Témoignages d'anciens combattants:
Frederick Lawrence Gray

Marine

  • Certificat de service de Frederick Gray, 1943-45.

    Frederick Gray
  • Mr. Gray posant dans la cour auqnd il s'est engagé et qu'il est rentré lors de sa première permission, 1943.

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  • M. Gray performant en tant que tireur et posant avec son arme, 1944.

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  • M. Gray dans sa couchette à Cornwallis, Nouvelle Écosse, en 1943 ou 1944.

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  • M. Gray et des amis assis sur un canon, 1944.

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"Mais finalement on, on pense qu’on a eu les sous-marins. Et maintenant on sait combien ils en avaient, c’était un miracle qu’on ait pu réussir à en détruire autant. Mais on a payé ça au prix fort."

Transcription

On a quitté Halifax et bien-sûr vous étiez toujours dans des convois et on n’avait pas de moyens de communication comme on en a aujourd’hui. On n’avait pas le droit d’avoir une radio et on n’avait même pas le droit d’avoir un appareil photo. Mais apparemment, on allait au large d’Halifax et on attendait des bateaux venant de New York et de Norfolk en Virginie. Et vous formiez un convoi de dix de long et dix de large. Et on allait et ils allaient jusqu’à Gibraltar et, bien-sûr, vous vous sépariez d’eux là, et vous formiez un autre convoi pour traverser la Méditerranée. Et ensuite on passait par le canal de Suez et on remontait jusqu’en Inde, Bombay et ses alentours et jusqu’à Calcutta. Notre navire frère, et les navires, vous disiez toujours navire frère quand vous parliez d’un autre bateau, ils sont toujours, on parle toujours des bateaux au féminin [en anglais –sister ship- mais en français on utilise le masculin –navire frère-] mais notre navire frère était devant nous et il a été saboté dans le port, et ça ressemble beaucoup à ce que vous voyez se passer à Haïti en ce moment. Ca a fait sauter tout le port, et il y avait des corps partout.

Mais ces gens, leur religion demandait à ce qu’ils soient enterrés, leur service funéraire était une cérémonie où ils devaient être brûlés dans l’âtre là-haut dans les montagnes. Et on est arrivé là, c’était la puanteur, l’odeur c’était quelque chose d’épouvantable. On a fini par le découvrir, mais ça formait une espèce de nuage au dessus de la ville. Mais Calcutta est une ville immense, c’est l’un des endroits les plus peuplés du monde. Mais on a réussi à louer un pousse-pousse, c’est une sorte de petit taxi sur deux roues, comme une brouette et ça coûtait dix centimes pour la demi-journée je crois. Il vous promenait dans tout Calcutta et il vous signalait les différents sites à voir en criant. Mais c’était quelque chose de chose tout le, les ravages causés par cette explosion. Ils ne nous autorisaient pas l’accès au port, on avait dû amarrer le navire à deux milles au large dans la baie parce qu’ils savaient qu’on avait des munitions qui devaient partir pour la Birmanie la nuit suivante.

Mais en sortant de Birmanie bien-sûr, quand vous êtes dans une zone de guerre, vous avez un numéro d’identification, ça pouvait être W5 pour le vendredi soir ou quoique ce soit d’autre. Mais quand vous partiez de Birmanie, je pense qu’on avait un vieux capitaine à la retraite, à qui on avait redonné du service pour qu’il navigue pendant la guerre. Et je suppose qu’il était un petit peu, pas très rapide pour répondre. Et c’était un soldat de la marine britannique qui était en train d’entrer là-bas avec une péniche de débarquement, alors ils ont pensé qu’on était l’ennemi, on ne répondait pas. Alors ils nous ont heurté. Et bien-sûr, leur avant est construit pour débarquer un char d’assaut sur la terre ferme. Alors ça nous a fait un de ces trous, de la taille, vous auriez pu faire passer un tramway par ce trou. Et on a dû s’arrêter net dans l’océan, l’océan Indien. Et le jour est arrivé, quelqu’un a découvert que le meilleur moyen pour retourner en Inde c’était d’y aller en marche arrière, ça ferait plus ou moins, parce que entre le deuxième et le troisième trous dans le bateau, ça éliminait le, quand vous essayiez d’aller en avant. Alors qu’en allant à reculons…

Mais un bateau, ça peut aller aussi vite en reculant qu’en avançant, alors on est allé à Madras en Inde. On a passé un mois là-bas. Heureusement on était, comme je dis, on avait une base de l’armée de l’air là-bas et ils patrouillaient dans l’océan Indien. Parce que n’oubliez pas, le Japon c’était la porte à côté. Oui. Ils utilisaient ces petit sous-marins suicide. C’était une torpille pilotée par un Kamikaze. Mais c’est juste ces derniers jours, ces dernières semaines, que ça m’est revenu cette histoire en Inde et Calcutta et les cadavres étaient épouvantables, de les voir les charrier. Et ils étaient juste, ces gens sont tellement menus, ils pouvaient en mettre trois ou quatre dans une espèce de brouette et ils les emmenaient dans les montagnes et ils les brûlaient. Et c’était leur religion, oui. Ca et leurs vaches. Leur vaches sacrées en Inde, oui, on ne s’en est jamais remis. Elles se promènent partout et elles vagabondent alentour comme si l’endroit leur appartenait.

On trouvait ça drôle que l’Inde ne soit pas très hospitalière avec nous. Et on ne le savait pas, mais ils essayaient de se séparer de la Grande Bretagne. Et Gandhi gouvernait le pays à ce moment-là. Mais ces gens, à la seconde où ils voyaient des militaires, ils devenaient agressifs avec vous, ils n’étaient pas aimables avec vous. Mais on ne savait pas pourquoi. Mais on entendait parler de certaines choses qui s’étaient passées, le sabotage de plusieurs navires. Et plus tard quand mon beau-frère est rentré d’Inde, il avait été dans l’armée de l’air, et il racontait que c’était la même chose, le, ils sabotaient les voies ferrées et tout. Tout était bon pour se faire entendre.

On n’a pas vu grand-chose de la Birmanie parce qu’on, ils avait mis des grands filets de camouflage sur notre bateau. Si vous connaissez, ce sont d’immenses filets de camouflage avec des morceaux d’étamine ou de tissus verts et jaunes dessus. Ils sont immenses. Mais ils devaient nous débarquer à la hâte et principalement de nuit. On n’a pas vu grand-chose. Je ne crois pas qu’on soit jamais descendus. Pour un jeune homme de 18, 19 ans, des femmes splendides, les birmanes sont très belles. Et j’ai entendu ça des années plus tard. Mais ce pays est, était terrible, c’est toujours le cas aujourd’hui. C’est, ils ont un dictateur là-bas et c’est terrible. Mais oui, j’avais un docteur ici en ville, un chirurgien, et sa femme était birmane et elle, j’ai toujours été époustouflé par leur beauté et leur petitesse, ces gens étaient vraiment très petits aussi. Ils faisaient tous moins d’un mètre soixante de haut et oui.

On n’avait pas ça en Europe. On a eu ça à Madras en Inde, sur la côte est de l’Inde. Et on a fêté l’événement avec, bon, ce n’était pas vraiment, c’était le jour de la Victoire en Europe, oui, avec l’armée de l’air et le truc vraiment triste, un des pilotes là-bas était prêt à rentrer chez lui, il avait accompli assez de missions. Mais il était complètement saoul et il est allé au deuxième étage et il a dit : « Je peux encore voler.» Et il a plongé du balcon du deuxième et il s’est cassé le, la partie c’était vraiment pas bon. C’est triste mais ça, Quand on est rentré chez nous et que la guerre était finie, comme je dis, j’ai eu une permission de trente jours au large d’Halifax et de retour à St John ici, ou St Jean. Et puis j’ai eu une trentaine de jours de permission supplémentaires parce que je m’étais engagé, j’étais allé dans le Pacifique et j’avais signé pour aller dans le Pacifique. Mais à ce moment-là la guerre s’est terminée et j’étais à Halifax et il y avait des émeutes terribles là-bas à Halifax. Oh, parce que la marine n’avait jamais été acceptée là-bas. C’était des gens de deuxième catégorie. Je ne sais pas pourquoi. Je pense qu’il y en avait trop à Halifax, c’était tout simplement la pagaille. Et la plupart des gens, ils étaient juste descendus des bateaux et ils voulaient faire la fête. La marine avait très mauvaise réputation là-bas. Vous voulez prendre un coca, et ils n’en avaient pas, mais un gars de l’armée de l’air entrait là et il ressortait avec deux, pareil pour l’armée de terre. Mais la marine était, elle avait mauvaise réputation à Halifax.

En fait, un de mes copains s’est retrouvé dans la vitrine d’un magasin après les émeutes. Quoiqu’il en soit ; il s’est retrouvé là et le lendemain matin, il se sont réveillés et ils étaient dans la partie exposition d’un magasin de meubles. Et ça a fait la une du Halifax News. Emeutes, les émeutes de la marine.

Mais ça avait été une longue et épouvantable guerre et particulièrement pour la marine, ils avaient fait la guerre dans l’Atlantique Nord, ça avait duré six ans. Et il ne semblait pas que… Mais finalement on, on pense qu’on a eu les sous-marins. Et maintenant on sait combien ils en avaient, c’était un miracle qu’on ait pu réussir à en détruire autant. Mais on a payé ça au prix fort.

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