Témoignages d'anciens combattants:
Peter Godwin Chance

Marine

  • Peter Chance, 1951.

    Peter Chance
  • Peter Chance sur le pont du HMS Liddesdale, printemps 1942.

    Peter Chance
  • Médailles de Peter Chance (de gauche à droite): Étoile 1939-45; Étoile de l'Atlantique; Étoile du Pacifique; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45); et médailles de la Guerre de Corée.

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  • Réception de mariage de Peter Chance et de sa femme, à Skeena, Colombie Britannique, septembre 1944.

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"Il y a eu un vaste appel à retourner au navire quand les Japonais ont débarqué à une trentaine de kilomètres seulement au nord."

Transcription

Puis après quatre mois d’une sorte de cours intensif à Dartmouth, au Naval College, on nous a tous affectés à différents bateaux. Et alors mon copain, Benny Benoit, un canadien de ma classe, et moi-même, on nous a envoyés sur le NSM Mauritius, un croiseur qui était à l’ancre à Scapa Flow. Et nous voilà partis. Dès que je suis arrivé là-bas on nous a confié la conduite de la drome du navire. Bon, tous les deux on avait beaucoup d’expérience dans le pilotage des bateaux de toute taille, alors c’était formidable et on a vraiment aimé ce travail, même si c’était par gros temps et qu’il faisait froid parce qu’on était au mois de janvier. Et notre navire a fait une incursion dans, a fait une sortie avec je devrais dire, avec le reste de la flotte métropolitaine par deux fois pour essayer de trouver le Sharnhorst et le Gneisenau [croiseurs de guerre allemands], dont on avait signalé la fuite de leur port d’attache. On n’a pas réussi à tomber sur eux mais c’était aussi bien parce qu’on n’était certainement pas prêts pour ça.

Quoiqu’il en soit, ça n’a pas pris longtemps avant qu’on nous envoie faire du convoyage avec des paquebots. Et ça nous a conduits d’Ecosse à Gibraltar, de Gibraltar au Cap et du Cap à Aden et puis après demi-tour et on prenait les bateaux qui repartaient avec des prisonniers et des blessés, pour les ramener en Grande-Bretagne.

Bon, on a fait ça pendant quelques temps et puis on a été déchargés de cette mission et pendant plusieurs mois après ça, on a travaillé de Colombo et l’île Maurice, les Seychelles, Diego Garcia, Diego Suarez aux îles Nicobar et finalement Singapour. On était là-bas au bassin de radoub à faire réparer notre collecteur d’incendie parce que pour une raison quelconque, ce bateau tout neuf avait un collecteur qui ressemblait plus à une passoire qu’à un collecteur d’incendie. En tout cas, pendant qu’on était là-bas, nous les aspirants de marine on nous a envoyés à nouveau en exploration : allez, apprenons un peu de ce qui se passe en Malaisie. Non seulement on prenait des avions locaux et on logeait avec le régiment du coin, le 2ème bataillon Argyll et les Sutherlanders et le Loyal Lancashire Regiment, mais on se baladait aussi dans le ciel à bord de ce truc appelé Vickers Vincent, c’étaient des biplans qui dataient de la Première Guerre mondiale et ils étaient mieux que ça. Ils étaient encore opérationnels pendant les années trente mais c’était des avions qui ne faisaient pas le poids contre les japonais. Et, d’ailleurs, ils ont tous été détruits quand les japonais ont débarqué.

Benoit et moi, on nous a envoyés dans un endroit appelé la province Kelantan et dans la ville de Kota Bharu, ce qui veut dire ville nouvelle en malais, où on a été reçu par les gens du pays là-bas et, d’ailleurs, les plantations de caoutchouc, qui étaient très nombreuses, étaient toutes dirigées par des écossais qui travaillaient pour Dunlop. Ouais, et, en fait, un soir, on a eu une répétition pour le bal de St Andrew. N’oubliez pas, il fait plus chaud que dans les fourneaux de l’enfer et de la chaleur moite, et les bungalows, où les autres habitaient ces gens d’outre-mer, étaient vraiment très agréables, un peu surélevés pour laisser l’air passer en dessous, pour donner un peu de fraîcheur et aussi pour se protéger des serpents.

En tout cas, à notre arrivée, tout le monde était en uniforme blanc et il y avait un joueur de cornemuse évidemment, pourquoi pas, et on nous donnait à tous une petite flasque de Dimple Haig au moment où on passait le pas de la porte. Et bien, on s’est bien amusés et on a tous dansé et bu plus que de raison. Et, croyez-moi, on était complètement trempés à cause de l’énergie qu’on y mettait. Et on avait tous les vêtements qui nous collaient à la peau comme si on était nus, particulièrement les dames, qui remuaient dans tous les sens et c’était vraiment surprenant pour des jeunes garçons comme mon ami Bobby et moi-même.

En tout cas, il y a eu un grand rappel quand les japonais ont débarqué à seulement une trentaine de kilomètres au nord de là où on était pour nous faire regagner le bateau. Mais, quoiqu’il en soit, on est repartis et bien-sûr, peu de temps après ça, non seulement les japonais avaient-ils débarqué mais ils étaient en train de bombarder Singapour. Et alors nous les aspirants de marine on nous a mis par équipe de dix avec un aspirant à notre tête, pour monter à bord de vedettes de police pour aller dans le port de Singapour et attaquer les jonques japonaises qui étaient à l’ancre. On n’a pas compris sur le moment, ils avait cru qu’ils étaient, bien évidemment, armés et prêts à se battre. Mais quand, en fait, nous avons balancé des grenades à main dans les cantonnements en dessous, pourquoi on a éliminé des pêcheurs japonais pour découvrir que leurs cargaisons étaient des pavillons des nations prise par les japonais qui devaient être donnés par les nations conquises aux japonais victorieux qui arrivaient. Et donc on nous a renvoyés sur notre bateau, qu’on a remis à l’eau et ravitaillé en carburant et en nourriture, en munitions, tout, en l’espace de 72 heures.

On l’a fait et on s’est éclipsé pendant la nuit et on a fait le tour par le sud de Singapour et on a remonté à toute allure le détroit de Malacca, tout feux éteints, parce que nos installations électriques n’étaient pas branchées ; on n’aurait pas pu se servir des canons même si on l’avait voulu. Donc, on a fini par arriver à Trincomalee sur la côte nord-est de Ceylan et puis pour finir on était de retour à Colombo pour Noël et le jour de l’an, et puis Durban et retour au Cap, et à la maison en février 1942.

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