Témoignages d'anciens combattants:
Harry Fogel

Armée

  • Harry Fogel à Côte-St-Luc, Québec, le 28 janvier 2010.

    Historica Canada
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"Dans la famille de mon père, 28 personnes ont péri dans l’Holocauste. Et du côté de ma mère, personne n’a survécu. Absolument personne."

Transcription

Je suis né en Pologne, à un endroit qui s’appelle Krasnik, je n’en ai aucun souvenir. Je suis arrivé dans ce pays à l’âge de huit ans. Au début de la guerre, quand la guerre se faisait sentir, le Canada devenait prospère. Je me suis enrôlé dans l’armée en 1941. On est allé outre-mer vers la fin de 1941, peut-être au début de 1942. On a débarqué à Gourock en Écosse. Ensuite, on est descendu vers le sud et on a traversé la Manche. On a pris un cours sur les radars en France parce qu’il n’y avait pas d’Allemands en France à ce moment-là. Et ils avaient besoin de radars parce que les Allemands avaient des mortiers de 90 millimètres qui faisaient des dégâts dans notre infanterie. Ils ont eu l’idée, et ça a marché, que les radars pouvaient détecter les obus de mortier. Ils les détectaient effectivement. Ça a bien aidé l’infanterie. En dehors des quatre panneaux de notre bloc de radar, on a rien vu de la guerre. On était en Allemagne à Oldenburg et quand la guerre a pris fin, je ne sais pas combien de Canadiens savent ça, ce sont les Canadiens qui ont accepté la capitulation des Allemands sur leur front, avant les Britanniques et les Américains, deux jours avant. On a tiré au sort et j’ai été le premier de mon unité à avoir une permission. Je suis retourné en Angleterre et j’y étais le jour V [Jour de la Victoire en Europe, le 8 mai 1945]. C’est une chose rare dans une vie, de voir la libération de Londres. En fait, à partir de 9 h c’était fini pour moi. Parce qu’à mon retour [vers l’Angleterre], je m’étais arrêté dans une ville belge du nom de Turnhout où j’avais fait des provisions d’alcool dans mon petit sac à dos. Je me suis fait vite beaucoup d’amis en Angleterre avec ce que j’avais dans mon sac. Non, mais j’avais mis ça de côté. De toute façon, c’était quelque chose qui valait la peine d’être vécu. Comme je le disais, quand j’ai quitté la Pologne, j’étais un enfant. Et je n’étais pas bien au courant, on vivait à la campagne, mais mon père et presque tous les juifs, enfants ou adultes, étaient au courant des pogroms, de la persécution ou juste vous savez, jouaient [sic]. Bon, il faut le dire, il y a eu de l’anti-sémitisme ici au Canada. Un de nos gars en fait m’a dit de retourner en Palestine, vous savez, quand je suis revenu. Un de mes oncles qu’on a ramené ici aussi. Dans la famille de mon père, on a perdu 28 personnes dans l’Holocauste. Du côté de ma mère, personne n’a survécu. Personne n’a survécu. Je sais qu’elle avait deux frères et elle avait sa mère, qui était encore en vie. Il n’y avait plus d’enfants. Ma mère était au Canada et ses deux frères n’étaient pas avec leur mère. Et les deux frères avaient leur propre famille. Il ne restait plus personne, personne, personne. Alors, qu’est-ce que l’histoire nous a appris? Qu’est-ce qu’on a appris? On a avancé d’un pouce et on a reculé d’un mètre. Vous penseriez qu’on a appris quelque chose. On a fait des guerres, combien de guerres est-ce qu’on a fait? pourquoi? pour mettre un empereur en place ou notre roi ou un pouvoir quelconque?
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