Témoignages d'anciens combattants:
Allan “Al” Smith

Forces aériennes

  • La dernière ligne du carnet de bord d'Allan Smith le mentionne comme étant disparu après qu'il ait été descendu en France en 1944.

    James Allan Smith
  • Ginette Jullian (Alias), était une espionne britannique opérant dans la France occupée quand elle a rencontré Allan Smith en 1944.

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  • Télégramme adressé au père d'Allan Smith l'informant que son fils est maintenant prisonnier de guerre, 1945.

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  • Photo d'Allan Smith après son arrivée au Stalag Luft III le 21 octobre 1944. Il venait d'échapper de peu à l'exécution au camp de concentration Buchenwald.

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"Alors, nous sommes sortis de là pour nous rendre au Stalag III. Et je peux vous dire que c’était de la petite bière par rapport à Buchenwald."

Transcription

On avait fait un raid aérien sur le dépôt de rails au sud de Paris, et on avait largué nos bombes avec succès et on était sur le retour. Et en chemin, évidemment, on a été touché de plein fouet par un Junker 88, un chasseur de nuit. Et notre avion était salement touché et le moteur de gauche était en feu. Tout l’équipage a sauté en parachute avec succès, et je me suis retrouvé accroché à mon parachute, flottant au dessus de la France occupée.

J’ai touché le sol tout doucement et j’ai caché mon parachute dans les sous-bois et je me suis débarrassé de mon revolver, un pistolet Smith et Wesson. Et je suis entré dans l’inconnu. Je n’avais pas la moindre idée de là où j’allais. Je savais que j’étais aux alentours de Chartres. Et au cours du deuxième jour, en me balladant par là, je suis entré en contact avec la résistance française. Et la résistance m’a caché dans le petit village de Berchères-la Maingot où je suis resté dans une famille française jusqu’au 15 juillet.

Je passais mes nuits dans un placard, en compagnie d’une énorme araignée, et c’était elle ou moi. Quoiqu’il en soit, après avoir passé pas loin de deux semaines dans cette famille, ils s’appelaient Legrand, j’ai fait la rencontre d’un des espions qui était de passage, une opératrice radio, dont le nom de code était Janette, et j’ai fait du codage pour elle et je lui ai réparé sa radio, ça m’a fait plaisir de faire ça. A ce moment-là, ça commençait à chauffer dans le coin et des gens venaient frapper à leur porte en demandant s’ils avaient un officier anglais chez eux. Alors ils ont décidé, voyez que je devrais bouger, et ils ont fait tous les arrangements pour que j’aille en Espagne, en passant par les Pyrénées.

On est venu me chercher en voiture, et il y avait aussi un traître belge et sa petite amie une rousse. C’était le 15 juillet, et j’étais en chemin pour Paris, soi-disant pour aller faire des faux-papiers. Et en chemin on a pris un autre membre d’équipage du 419ème escadron, un des autres équipages, le sergent Dave High, qui était un radiotélégraphiste, et aussi un autre officier du nom de Bastaville. Donc, on a passé la nuit à Paris et pendant la nuit, on a commencé à sentir qu’on s’était faits avoir.

Le lendemain matin, on est venu nous chercher et on a traversé Paris en voiture à toute allure. Je me souviens d’être passé par la Tour Eiffel et tout à coup, on s’est retrouvé devant un barrage routier, la police allemande. Ils nous ont sortis du véhicule. Ils savaient qu’on venait et ils ne nous ont pas traités d’une manière très sympathique. Alors, ils ont mis deux gardes avec nous et ont repris, ils ont dit au chauffeur de continuer sa route et après un court trajet, on est arrivés à la prison de Fresnes. C’était un sale endroit. Un bâtiment de quatre étages, avec plus de 1500 cellules. L’entrée des camps de concentration ça s’appelait. Une endroit dégoûtant. Des rongeurs avec des puces et toutes sortes de bestioles. Il y avait régulièrement des exécutions et on entendait des hurlements toute la nuit, et aussi le bruit des tirs de fusils des exécutions.

Le 15 août, la prison a été évacuée, y compris les 168 aviateurs. On nous a mis dans un train qui pouvait contenir une quarantaine d’hommes ou une huitaine de chevaux. Et bien-sûr les allemands ne savaient pas très bien parler et ils nous ont entassés par centaines dans chaque wagon à bestiaux. Ca a été cinq jours d’enfer à l’état pur. On était au camp de Buchenwald, et c’était un sale endroit. Et des milliers de gens ont été exécutés. En fait, ce n’était pas un camp d’extermination comme Dachau et Auschwitz, c’était un camp de travail. Il y avait deux usines là-bas, et c’était un camp où les gens se tuaient au travail contraints et forcés. Et bien-sûr il y avait des quantités d’exécutions. Pendant qu’on était là-bas, il y a eu environ 35 espions français et britanniques exécutés et ils exécutaient 400 russes par jour, et ils partaient en fumée. Et on commençait à avoir vraiment peur.

On a quitté le camp de concentration de Buchenwald le 20 octobre 1944, pour aller dans le stalag III. Et laissez-moi vous dire que ça a été très chaud parce qu’on devait être exécutés le 21 octobre. Et dieu merci ça n’a pas eu lieu. Quoiqu’il en soit, la Luftwaffe nous a sortis de là. Pour une raison ou pour une autre, un des officiers de la Luftwaffe a fait une visite de l’hôpital du camp et il y avait un des nôtres à l’hôpital et le docteur de la Luftwaffe a demandé comment il était arrivé là. Alors je suppose qu’il a rendu compte de ça à la Luftwaffe à Berlin et quelqu’un de haut-placé, on pense que c’était peut-être Goering, a arrêté l’exécution.

Alors on est partis de là et on est arrivé au Stalag III. Et bien, c’était comme l’école du dimanche comparé à Buchenwald.

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