et, avec la capitulation du Japon, nous avons libéré la Chine. Nous en étions très heureux.

La deuxième victoire, et la plus importante est que nous avons gagné le droit à la citoyenneté canadienne. Après la démobilisation en 1946, nous avons fait pression auprès du gouvernement. Et, à la fin de la session de 1946, le Parlement a adopté une loi qui nous donnait la citoyenneté canadienne. La loi a été entérinée le 1er janvier 1947. J’en suis très fier. Et, David Lam, le Lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique était aussi très fier de nous adresser ses remerciements pour tout ce que nous avons fait pour lui. C’est grâce à nous qu’il a pu lui aussi devenir un Canadien. Et, c’est grâce au Canada, que les efforts des Sino-Canadiens ont été reconnus.

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