Témoignages d'anciens combattants:
Mervyn Couse

Forces aériennes

  • "Si tu étais pris par les ennemis et que tu pouvais contacter la Résistance, ces photos étaient utilisées pour créer de fausses cartes d'identité pour esquiver les allemands".

    Mervyn Couse
  • Escadron numéro 12 à la retraite du NAN (l'avion sur la photo), avril 1945.
    Les officiers des équipages étaient sur le terrain, aucun d'eux n'étaient sur les ailes.
    Mervyn Couse est sur le terrain, le 11ème à gauche dans le second rang. Deux de ses équipiers sont assis à droite sur le propulseur.

    Mervyn Couse
  • Dernières pages d'un journal de vol . Elles identifient le total des équipages de Mervyn Couse.
    Il indique deux opérations: le 25 avril, l'opération 29 était de cibler le SS Barracks et les "Eagles' Nest" - le bunker d'Hitler.

    Mervyn Couse
  • Vers 1945. De gauche à droite: pilote Ernie Baird, tireur arrière Don "Doobie" Duncan et l'ingénieur aérien Geoff Munk. Mervyn Couse a pris la photo, on peut voir son ombre devant.

    Mervyn Couse
  • "L'équipage: Ernie Baird - pilote, "Pinhead" - Nav. Don Duncan - tireur arrière, "Mac" McPerson - régleur de bombe, Don Boyd - milieu tireur supérieur, Jack D'Arcy - opérateur de télécommunication, 30/08/44 P.S. C'est une surimpression".

    Mervyn Couse
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Écoutez ce témoignage

"Je me suis vite mis la tête dans l’astrodôme et j’ai regardé : il y avait un nuage d’environ 18 000 pieds de haut et des langues de feu roses qui traversaient le nuage jusqu’à environ 21 000 ou 22 000 pieds de hauteur. C’était un vrai feu de l’enfer."

Transcription

Je m’appelle Mervyn Couse. Je suis né à Toronto, le 22 janvier 1923. À l’âge de 19 ans, je suis allé au centre de recrutement et je me suis enrôlé dans l’Aviation pour devancer la conscription. La raison pour laquelle j’ai choisi l’Aviation, c’est parce que j’ai le mal de mer et puis parce que je ne pouvais pas dormir dans un hamac. Je savais que les soldats dormaient par terre, tandis que les membres de l’Aviation, eux autres, ils dormaient toujours dans des draps propres, dans une belle cabane. En fait, quand je suis devenu officier, il y avait des filles qui prenaient soin de nos uniformes et qui polissaient nos décorations et d’autres articles. Elles étaient une vraie bénédiction, parce qu’elles étaient au courant de tout ce qui se passait.

Ma tâche, c’était de prendre note de tout ce qui survenait et d’orienter le pilote dans sa trajectoire et son altitude. Je m’occupais aussi d’informer les autres membres de l’équipage et de les garder de bonne humeur. Il en est arrivé, des péripéties, à bord de quelques-uns de ces vols. Une fois, on volait de la Baltique en direction sud vers notre cible, qui était, si je me souviens bien, Kiel. C’est écrit dans ce livre-ci, en tout cas. Et on a frappé un courant jet. On ne savait rien des courants jets à l’époque, de sorte que notre vitesse a monté jusqu’à 500 nœuds en un rien de temps. Je vous dis qu’on s’est fait brasser pas rien qu’un peu.

Puis, quand les choses se sont calmées – je n’avais pas ma ceinture de sécurité, parce qu’il fallait que je m’occupe de deux radars en même temps, et je glissais d’un bord, puis de l’autre –, à un moment donné, j’ai été projeté contre le plafond de l’avion, et l’arrière de mon harnais est resté accroché sur un rivet. Et puis je suis resté là, suspendu dans les airs. Heureusement, mon masque à oxygène était assez long pour que je puisse respirer, mais j’ai perdu mon interphone, de sorte que, lorsque le commandant nous a appelés à tour de rôle, je n’ai pas répondu. Le radiotélégraphiste est venu me voir en me disant qu’il avait mes pieds qui se balançaient dans sa figure, alors il m’a décroché de là. Je pense que j’ai dû lâcher quelques petits jurons à ce moment-là. (rires)

Je crois que la fois la plus poignante de toutes, ça a été celle de Dresden. On était rendus très loin et les Russes avaient demandé à Churchill d’arrêter d’envoyer ses troupes vers l’est, contre eux autres. L’usine qu’on bombardait, c’était l’usine IG Farben qui fabriquait du caoutchouc artificiel – chose qu’ils n’avaient pas à l’époque –, de l’essence artificielle et une autre substance qu’on appelait du xénon deux, que les exterminateurs utilisaient avant la guerre pour se débarrasser de la vermine dans les maisons, mettre une tente sur eux. Et c’est ce produit chimique-là qu’ils utilisaient dans les camps de concentration pour tuer les Juifs. La même chose.

On savait ça, nous autres, et quand on s’est dirigés vers la cible, notre escadron appuyait les éclaireurs. C’est ces gars-là qui lâchaient les fusées éclairantes pour commencer. On volait habituellement en trois vagues. Les équipes qui avaient le plus d’expérience ouvraient la voie, et puis celles qui en avaient le moins venaient en dernier. Elles étaient à environ six minutes de vol derrière nous.

Puis, on nous avait dit qu’il y avait un train de la Croix-Rouge sur la rive ouest du fleuve Elbe et de ne pas le bombarder. Au moment où on a commencé à s’éloigner de notre cible, le maître bombardier a annoncé au reste de l’équipage que les nazis avaient allumé des fusées éclairantes dans un champ, du côté est de l’Elbe, et ce qui est arrivé, c’est que les équipes moins expérimentées pouvaient voir ces fusées cibles. Alors, elles sont allées bombarder le centre de la ville. Et c’est ce qui a causé la conflagration. Alors, en réalité, on peut dire que, cette fois-là, les Allemands étaient partiellement responsables de leurs propres pertes.

Mais le problème, c’est qu’en plus de s’occuper du ravitaillement et du transport des troupes allemandes vers le front est, les stagiaires ramenaient beaucoup de réfugiés. Et tout le monde ignorait combien de personnes se trouvaient à Dresden ce soir-là. On nous a dit qu’il pouvait y avoir jusqu’à 70 000 personnes. Il y en a qui se sont noyées dans des réservoirs d’eau ou dans le fleuve, parce qu’elles essayaient d’échapper à l’incendie. Après la guerre, j’ai entendu dire que, tout ce qu’on a pu faire pour identifier les victimes, [du moins] celles qui avaient été mariées, c’est que, comme elles portaient toutes un jonc avec leur nom de gravé dessus, on les leur a enlevés et on a rempli des chaudières pleines de ces bagues en or pour enregistrer les noms.

Au moment où on s’éloignait de notre cible, on était à une trentaine de minutes de là, notre tireur arrière a attiré notre attention et nous a dit : « Hé, les gars, vous devriez jeter un coup d’œil en arrière de vous autres. » Je me suis vite mis la tête dans l’astrodôme et j’ai regardé : il y avait un nuage d’environ 18 000 pieds de haut et des langues de feu roses qui traversaient le nuage jusqu’à environ 21 000 ou 22 000 pieds de hauteur. C’était un vrai feu de l’enfer.

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