Témoignages d'anciens combattants:
Bruce Edward Cox

Armée

  • Bruce Cox photographié en 1994 sur la tombe de son ami qui a perdu la vie à Arnhem, Pays-Bas.

    Bruce Cox
  • Portrait de Bruce Cox en 1942.

    Bruce Cox
  • Le lendemain du jour de la liberation de Bruce Cox (à gauche) du camp de prisonniers de guerre, lui et ses camarades prisonniers ont utilisé cette voiture pour aller à Francfort, Allemagne, en avril 1945.

    Bruce Cox
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"Et tout ce que vous voyez c’est une paire de bottes de l’armée juste en dessous de vous et tout est silencieux."

Transcription

Nous étions contents quand l’opération Arnhem est finalement devenue réalité. Et je me souviens très bien de ce jour-là. C’était un dimanche matin, tôt, les autocars nous ont emmenés sur le terrain d’aviation et on a rassemblé tout notre matériel. Je ne sais pas, on transportait dans les 40 à 50 kilos de matériel. Et il fallait qu’il nous aide à monter dans l’avion. On nous a donné l’ordre dans lequel on devait sauter et j’étais le numéro 14. Et quand on a pris nos places, un irlandais m’a dit, Bruce, tu pourrais changer de place avec moi, je suis le numéro 13 ? Alors j’ai dit, volontiers. Alors on a changé et j’ai sauté en 13ème position. Et depuis, j’ai toujours essayé d’être le numéro13 pour sauter.

On a décollé, c’était une belle journée d’été et tout le monde était à l’église. Dans le film « Un pont trop loin » il y a une très, très belle séquence où les gens sortent de l’église quand ils entendent tous les avions qui arrivent. Il y avait une multitude d’avions, 1400 avions dans le ciel tous ensemble. Une vision magnifique. Des rangées et des rangées de rayures blanches et noires qui survolaient la mer du Nord.

Et puis la côte hollandaise qui s’est profilée et on avait l’ordre, debout et accrochez-vous. C’est quand vous accrochez la bride fixe de votre parachute à la corde qui coure le long de l’avion. On était fin prêts. Il y avait quelques tirs de DCA ; l’avion était stable. Il n’ont pas pris de mesures d’évitement ; comme en Sicile c’est ce qu’ils avaient fait et nombres d’entre eux s’étaient perdus. C’était un raid de jour. Et on y est allés, en formation parfaite, et puis l’ordre est arrivé, attendez près de la porte. Et le premier homme s’est mis en position et on s’est tous glissés derrière. On a vérifié les parachutes des uns et des autres et on était prêts à sauter.

La sortie a été bonne. C’est merveilleux de sauter en parachute parce qu’une minute vous êtes dans le sillage, le grondement des moteurs, et le boucan de tous ceux qui crient partez, partez, partez et puis tout à coup, c’est le silence complet et vous êtes suspendu dans les airs. Et tout ce que vous voyez c’est une paire de bottes de l’armée juste en dessous de vous et tout est silencieux. Et vous pouvez parler à vos copains dans le ciel, mais vous avez un travail à faire. Trouver votre signal de fumée. Chaque bataillon a de la fumée d’une certaine couleur au coin de la zone d’atterrissage. Et votre boulot c’est de vous débarrasser de votre parachute, prendre votre matériel et vous rendre au point de rendez-vous, ce qu’on a fait.

Et en très peu de temps, on s’est tous retrouvés sur la route qui conduisait à Arnhem. Maintenant, quand je dis sur la route, on nous a largués à une douzaine de kilomètres d’Arnhem, du pont, ce qui était une erreur. Les allemands ont réagi très vite. Ce qu’on ne savait pas à ce moment-là, c’est que la résistance hollandaise savait et que certains services de renseignements savaient, qu’il y avait deux divisions de la Waffen SS réarmées juste au nord de Arnhem. Et dès qu’on leur a passé le mot, ils ont déplacés leurs chars dans une attaque organisée droit sur la rivière. Tous les bataillons de chars allemands avaient un section, alors ils ont séparé les sections, et se sont dirigés vers la rivière, divisant ainsi toutes les troupes britanniques aéroportées en petits groupes.

Certains d’entre nous sont arrivés au pont. J’étais à peu près à 400 mètres du pont où il y avait tellement de chars et d’infanterie allemande entre nous et derrière nous, qu’on a dû tout simplement faire du combat de rue. On a pris par le sud en direction de Nimègue, où se trouvaient les troupes de parachutistes américains.

On est descendu à 4 heures du matin dans un fossé et on a tiré les roseaux au dessus de nous, parce qu’on ne pouvait pas voyager de jour. Et on s’est réveillés à 9 heures le lendemain matin. C’était la première fois qu’on dormait depuis qu’on avait sauté. On avait mangé nos rations, bu notre eau, on utilisait l’eau de pluie. Et je me suis réveillé au son de pots en fer qui s’entrechoquaient et un soldat allemand marchait sur un chemin à moins de deux mètres de nous, jusqu’à ce qui semblait être une ferme hollandaise. Et il y allait pour le café. C’était la cuisine. Et j’ai regardé alentour et j’ai découvert qu’on se trouvait au centre de la position d’un bataillon de fusiliers marins allemands. On était passé en plein à travers leurs positions cette nuit-là. Les sentinelles étaient probablement endormies ou alors très silencieuses, l’un ou l’autre.

Et alors qu’il revenait avec le café, j’ai dit aux autres gars, qu’est-ce que vous croyez qu’on devrait faire ? Combien de cartouches vous avez ?. On avait à peu près cinq cartouches chacun et on ne pouvait pas aller bien loin avec ça. Alors on a enterré nos armes et on s’est relevé quand il est passé dans le chemin et on a dit, Hände auf, vous savez, les mains en l’air. On a dit ça en allemand. Et, immédiatement il a lâché deux pots de café il y en avait partout et puis dans sa hâte de prendre son fusil de son épaule, il l’a fait tombé dans le café brûlant et ça ressemblait à un film comique au ralenti. Et quand j’y repense aujourd’hui, ça me fait encore sourire et même rire. C’était juste comme une grosse farce.

Et alors il a appelé le sergent, le sergent major, et le sergent-major a dit, comment êtes vous arrivés ici. Et on lui a dit comment. Et il est allé crier sur ses troupes. Il a dit, vous vous rendez compte que vous êtes au milieu de la position d’un bataillon de fusiliers marins allemands. J’ai dit, ben, vous savez, est-ce que c’est bon ? (rires) Alors il a dit, non, ce n’est pas bon, il a dit, mais pour vous, la guerre est finie.

On travaillait en équipes dans le camp de travail, alors on n’était pas trop mal traités. On recevait des rations de nourriture pour travailleurs de force grâce à notre travail pour les allemands. Dix-neuf parachutistes et un petit canadien français. On l’a pris comme mascotte. C’était près de la Tchécoslovaquie, mais on savait que ça ne servait à rien d’essayer de s’évader parce qu’on savait que la guerre était presque finie.

On a été délivrés par la 3ème armée de Patton et le jour suivant notre libération on est allés en ville dans les quartiers généraux de la gestapo où on est monté dans le garage et on a dit aux mécaniciens là-bas, on a besoin d’une voiture. Bon, elles sont toutes en panne, marchent plus, pas bonnes. Alors j’ai sorti l’automatique que j’avais dans mon étui, je lui ai mis sur la tempe et j’ai commencé à compter. Et dans les dix secondes, on a eu une voiture. En parfait état de marche. Alors on s’est joints à deux camions américains qui retournaient à Frankfort-sur-le-Main et à mi-chemin, on les a quittés et on a pris plus au sud en Allemagne, dans une région agricole et on a passé deux nuits dans des fermes ce qu’on a beaucoup apprécié. On leur donnait des cigarettes et du café, et d’autres choses. On n’était pas du tout fâchés après eux, ces fermiers allemands.

Et alors on est revenus à Bruxelles et ils nous ont renvoyés en Angleterre en avion. Et on est arrivés là-bas dans la soirée, accueillis par quatre infirmières chacun. (rires) Des vraies infirmières anglaises, ce qui était merveilleux. Et elles se sont occupées de nous et elles nous ont enlevé les poux, pour la cinquième fois, et elles nous ont donné un bain, et de nouveaux uniformes et elle nous ont nourris. Et le lendemain matin on s’est réveillés et elles nous ont donné de l’argent, de nouveaux uniformes et nous ont réexpédiés chez nous.

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