Témoignages d'anciens combattants:
Blanche Lund

Marine

  • Programme du spectacle "Meet the Navy" ("Rencontrez la Marine"), 1943.

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  • Blanche et Alan Lund en uniforme.

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  • Alan et Blanche Lund sur scène, Londres, Angleterre, février 1945.

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  • Équipage de spectacle qui était en scène au Théâtre Victoria, Toronto, Ontario, en 1943 et 1944; Londres, Angleterre, en 1944 et 1945.

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  • Alan et Blanche Lund avec Noël Coward, lors de la production d'un spectacle appelé "Brothers in Arms" ("Frères d'armes").

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"Et nous avons répondu, oh on aimerait beaucoup faire partie de ce spectacle. Et puis il nous a informé que, bon, il y a juste un truc, vous devez vous engager dans la marine."

Transcription

J’ai commencé à danser quand j’avais 7 ans. Mes parents ne savaient pas d’où me venait cette idée mais j’ai simplement dit que je devais danser et ils ont finalement accepté. Mon partenaire, Alan Lund, que j’ai épousé par la suite, avait commencé la danse à l’âge de 8 ans. Il a fait la même chose, il a tanné ses parents jusqu’à ce que sa mère lui donne 5O centimes finalement et il est allé voir le professeur de son quartier et elle a téléphoné et a dit qu’il avait un avenir dans la danse, si ça l’intéressait. Et elle était très surprise parce qu’elle ne savait pas qu’il était allé prendre une leçon de danse avec les 50 centimes qu’elle lui avait donné.

Alors on a commencé à danser ensemble quand mon mari avait 13 ans et moi 14. C’est à ce moment-là qu’on est devenus partenaires. Et on a dansé ensemble et on a fini par, on a joué tous les, on allait à l’école et on rentrait chez nous et on s’entraînait et on répétait et nos parents nous ont dit à tous les deux, ils ont dit, sans l’école pas de la danse, alors vous feriez mieux d’avoir de bonnes notes. Alors évidemment, on a tous les deux travailler aussi dur pour l’école que pour la danse à ce moment-là.

Et puis finalement, on a commencé à aller à Montréal dans quelques unes des pires boîtes de nuit qui soient, parce qu’on pensait qu’on allait s’exercer et se montrer, et que ça nous aiderait à nous améliorer. Et petit à petit on a réussi à être assez bons pour danser dans de meilleurs clubs et à ce moment-là, mon mari avait 19 ans et moi 20 je crois. Et le capitaine Connolly, qui était, il était à la tête des services spéciaux de la marine, en fait il était avocat à Halifax quand il s’était engagé dans la marine et il était devenu capitaine mais il avait toujours ce désir de faire quelque chose dans le monde du spectacle.

Alors quand il s’est engagé dans la marine, bon, je ne sais pas depuis combien de temps il était dans la marine quand il a décidé qu’il voulait organiser un spectacle avec la marine royale canadienne. Et quand il nous a vus nous produire Al et moi dans cette boîte de nuit à Montréal appelée le Samovar, et c’était un endroit vraiment très bien – on avait réussi à arriver jusque-là à force de travail, et il nous a vu danser et il nous a demandé, il nous a invités à sa table. Et quand nous nous sommes assis il a dit, j’ai quelque chose à vous proposer. Alors il nous a tout raconté à propos de ce grand spectacle qu’il était en train de monter avec un orchestre de 25 personnes, et qui allait se jouer dans des grandes salles et qui allait avoir une distribution impressionnante. Et il a dit, voulez-vous vous joindre à nous ? Et nous avons répondu, oh on aimerait beaucoup faire partie de ce spectacle. Et puis il nous a informé que, bon, il y a juste un truc, vous devez vous engager dans la marine. Et comme on était jeunes, on a répondu tous les deux, pas de problème.

Le capitaine Connolly avait de grandes ambitions pour le spectacle, qu’il irait à Broadway et il a en effet reçu une offre pour aller à New York et jouer sur Broadway. Mais le ministre de la Défense Angus MacDonald a dit, pas question, il a dit, si le spectacle doit aller quelque part après avoir tourné au Canada, c’est outre-mer. Ce spectacle n’est pas fait pour les américains, il a dit, il a été fait pour les gens du service canadien et pour le public. Il a dit, c’est pour les militaires pour les distraire et qu’ils s’amusent et pour le public, pour son moral, il a dit, pour les aider à garder le moral. Alors il a dit que le spectacle n’irait pas à Broadway. Alors le capitaine était très contrarié. Mais quoiqu’il en soit, ce qui s’est passé après, on s’est retrouvés sur le NCSM Stadacona à Halifax et on a été vaccinés et on a fait nos exercices anti-gaz. Et ensuite on est partis outre-mer et on est arrivé à Greenock en Ecosse.

Bon, le soir de la première à Londres, et ça c’était un moment passionnant aussi et c’était tellement surprenant parce que, de voir, quand on a eu une première à Ottawa, ils avaient des sunlights et toutes sortes de choses, c’était comme une première à Hollywood. Mais pour la première à Londres, le devant du théâtre était complètement noir, il y avait des gens qui faisaient la queue dans la rue, plusieurs pâtés de maisons de queue, on jouait à guichet fermé, les billets avaient été vendus plusieurs semaines à l’avance. Mais là où ils avaient, les lumières et tout étaient à l’intérieur dans le grand hall, parce qu’ils ne pouvaient pas les montrer à cause des bombes V1 et V2 ou les raids aériens. Alors c’était bizarre de voir une première avec un théâtre plongé dans l’obscurité, on pouvait penser qu’il ne se passait rien à cet endroit.

Quand nous étions à Londres, on jouait deux fois par jour. On avait un tel nombre de représentations pour les troupes, seulement les troupes, et puis on jouait aussi pour les civils mais les militaires pouvaient venir aussi, vous savez, gratuitement. Et un jour entre deux représentations, on a décidé que –il y avait deux autres couples mariés dans le spectacle avec qui nous étions amis Al et moi, dans l’un la fille jouait de l’accordéon avec deux hommes, ils avaient un numéro spécial. Et l’autre fille faisait partie du chœur mais son mari était le pianiste des répétitions du spectacle. Et ils étaient mariés. Alors on a dit, nous on va rester ici et faire du thé et vous les gars vous descendez au petit café qui est de l’autre côté de l’entrée de la scène, et on a dit, vous descendez et vous nous rapportez des sandwiches et on prépare le thé et comme ça on n’aura pas besoin de se démaquiller et de se remaquiller après.

Alors ils sont sortis. Marg a pris la théière et elle avait fait chauffer de l’eau et la versait en tournant dans la théière et Billie, je ne sais pas ce qu’elle était en train de faire mais, tout à coup, il y a eu cet épouvantable boom et Billie a été projetée à travers la porte, j’ai été projetée sur le sol avec un chaise sur moi et Marg a valdingué par terre avec la théière à la main. Et on s’est relevées, on s’est époussetées et on a dit, et ben ça a dû être quelque chose. Bon, il s’est avéré qu’il s’agissait d’un ballon de protection qu’ils faisaient voler au dessus de nos têtes, et une bombe V1 était entrée en collision avec un de ces ballons et avait explosée dans les airs. Et bien-sûr, on a dit, et pour les garçons, parce qu’on a pensé, bon, les garçons sont en bas au café, il a probablement explosé – on ne savait pas ce qui s’était passé – il a explosé. Alors on s’est précipitées en bas et on les a retrouvés au milieu de la chaussée. Mon mari était à genoux par terre au milieu de la chaussée et Sid était sur le dos et Bill Richards était un peu plus haut dans la rue, bien plus haut dans la rue, et toutes les vitres dans le café avaient explosé. Et alors c’est à ce moment que, plus tard ils nous ont dit ce qui s’était passé. Ils ont dit que si elle était tombée, on y serait passés. Alors on a eu de la chance qu’il y ait un, un de ces gros ballons qui étaient là-haut pour les arrêter. Alors Al et moi on s’est dit, on ne se sépare plus jamais, même pour aller acheter un sandwich jusqu’à ce que la guerre soit finie. Et on ne s’est plus séparés.

Le spectacle commençait avec 16 marins en uniformes blancs à l’arrière du plateau et le décor c’était une partie d’un bateau et ils étaient en hauteur sur des paliers à six marches au dessus du sol à peu près je pense. Et ils se tenaient debout là pendant que le rideau s’ouvrait et ils se mettaient tous, ils étaient à l’aise et ils se mettaient tous au garde-à-vous et ils descendaient tous de la scène en cadence jusqu’à la rampe en chantant : Meet the Navy and Greet the Navy, That’s What We’re Here For. Et c’était tout simplement, à vous couper le souffle. Et puis les filles entraient en scène à la fin, quand ils avaient fini de chanter la première chanson, les filles entraient en scène et elles chantaient : What’s Weak About the Weaker Sex, What’s Weak About the Girls. Et elles faisaient un numéro où elles disaient que les filles étaient aussi importantes que les hommes dans le service. Alors c’était une très bonne, très bonne ouverture, très forte.

Alors on était en pleine représentation au milieu du numéro du Chapeau, là où les garçons étaient en vestes à rayures et les filles en maillots de bain et le capitaine est monté sur le plateau au milieu du numéro et il a fait un signe avec ses mains et tout s’est arrêté. Et tout le monde s’est demandé, ah, que se passe-t-il ? Et il a dit, vous allez être heureux d’apprendre, il a dit, qu’on vient juste d’annoncer que la guerre est maintenant terminée. Bon, si vous aviez vu le public. Ils sont montés sur la scène et on a tous pleuré et tout le monde riait. Et bien-sûr, à ce moment-là, je pense que tout le monde ne pensait qu’à une seule chose, on va bientôt être chez nous. Et naturellement, ce n’est pas ce qui est arrivé, et pour beaucoup d’entre eux, il s’est passé des mois et des mois avant qu’ils rentrent dans chez eux. Donc quoiqu’il en soit, donc après environ, oh une demi-heure de ces cris et de ces hurlements et alors qu’on continuait, le capitaine est revenu et a tout arrêté encore une fois et il a dit, maintenant, il a dit, voulez-vous que le spectacle continue, ou bien, voulez-vous tous partir ? Et tout le monde a dit : qu’il continue, continue, continue!

Alors on a repris la représentation mais la distribution, les gens du public sont montés sur la scène et se sont joints aux numéros et c’était la pagaille totale. Mais on a tous tellement aimé qu’on a trouvé que c’était plus amusant que tout ce qu’on avait jamais fait jusque-là.

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