Témoignages d'anciens combattants:
Ian Cox Herd

Forces aériennes

  • Certificat détaillant le service en outremer et le licenciement d'Ian Herd, ainsi que ses médailles, 19 février 1946.

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  • Portrait d'Ian Herd, 1944.

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  • Journal de vol d'Ian Herd. Cette page montre la recherche en vol (17h) d'un avion qui s'est écrasé dans l'océan, et dans lequel le meilleur ami d'Ian ainsi que 6 autres amis d'équipages ont été tués, mai 1945.

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  • Insignes, écussons et rubans d'Ian Herd, 1945.

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"C’est une drôle de chose que vous confirmerait sans doute tout ancien combattant, cette espèce de bloc qui se forme dans la tête ou le corps et qui vous prémunit contre la peur."

Transcription

Oui, nous avons fait le voyage depuis Liverpool sur un bateau de troupes dans un convoi et on est descendus en passant par Gibraltar, avons traversé la mer Méditerranée et dépassé l’Egypte, je ne me souviens pas de la plus grande ville là-bas. Mais quoiqu’il en soit, nous avons traversé la mer Rouge, qui est vraiment très chaude, passé par le golfe d’Aden, et puis on a pris vers l’est en direction de l’Inde, on a débarqué à Bombay et Karachi, et de là, on est descendu à Koggala à Ceylan [aujourd’hui le Sri Lanka], où se trouvait le 205ème escadron de la RAF, dans la partie sud-est de Ceylan. Et ça c’était le voyage. Voyez, je devais avoir une vingtaine d’années, pas plus de 21 ans à l’époque, et ça a été très intéressant pour moi, de voir tous ces endroits et ainsi de suite. Même s’il y avait un certain danger, mais c’était intéressant de voir tous ces endroits. Et mon meilleur ami, un autre navigateur originaire de Saint Lambert au Québec, on avait l’habitude de s’allonger tous les deux sur le pont pendant la traversée de la mer Rouge et on regardait les étoiles et on discutait de toutes sortes de choses, des sujets sérieux, la religion et tout le reste. Et malheureusement, je saute du coq à l’âne, ça a été l’un des événements les plus forts de mon temps. Lui et son équipage se sont faits tués lors d’un crash dans l’océan le 28 mai. Ils faisaient un vol de reconnaissance, un voyage météo au dessus de l’océan. Ils étaient dans des hydravions. C'est-à-dire, ils pouvaient atterrir sur l’eau. Et leur équipage est sorti, mon ami en tant que navigateur, et comme ils n’étaient toujours pas rentrés tard dans la journée, ça nous a alerté et c’est mon avion qui a découvert les morceaux d’épaves à la surface de l’océan, à environ un millier de milles au sud est de Ceylan. Et on a vite fait de faire le rapport entre les deux. Ils s’étaient écrasés et sept gars, dont mon meilleur ami, étaient morts dans l’océan. C’était tragique parce que la guerre s’était terminée en Europe le 8 mai et ça s’est passé le 28 mai et ils sont tous morts. Alors c’était trop bête, même si ça se passait dans le théâtre de guerre japonais, vous savez. Et au retour des ces îles Cocos [anciennement îles Keeling] dont je vous parlais tout à l’heure, à Ceylan, une fois on a eu à en découdre avec la mousson et le ciel était complètement noir et le pilote essayait de toutes ses forces de trouver une ouverture dans le ciel, n’importe où, pour tourner. Il ne savait pas où aller et on n’essayait même pas la navigation, on était tout simplement secoués dans tous les sens. Et l’eau s’infiltrait dans les joints de l’avion et je pensais que c’en était fini de nous, j’ai vraiment cru que c’était la fin. Et il y a quelque chose de drôle, que tous les anciens combattants vous diraient probablement, et c’est qu’il y a quelque chose dans votre tête et dans votre corps qui est là pour vous empêcher d’avoir peur. Parce que tout ce dont je me souviens c’est, même s’il semblait qu’on avait toutes les chances d’être tués, de s’écraser et ainsi de suite, j’étais juste en colère. Je me souviens seulement d’être en colère à cause de cette eau qui s’infiltrait et qui me foutait en l’air mes chartes et tout le reste. C’est une sensation étrange, et je crois que ça s’applique à la vie en général sans doute. Autrement dit, quand vous vous trouvez dans une situation effrayante, votre corps produit une sorte d’hormone ou quelque chose comme ça, qui vous empêche d’avoir vraiment peur.
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