Témoignages d'anciens combattants:
John Joseph White

Armée

  • John White, à gauche.

    John Joseph White
  • John White se trouve au centre.

    John Joseph White
  • John White (2nd à droite) avec des camarades.

    John Joseph White
  • John White se trouve à droite. 1943.

    John Joseph White
  • My Big Brother, poème de M. John White.

    John Joseph White
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"Et dès que je l’ai vu, j’ai su que c’était un ami de mon frère. Et il m’a dit que mon frère était mort et plein d’autres gars étaient morts. On s’était faits descendre par un avion américain. Ils avaient fait une erreur."

Transcription

Le premier endroit que j’ai vu au combat c’était en France. Je ne pourrais pas vous dire le, à quel endroit. C’est là où le sergent-major a été tué ce matin-là. Et ils m’ont emmené à, il y avait un bouquet d’arbres et dans ce bouquet d’arbres il y avait une jeep. Et je n’avais jamais été au volant d’une jeep ou de quoi que ce soit de ce genre, n’avait jamais rien eu à faire avec ça. Mais en tout cas, j’ai monté une formation de commando et tout le reste quand j’étais là-bas au Québec, et je formais des gens tout le temps. Mais je ne savais pas quand je suis allé là-bas. Alors en tout cas, je n’avais aucune expérience des jeeps ou quoi que ce soit, côté véhicules.

Et ils m’ont dit : « Bon, tu poses ton pied là dessus et tu tires sur ça et il se produit ça. To mets ton autre pied sur ceci et tu tires là dessus et il se passe ça. Et alors quand il fera nuit, quand il fait nuit, tu viens et tu montes dans la jeep et tu conduis pendant trois kilomètres sur cette route. » Et il n’y a que des buissons et de la forêt. « Et là-dedans, il y a des hommes qui cuisinent pour les équipes de pièces qui sont là-bas en train de tirer. »

Et alors il a fallu que j’aille là-bas cette nuit-là, je ne connaissais aucun endroit, je ne savais pas où j’étais ou quoi que ce soit. Et j’avais ce gars, il avait une lampe torche avec un capuchon dessus et il allumait juste pour éclairer le sol et je suivais la lumière. Et je l’ai presque écrasé en reculant, et ensuite j’ai reculé sur une rangée de munitions des obus de 45 kilos, des explosifs détonants, j’ai simplement reculé sur la pile tout entière. Et il ne s’est rien passé.

Et j’ai roulé sur cette route et j’ai finalement, j’ai dû les trouver, et j’ai pris la nourriture et tout le reste, et j’y suis allé et j’ai trouvé les équipes de pièces, mais je crois qu’il ne restait plus beaucoup de nourriture dans les barquettes quand je suis arrivé là-bas. C’était tellement dur et tout ça là-bas. Je sais qu’un jour, j’emmenais un sergent de recherche et un officier de recherche, à 4 heures du matin, on allait faire une reconnaissance pour trouver une nouvelle position pour les canons. Et je roulais sur une route et il était 4 heures du matin. Il faisait nuit noire de toute façon. De la boue, encore de la boue et rien que de la boue. Et tout à coup, je suis monté sur quelque chose et on n’arrivait plus à bouger. Et dès qu’on s’est retrouvés perché sur cette chose et qu’on ne pouvait plus bouger, tout ce qu’on entendait c’était des chars, des gros moteurs de chars, une division blindée. Et on a tout de suite pensé que c’était une division blindée allemande qui arrivait.

Mais je en sais pas comment on s’est manifestés, quels que soient ceux qui venait, on a fait un bruit ou un éclat de lumière ou quelque chose. Mais en tout cas, c’était un régiment de chars de l’armée polonaise. Et ça vous montre juste comme le monde est petit. Or, ces gars étaient d’anciens prisonniers de guerre et ils s’étaient enfuis en Angleterre et ils s’étaient organisés une division blindée rien que pour eux. (La 1ère division blindée polonaise s’était établie à Duns en Écosse en 1942)

Et un jour, j’ai eu un pontage à l’hôpital et le chirurgien qui m’a opéré et tout, on parlait tous les deux. Et je lui ai raconté ça et il a dit : « Vous savez, mon père était un prisonnier de guerre et il s’est évadé en Angleterre et il est entré dans la division blindée. » Mais il a dit : « Il n’a jamais rien fait de tel à ma connaissance. » « Bon, ai-je dit, c’était peut-être bien le gars qui nous a sortis de là. » Parce que ce qui c’était passé c’était, il y avait des poteaux électriques tout le long là-bas en France, et ils étaient en ciment, de grands poteaux en ciment. Et celui-là était tombé, il avait sauté et il était couché en travers de la route et la boue s’était entassée dessus. Et bien sûr à 4 heures du matin, et vous ne pouvez pas circulez avec les phares allumés, et je me suis enfourché dessus. Alors j’ai dit : « Vous savez, c’était peut-être bien votre père. »

Deux semaines avant le jour J, mon frère aîné Jim, qui était venu me voir, et il avait tous les papiers remplis et je n’avais plus qu’à signer pour aller dans le 7ème Medium (Régiment, appartenant à l’artillerie royale canadienne) avec lui. Et j’ai refusé parce que je ne voulais pas qu’il ait l’énorme responsabilité de m’avoir avec lui. Alors quand j’ai rejoint le régiment en France, le premier matin, le sergent-major a été tué, et il fallait que je prenne sa place pour la livraison de la nourriture et tout le reste de nuit dans l’obscurité, pour les équipes de pièces qui tiraient sur l’ennemi. Et alors un peu plus tard, on était sur une route en direction de Caen, CAEN, et je regardais et j’ai vu à environ un kilomètre et demi au bas de la route, je dirais que ce n’était pas tellement long, ces avions qui arrivaient et j’ai su que ça allait être pour nous. Et je les regardais effectuer leur descente et puis j’ai vu cette estafette, un motard, qui descendait le long de la route, à toute vitesse. Et je suis sorti et je l’ai arrêté. Et dès que je l’ai vu, j’ai su que c’était un ami de mon frère. Et il m’a dit que mon frère était mort et plein d’autres gars étaient morts. On s’était faits descendre par un avion américain. Ils avaient fait une erreur.

Et je suis retourné sur la route le lendemain matin et je l’ai retrouvé enterré au bord de la route. Et j’ai fait une photo et l’ai envoyée chez moi. Et puis on m’a donné deux semaines de permission loin des combats, et je suis allé passer deux semaines en Irlande. Et c’était, je n’y étais pas allé depuis l’âge de quatre ans et demi. Alors je ne reconnaissais pas. Mais je marchais dans la rue et j’ai entendu un bruit, alors j’ai dit, je vais suivre le bruit. Quand je suis arrivé à l’endroit où se trouvait le bruit, il y avait un homme géant avec une moustache en lyre blanche qui lui descendait jusqu’au menton et il était en train de poser un enjoliveur sur une roue de chariot. Et j’ai demandé : « Excusez-moi, monsieur. » Et il s’est redressé comme ça et il a regardé vers le bas et il a dit : « Oh mon Dieu, mais tu es le gamin de John White. » C’était un copain de mon père du temps avant qu’on ait quitté l’Irlande et il a dirigé son marteau vers l’autre côté de la rue, il a dit : « Tu vois cette porte ? C’est là où tu vas aller, c’est la maison de ta tante. » Et j’ai passé deux semaines avec eux et puis j’ai dû retourner en France.

Et le jour où on est repartis, on a traversé la même, sur des barges, et quand on a débarqué sur le rivage, il y avait des cadavres d’allemands partout. Et il fallait qu’on les déplace, il fallait qu’on les enterre, parce que c’était le mois d’août et il faisait très chaud. Et on m’a donné ce boulot là. Et ce qu’ils ont fait, ils nous ont juste donné un, ce qu’on appelait une carte du coin je crois. Et on a pris leurs numéros de plaque d’identité et on les a inscrits là-dessus. Et puis on a creusé des trous et on les a enterrés.

Et je ne sais pas, je doute qu’ils aient retrouvé beaucoup d’entre eux à cause de la manière dont ça se passait. Et alors ça a continué et après ça, c’était juste, on n’a fait que bouger en France et puis en Belgique et en Hollande. Et un jour en Hollande, j’étais assis et j’ai vu une feuille de papier. Et je l’ai prise et j’ai commencé à écrire. Et j’ai écrit ce poème et je pensais à une petite fille qui s’appelait Jeanette Gadfield. Et on allait à l’école ensemble et tout le reste aussi, vous voyez. Et voici ce que je disais :

Tant de temps s’est écoulé depuis que je t’ai rencontrée pour la première fois,

Avec tes yeux pétillants de rire et la lumière du soleil dans tes cheveux.

C’était le printemps joli mois de mai,

Le chant des oiseaux était clair et gai,

Alors que main dans la main on se promenait,

Le monde nous appartenait, et nos cœurs chantaient,

Ah, jours heureux de l’enfance disparaissant comme les rayons du soleil couchant,

Qui se sont retirés maintenant hors du temps.

Quand jeunes et heureux, rougis par le soleil brûlant,

On nageait puis on ramassait des coquillages dans le lit de la rivière.

Oh, jours heureux baignés de soleil et de lumière,

Quand tes jolis yeux bruns plongeaient dans les miens.

Sur le rivage on restait chaque jour de la semaine,

J’avais le cœur rempli de tous ces mots que je ne pouvais prononcer.

Le coup de foudre, le jour où on s’est rencontrés,

Et tout ce qui s est passé depuis, comment oublier,

Les jours passés, nos cœurs débordants de joie,

Quand tu étais une petite fille et moi un petit garçon.

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