Témoignages d'anciens combattants:
Léon Omer DesLauriers

Armée

  • Cap. Léon Deslauriers, janvier 2010.

    Historica Canada
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"Il faut s'impliquer, pour le bon, pour le méchant, mais impliques-toi ! Ne restes pas là, ça ne donne rien à personne."

Transcription

Je suis arrivé dans le CEOC, COTC [Corps-école d’officiers canadiens] qu'il avait dans le temps. Il y avait l'Université de Montréal, [l’Université] McGill, [le Collège] Loyola, nous autres au [Collège] Mont-Saint-Louis, on en avait un. J'ai servi avec eux jusqu'à temps que j'ai quitté le Mont-Saint-Louis pour aller prendre des cours à l'extérieur. Donc je n'ai pas pu y rester, il fallait que je sois là. Alors, à ce moment là j'ai servi avec un régiment « heavy artillery », l'artillerie lourde anti-avion, qu'on avait à Montréal. Ensuite, je me suis enrôlé dans l'armée active. Dans l'armée active, je n'avais plus les grades que j'avais là-bas qui étaient tous « acting » (intérimaires), moi je n'étais pas trop sûr comment ça marchait encore. C'était tout « acting » et je rentre là « private » (soldat) menant à un cours d'officier. Pendant que j'étais, je venais d'entrer, la guerre en Europe se termine. Moi, je ne faisais partie d'aucune unité, j'étais un « generalist » (généraliste), ce qu'on appelle un « one-man raft » (un homme sur un radeau). Ils ne savaient pas quoi faire avec moi. Mais je suis ce cours là, alors je me prépare pour aller au Japon après avoir pris un cours d'officier. Le soir où les diplômes ont sortis, je m'en allais faire mon cours d'officier, la guerre du Japon est terminée. Comme nous étions 40 à peu près sur le cours, il y en avait une vingtaine, vingt-cinq qui venaient d'overseas (outremer), qui venaient de l'autre côté. À ce moment là, ils nous ont laissé de côté, ils ont dit, « Vous retournez à vos unités, et on ne vous prend pas ». Moi j'étais pris, ils ne savaient pas quoi faire avec moi alors j'en suis sorti. Ça a été ma grosse affaire pendant la guerre. L'entraînement de base, je l'ai tout suivi au COTC et je l'ai donné aux autres aussi. On était limité, surtout au Mont-Saint-Louis puis une autre école qu'ils avaient. On était un peu limité. C'était McGill et l'Université de Montréal qui étaient les plus forts. Il y en a qui ont été transférés mais pas moi, pas nous autres parce qu'on était étudiants encore. Alors c'était tout du basic training (entraînement de base). On allait à Farnham, on allait un peu partout. Puis assez fort, ils ont même eu à un moment donné des démonstrations de lance-flammes et des affaires comme ça. Il y a eu des accidents aussi. Un avion a baissé trop bas puis une aile a attrapé quelqu'un. Ensuite de ça, j'ai eu de l'entraînement intensif sur les patrouilles, sur le sabotage, sur le saut en parachute mais pas libre, des tours, on n’a pas eu le temps d'y aller. Sur le leadership et sur les principes de défense. Ça c'était très lourd ça. Mais la guerre, j'ai appris qu'elle est terminé alors que j'étais en train de signer des papiers, tout était presque arrêté et je m'en allais à Saint-Jérôme. Je pense que le lendemain, j'allais chercher mes uniformes. Puis on l'a su. Je m'en venais dans l'autobus. Tout d'un coup, je vois les gens dehors qui tiraient des espèces de .22, des flashs et des radios dans les magasins. Alors c'est comme ça que j'ai dit, Bonjour la vie je rentre dans l'armée, ils me retardent, je viens pour servir et la guerre cesse! J'ai continué par exemple. C'est comme ça que j'ai su. Je savais que c'était à la veille de finir, mais jamais aussi vite. J'ai la mémoire de la façon que la guerre s'est faite. J'ai la mémoire de la façon qu'elle s'est préparée. J'ai la mémoire des bêtises qu'on a fait malgré tous les avertissements qu'on avait eu. Ça nous a pris un temps infini à nous préparer. J'ai la mémoire qu'on était tellement bien puis qu'on avait travaillé tellement fort à cause de la [Grande] Dépression qu'on s'en fichait. Alors la propagande nazie dans le temps et la propagande communiste qui aidait les Nazis dans le temps - il ne faut pas oublier que les Russes ont aidé les Allemands. Les Russes ont taillé la Pologne, il ne faut pas l'oublier ça. Ils sont venus crier après au secours mais ils ont couru après. Bon, on était pris avec ces gens là. On avait les communistes sur un côté puis les Nazis de l'autre puis on était pris avec les nationalistes dans le centre qui voulaient rester ici. Qu'est-ce qu'on fait ? On s'est débrouillé comme on a pu. Ça c'était l'apathie des gens à ne pas vouloir s'impliquer. Il faut s'impliquer, pour le bon, pour le méchant, mais impliques-toi ! Ne restes pas là, ça ne donne rien à personne.
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