Témoignages d'anciens combattants:
Albert John Walsh

Armée

  • Photographie contemporaine d'Albert Walsh.

    Albert John Walsh
  • Médaille de service d'Albert Walsh: Étoile 1939-45; Étoile France-Allemagne; Médaille de la Défense; Médaille du Service des Volontaires Canadiens; Médaille de guerre (1939-45).

    Albert John Walsh
  • Albert Walsh, le 25 novembre 2009.

    Historica Canada
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"Ma mère a vu le prêtre arriver et lui a simplement demandé : Lequel ? Nous étions trois à nous être enrôlés."

Transcription

Quand j’ai eu 18 ans, je me suis engagé volontaire à Fredericton [Nouveau Brunswick]. Oh les moustiques c’était vraiment terrible là-bas, oh mon dieu. On était content de nous mettre en route. On a débarqué en France et on s’est tous entassés là-bas avec les chars. On y a passé deux jours. Et puis ils sont venus avec, de la ouate de coton pour vous mettre dans les oreilles parce qu’il va y avoir un énorme raid aérien. Alors la nuit où on a commencé, et je m’en souviens encore, et on est montés par cette route. Et le jour s’est levé et comme on dit là-bas, je crois que je, que la première chose que j’ai vue aux premières lueurs du jour c’était l’infanterie qui rampait le long des remblais alors j’ai su que j’étais au front.

Mais à ce moment-là, les Forteresses volantes [Fortress B-17] arrivaient pour bombarder les allemands. Mais ils ne les ont pas bombardés. Ils sont arrivés et il y avait un, plein de camions polonais derrière nous là-bas. Et je regardais dehors par le, les regardais arriver, vous pouviez voir le, les portes des soutes à bombes ouvertes et tout. Et j’ai dit « Seigneur ils vont nous bombarder. » Mais ils ne l’ont pas fait. Ils ont bombardé, ils ont bombardé les polonais. Ils travaillaient avec nous aussi, je veux dire, il y avait des troupes polonaises. Et je peux encore les voir, des gros camions qui giclaient en l’air.

Mais il y avait un petit avion de repérage là-bas. Et ils volaient haut, et ils volaient au milieu des Forteresses volantes et les a mises en garde. J’étais à la radio à ce moment-là, et je pouvais entendre une fille qui hurlait depuis l’Angleterre : « Vous ne bombarder pas les bonnes troupes. » Mais quoiqu’il en soit, le North Shore Regiment là-bas, c’était notre régiment qui venait, qui venait de Miramishi [Nouveau Brunswick], ils se sont faits bombardés aussi ce jour-là.

Mais quoiqu’il en soit, on a continué et, et on est sortis de la route et on était sur le point d’avoir une petite discussion, et juste après, les chars ont commencé à exploser. On se faisait descendre et on ne le savait même pas. Et j’ai sauté dans le char et je suis descendu par cette colline et j’en avais un en vue, un char Tigre. Mais il m’a touché en premier. J’ai senti l’horrible coup dans le char, et je me suis dit : « Je crois qu’on n’est pas trop salement touché, je vais essayer de me le faire ce gars-là. » Mais avant que je puisse virer, on a reçu un autre coup. Alors j’ai regardé tout autour, et tout le monde était sorti la première fois. Alors je me tiens sur le côté du char et j’avais la main sur la tourelle, et il y avait un camouflage qui n’était pas attaché là-bas. Et il y avait un petit nuage de fumée qui sortait de là. Et je me suis dit, je suppose que j’étais dans les vapes ou quelque chose comme ça : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Quoiqu’il en soit, quelqu’un m’a attrapé par les jambes et m’a tiré de là. Mais c’était des balles de mitrailleuse qui nous heurtaient.

Mais quoiqu’il en soit, on s’est éloigné du char autant que faire se peut parce qu’ils lui tiraient dessus. On est montés dans un petit bois, et on est restés là toute la journée. Je crois qu’on était neuf à s’être réfugiés là et, mais on était que trois ou quatre capable de marcher cette nuit-là ou plutôt de ramper. Il y avait du blé de cette taille-là. On est partis à travers ça en rampant.

Et je pouvais sentir l’avoine ou le blé, peu importe ce que c’était, qui me pleuvaient dessus parce que les polonais qui étaient en avant ils nous prenaient pour des allemands qui venaient s’occuper d’eux. Alors ils essayaient de nous tuer. (rires) On a avancé et on s’est mis derrière un char, celui qui avait été détruit le jour précédent. Et un des gars qui était avec moi a enlevé son maillot et il l’a accroché comme ça au dessus du char, alors les polonais se sont arrêtés de tirer. On les a dépassés et ensuite on s’est dirigés du côté des projecteurs de Kanne [Belgique]. Parce qu’ils avaient des projecteurs là-bas.

Mais quoiqu’il en soit, on a marché toute la nuit. Le lendemain matin, il y avait un sergent qui est entré dans le baraquement où on était, et il a dit : « Les gars. » Il a dit : « Je sais que vous avez passé un sale moment. » Il a dit : « Il y a trois artilleurs ici. » Il a dit : « J’ai besoin d’un artilleur. » Il a dit : « J’ai deux courtes pailles et une longue ici. Et quelque soit celui qui tire la longue repart il repart au front. » Alors j’ai tiré la longue paille et suis reparti immédiatement. (rires)

Bon, à partir de ce moment-là les choses sont très floues. Quelques jours plus tard, on était alignés sur cette grande colline, je crois qu’il y avait 400 chars là-bas. On nous a dit allez-y. Bon, il n’y avait rien pour nous arrêter après. Je veux dire, on est là en bas de cette colline là et je tirais sur tous les allemands dans le champ là-bas aussi bas que je pouvais baisser le canon parce qu’il ne pouvait pas aller plus bas. Et ce gars il était sorti et lui il se tenait tout en haut, avec son pistolet. Et il poussait des jurons et a continué là et il tirait. Mais on approchait de, la bataille de Falaise à ce moment-là. Et trois ou quatre jours, on a traversé la Dive là-bas, je me souviens de ça, et je ne sais pas où, où on est allés après ça. Il y a trois ou quatre jours à peu près dont je ne me souviens pas du tout. C’est le vide total.

Mais après les combats en Normandie ont été terminés après ça. On a longé la côte. Ma mère a vu venir le prêtre, et la seule chose qu’elle a dite : « Lequel ? » On était tous les trois là-bas. Je n’ai pas, n’ai jamais pensé que je reviendrais vivant. Parce que je ne voyais pas comment je pourrais. Mais j’ai pu, je suppose. Je dis toujours que c’était les prières de ma mère, parce que j’ai été brûlé et je me suis fait tiré dessus et tout là-bas. Le char où je me trouvais a été attaqué par un bazooka pendant la traversée du canal Léopold. Et je me souviens encore très bien, on roulait là-bas et le commandant a dit au chauffeur, il dit : « Ralenti, on ne cherche pas à échapper aux ennuis, on cherche les ennuis. » Et juste là on a été touché et tout a pris feu. J’ai plongé pour sortir par la trappe du haut, et j’ai bloqué le chef de char et j’ai dû me retirer. Et ensuite j’ai plongé à l’extérieur sur le côté et j’ai couru aussi vite que j’ai pu avant que le char explose à cause de toutes les munitions et tout ce qu’on avait là-dedans la tourelle a fait un bond d’au moins six mètres de haut, et une tourelle ça pèse six tonnes. Mais il n’y avait pas de rien de pareil à, à prendre du repos ou quoi que ce soit de ce genre. Ils ont mis un autre char à ma disposition le jour même.

Pour vous empêcher de penser et d’avoir peur, ils vous maintiennent au cœur de l’action. Mais quoiqu’il en soit, ça vous est égal parce qu’il y avait tous les gars avec nous et c’était vos amis. C’est tout ce que vous vouliez être.

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