Témoignages d'anciens combattants:
Fernand Joseph Maurice Giguere

Armée

  • Photo prise quand Fernand Giguère (à droite) s'est enrôlé, en 1943.

    Fernand Giguère
  • Article du journal La Patrie, du 8 juillet 1944, après un accident d'entrainement pendant lequel Fernand Giguère a été blessé et où il a perdu des amis.

    La Patrie
  • Livret de paie de Fernand Giguère, 1943-45.

    Fernand Giguère
  • Fernand Giguère à Montréal, Québec, le 28 janvier 2010.

    Historica Canada
  • Carte postale envoyée à M. Giguère par l'oncle de son épouse alors qu'il était basé à Sherbrooke, Québec, 1943.

    Fernand Giguère
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"J'ai eu un morceau de shrapnel qui m'a enlevé un écartèle de mon tibia droit et puis aussi un autre morceau qui m'a passé au travers de la lèvre qui s'est arrêté sur ma dentition. Ça paraissait pire que c'était."

Transcription

[L’instruction de base] c'est juste des déploiements militaires; c'est savoir marcher, savoir tourner, savoir avancer, reculer et manier la carabine .303. C'est toutes sortes de « bases » qu'il fallait apprendre. Il y en avait pour qui c'était plus difficile et d'autres pour qui c'était plus facile. Moi naturellement j'étais chanceux étant donné que j'avais déjà une base. Alors ça a été plus facile pour moi. Ça parait toujours un peu plus que d'autres, c'est pour ça. Il faut qu'un soldat soit complètement instruit sur le côté militaire avant d'aller en Europe.

Nous étions à Farnham. De Farnham, ils nous ont amenés à Saint-Bruno, c'était pour nous donner une démonstration de mortier de trois pouces. Ce mortier-là tire des obus au dessus des petits monticules. Alors nous formions un demi-cercle, épaule-à-épaule, on était presque 62 personnes. La bombe à été mal placée et ça a explosé dans le mortier. Alors il y a eu exactement dix morts sur le coup et ensuite trois personnes sont mortes en étant transportées à l'hôpital. Il y a eu une vingtaine de blessés. En tout cas, c’était toute une tragédie. J'ai eu un morceau de shrapnel qui m'a enlevé un écartèle de mon tibia droit et puis aussi un autre morceau qui m'a passé au travers de la lèvre qui s'est arrêté sur ma dentition. Ça paraissait pire que c'était. Parce que le sang... mais ce n’était pas si pire que ça. Puis aussi naturellement, c'est après que je me suis aperçu que j'avais perdu l'ouïe complètement quand j'ai été transporté à l'Hôpital de Sainte-Anne pour être opéré pour qu'ils m'enlèvent le morceau de shrapnel qui était dans ma jambe.

J'ai eu mon congé à peu près une semaine après. Parce que ce qui est arrivé à Sainte-Anne, quand ils m'ont opéré, ils m'ont badigeonné la jambe avec de l'éther et un pinceau. J'étais allergique à l'éther mais je ne le savais pas. Après l'opération ma jambe est devenue pas le double de grosseur mais un bon tiers plus gros que normale. C'était rouge, rouge, rouge. Alors le docteur quand il est passé pour faire son examen, il dit, « Lui il sort demain ». Alors je lui ai dit, « Voulez-vous regarder ma jambe avant ? ». Je retire la couverture et Ah ah ah ! Il dit, « Là c'est une autre affaire ça. Vous êtes bien mieux d'être transféré à l'hôpital encore ». Alors ils m'ont ramené à l'hôpital puis ils m'ont examiné, ils m'ont donné des bains de…Enfin, ils avaient une lampe solaire puis ils me braquaient ça sur ma jambe durant plusieurs minutes, trois fois par jour. C'est de même que j'ai pu sauver ma jambe. Elle est redevenue normale.

Puis trois semaines après, j'ai été retourné au camp d'où je venais à Farnham. Un peu traumatisé j'étais...j'étais...j'ai été sous le choc, vous savez. Je dirais au moins un couple de semaines avant de se rétablir complètement. Ceux qu'on recevait c'était des volontaires, ils avaient signé volontairement et non pas été appelés par la loi. Parce qu'ils ont passé une loi qui faisait que toute personne, de jeunes hommes de tel âge à tel âge non mariés étaient obligés de se rapporter à l'armée. On appelait ça les « zombies » (morts-vivants). Eux autres c'était forcé. Même la police militaire allait les chercher. Il y a en plusieurs qui se sont sauvés dans la montagne, qui se sont sauvés dans la forêt pour ne pas rejoindre l'armée, vous savez. Il y en a plusieurs qui ne voulaient pas. Ceux qui étaient pris, eh bien coudonc, qu'est-ce que voulez-vous faire? Il a fallu qu’ils suivent après ça.

Il y en a eu un qui m'avait frappé. C'est parce que on faisait toujours l'examen des carabines et puis un matin j'avais fait l'examen d'une carabine et puis elle était sale. Ça veut dire que le type n’avait pas fait son travail. Alors je l’avais appelé. Je lui ai dit, « C'est très dangereux parce que des fois la balle peut exploser dans le baril ». J'ai dit, « Tâchez donc de voir à ce que votre carabine soit bien nettoyée ». Ce type là il était parti cinq mois, six mois je crois. Il est décédé de l'autre coté. Ça m'a fait un drôle d'effet. C'est là que je me demandais s'il avait continué à nettoyer sa carabine. Toutes sortes de choses me sont arrivées en mémoire mais ce n'était pas ça. Ce n'était rien que de l'imagination peut-être.

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