Témoignages d'anciens combattants:
Harold John Hague

Marine

  • Harold Hague sur le HMCS Cowichan, St John, Terre-Neuve, 1943.

    Harold Hague
  • Certificat de la médaille du Jubilée d'or de la reine 1952-2002.

    Harold Hague
  • Harold Hague et la ministre des Anciens Combattants, juillet 2009.

    Harold Hague
  • HMCS Cowichan, port d'Halifax, Nouvelle Écosse, 1942. Harold Hague est le 3ème à droite dans le rang du haut.

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"Nous étions derrière, à environ un quart de pâté de maisons, et je leur signalais notre présence quand ils ont soudain disparu de ma vue sous l’effet de l’explosion."

Transcription

Le dragage des mines est un travail très dangereux. Ils avaient quatre ou cinq sortes de mines différentes. Notre dragueur de mines était [phrase incomplète] on y est allé parce qu’ils avaient ce qu’on appelait des mines contact. Ils avaient des mines sous l’eau, on ne les voyait pas. Elles étaient ancrées par une chaîne, une chaîne en acier dont le poids maintenait les mines sous l’eau. On avait ce qu’on appelle un paravane, avec deux machins en acier, grands et lourds, qui avaient l’air, qui fonctionnaient comme un couteau, quelque chose d’énorme. C’est ce qu’on mettait à l’eau quand on pensait qu’il y avait des mines, on les mettait à l’eau, on avait un flotteur, on les laissait descendre jusqu’à une certaine distance puis on commençait à avancer. [la drague*] fonctionnait comme une paire de ciseaux. Elle touchait le câble en acier qui retenait la mine et coupait le câble. La mine remontait à la surface. Ensuite, bien sûr, la mine flottait à la surface et bien sûr c’était notre travail de la faire exploser aussi vite que possible. Mais ce qui est dangereux, c’est que vous avez sept navires, tous décalés, ils ne sont pas alignés à l’avant, ils sont décalés. Pour faire une drague efficace, vous devez avoir des bateaux à différents angles. Donc, c’est très difficile [de manier] une mine. Vous devez être alerte parce que ces mines flottent tout autour de vous. Bon, là il s’agit d’une mine, d’une catégorie de mine. Il y a aussi les mines magnétiques. Ces mines sont tout au fond mais elles sont réglées par une minuterie et elles peuvent être réglées sur huit ou sept ce qui veut dire que sept navires peuvent passer sur la mine mais si elle est réglée à huit, le huitième navire qui passe explosera. Ça c’était les mines magnétiques et elles étaient très difficiles à manier. On était une flottille canadienne. Toute notre flottille était rattachée à l’époque à la 7e Flotte maritime. Et bien sûr, ils avaient des cuirassés, des destroyers et des porte-avions et ainsi de suite. C’était une grande flotte. On sortait [dans?] un dragueur de mines. Notre travail consistait à devancer tout le monde et à débarrasser le passage des mines autant que possible pour qu’ils puissent débarquer. On est allé en premier à Omaha Beach. C’était une plage terrible pour ce qui est de la perte en vies humaines. Quand on y est allé, on a passé par des centaines de morts, des Américains échoués et morts, tués par le feu ennemi ou parce qu’ils s’étaient noyés car la mer était agitée, très agitée, beaucoup d’entre eux se sont noyés. Imaginez-vous un soldat qui descend d’un gros navire pour aller dans un plus petit bateau et ensuite les vagues qui le ballottent. Et ils devaient aller à certains endroits. Et n’oubliez pas qu’ils avaient tous ces sacs sur leurs dos et des armes et des munitions. Tout ça pesait presque le double du poids de la personne. Je pense que ça devait peser 50, 60 ou 80 livres. S’ils étaient largués trop tôt, ils se retrouvaient dans l’eau, ils ne savaient pas nager. Ce que je veux dire, c’est qu’ils coulaient à pic. C’était terrible de voir ça. On a essayé d’en repêcher certains, on avait de longues perches de bateau, la seconde fois, on y est allé pour essayer d’en repêcher certains quand on pensait qu’ils étaient vivants. Mais on ne pouvait pas arrêter le bateau parce que c’était dangereux pour nous de nous arrêter. Ce qui est sûr c’est que de se faire tirer dessus l’était aussi, encore que les Allemands ne s’intéressaient pas aux dragueurs de mine en soi, un navire dragueur de mines ne représentait pas grand-chose pour eux, ils étaient après les gros navires derrière nous, les gros navires comme les transports de troupes, les destroyers, les cuirassés et ainsi de suite. Donc on était pris sous la pluie de balles qui s’échangeait au-dessus de nous. On a eu beaucoup de chance de ne pas être complètement anéanti. On a perdu deux de nos bateaux. Et ça c’était quelque chose de vraiment terrifiant. J’étais en train de transmettre par signaux un message que le navire de l’officier supérieur m’avait envoyé, avait envoyé à mon navire, le NCSM Cowichan (J146) et je devais transmettre ce message au navire derrière moi. Ils étaient derrière nous à une distance disons de 100 mètres peut-être, même pas. Environ 50 m derrière nous et je leur envoyais des signaux et tout à coup, j’ai vu une explosion et ils ont disparu. Ils ont été soufflés. Vraiment ça vous secoue quand vous essayez d’envoyer des signaux et que vous connaissez les gars sur ce bateau parce que vous fraternisez avec eux depuis trois ou quatre mois. Et vous savez, ce bateau a sombré en deux minutes.
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