Témoignages d'anciens combattants:
Elsdon Brown

Armée

  • Coupure de presse de 1942 sur laqualle apparait Jean, la fille de Elsdon Brown. Elle est née alors qu’il était Outre-mer dans le Corps Royal de l'Intendance de l'Armée Canadienne (RCASC).

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  • Elsdon Brown (5ème à droite sur la rangédu fond) et le Régiment d'Alberta du Sud en 1940.

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  • Elsdon Brown conduisit ce camion qui remorqua le missile V-2 en Hollande afin qu'il soit envoyé par bateau en Angleterre, avril 1945.

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  • Elsdon Brown conduisit ce camion qui remorqua le missile V-2 en Hollande afin qu'il soit envoyé par bateau en Angleterre, avril 1945.

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  • Elsdon Brown, son épouse et leur fille marchant après la guerre fin 1945.

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"Et j’ai parler avec un des gars et lui ai demandé ce qu’il était en train de faire, et il dit : « On a une barge qui revient de France avec un paquet de soldats morts dessus. » Il dit : « Et on va les mettre dans cette tranchée. »"

Transcription

Je suis parti outre-mer au printemps 1942, à Aldershot (Angleterre) et j’ai rejoint la 65ème compagnie de transport de chars. Donc on transportait des chars dans les différents régiments, surtout l’armée britannique. On était en garnison dans le nord de Londres là-bas, à un endroit qui s’appelait Enfield West, et on prenait la ligne de métro Piccadilly pour monter là-haut, et c’était l’avant dernier arrêt avant le terminus.

Et on transportait les chars de King George jusqu’à un endroit du nom de Jack Holding (& Company, d’Hartfield, Angleterre) qui avait un concessionnaire de camion tracteur syndiqué, et il révisait les chars et les tenait prêts, et puis on passait les prendre et on les transportait dans différentes organisations.

Quand ils ont décidé d’organiser le jour J et tout ça, l’invasion, on était en garnison à un endroit qui s’appelait Woking (Angleterre). Je ne sais pas comment je me suis retrouvé impliqué, mais en tout cas, on m’a envoyé sur la côte sud avec un message, je crois, pour quelqu’un. Et quand j’étais là-bas, tout le monde était confiné dans les casernes et on ne m’a pas autorisé à ressortir, et j’avais mon camion tracteur et tout ça qui a attendu sur le bas côté de la route pendant trois jours. Et tout ce que j’ai fait c’était de marcher de long en large et de parler aux gens qui se trouvaient dans ces enceintes, en attendant d’être embarqués sur le navire je pense.

Et puis le troisième jour je me suis réveillé et me suis levé, il n’y avait plus rien autour, tout était parti et je n’ai pas bien compris ce qui se passait. Mais en tout cas, je mangeais un morceau pour le déjeuner, et j’ai entendu des moteurs diesel en marche dans le champ là où j’étais avant, et par curiosité je suis sorti et j’ai marché jusqu’à l’entrée. Il y avait une grande haie et je suis entré et il y avait ce tractopelle et un gars là et ils étaient en train de creuser une tranchée d’une vingtaine de mètres de long et deux mètres soixante de profondeur. Et j’ai parler avec un des gars et lui ai demandé ce qu’il était en train de faire, et il dit : « On a une barge qui revient de France avec un paquet de soldats morts dessus. » Il dit : « Et on va les mettre dans cette tranchée. »

Et j’étais garé à 200 mètres à peu près de la côte je pense. Alors j’ai marché jusqu’à la côte, et juste quand je suis arrivé là, cette barge était en train d’arriver à reculons et il y avait du sang qui dégoulinait sous l’abattant. Et quand ils ont baissé l’abattant, les voici, tous entassés les uns sur les autres et ils avaient un camion là-bas et les ont hissés un par un. Et il y avait 49 canadiens du North Shore Regiment et un soldat allemand. Et j’ai marché aux alentours en les regardant faire, et puis quand ça a été le tour de l’allemand d’être enterré, il mesurait un mètre quatre-vingt-dix à peu près, alors il était trop grand pour entrer là-dedans, alors ils lui ont cassé les jambes pour qu’il puisse tenir allongé.

Et puis après ça, je suis monté dans mon camion tracteur et je suis retourné dans mon unité à l’endroit où on était en garnison, à Woking. Et puis le jour J était terminé, et je m’en souviendrai toujours. Mais en tout cas, on est allés en Normandie et puis on est partis travailler un peu plus bas que Bordeaux (France), c’était là où se trouvait le dépôt pour la maintenance des véhicules et où on allait chercher les chars pour les apporter aux différentes unités. On a passé environ deux mois là-bas ou un peu plus, et puis on est remontés jusqu’à Gand (Belgique). Et on est allés en Allemagne en traversant le Rhin. Et quand on était là-haut, et tout commençait à s’effondrer parce que tout le monde avançait tellement loin qu’il semblait bien que les choses étaient en train de changer.

Alors en tout cas, on m’a appelé un jour pour me dire de monter à Düsseldorf avec mon camion tracteur et ma remorque. Alors je suis monté là-haut en camion et il y avait les renseignements britanniques là-bas et ils avaient une rangée de V2, les roquettes dont les boches étaient servis sur l’Angleterre. Je crois que c’était une des raisons qui ont fait que le jour J s’est produit à la date où il s’est produit, quand la mer était tellement démontée ils envoyaient ces fusées là-bas et ça interrompaient tout et le moral des gens en Angleterre était très bas comme on aurait pu s’y attendre parce qu’il n’y avait pas moyen de repérer quand ces roquettes allaient tomber. Donc cette fusée, elles étaient sur un train et les forces alliées avaient détruit le moteur. Et elles font dans les quinze mètres de long, comme la charge d’un, presque celle d’un Spitfire.

Alors ils l’ont placée sur une remorque pour moi et je l’ai rapportée en camion jusqu’à Anvers (Belgique), jusqu’aux docks là-bas et ils l’ont chargée sur un cargo et l’ont rapportée en Angleterre, et elle est aujourd’hui dans un musée en Angleterre, à l’Imperial War Museum (à Londres). C’est la seule en captivité.

Or, quand on était en Angleterre, ils se sont servis des bombes volantes pour commencer. Et vous pouviez les entendre et les voir arriver. Quand le moteur s’éteignait, ils savaient qu’elle allait tomber. Et puis elles sont devenues tellement, alors ils avaient changé pour que le moteur continue à tourner à plein régime et elles tombaient quand même. Alors vous ne saviez jamais ce qui se passait. Et ils arrivaient à les contrôler plutôt bien avec les Spitfire. Mais en tout cas, avec les bombes V2, ils pouvaient faire une chose avec elles. Je me souviens d’une fois où je suis allé à Londres pour suivre une formation professionnelle, de soudeur, et pendant deux mois j’étais en garnison à Russell Square. Et les boches venaient tout le temps et, vous savez, ça nous faisait faire de l’exercice la nuit avec leurs bombes et tout ce genre de trucs. On était au premier étage alors il fallait courir en bas pour sortir et puis passer par derrière, et alors il faisait sacrément sombre, il fallait allumer votre briquet pour trouver la porte pour entrer, dans l’abri. Et vous ne tenez pas debout là-dedans en fait, vous restez penché et vous vous asseyez. Donc vous faites ça assez souvent.

Mais en tout cas, ce jour-là en particulier quand le camion est venu le matin pour nous emmener à l’école où on apprenait le métier de soudeur, le chauffeur nous a dit, il dit que la station de métro Holborn qui est juste à un pâté de maison de là où on était, et il dit qu’il y a eu 179 morts parce que quelqu’un a commencé à descendre les escaliers, et je suppose qu’ils sont tombés et se sont entassés les uns sur les autres là-dedans. Alors 179 personnes étaient mortes.

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