Témoignages d'anciens combattants:
Elizabeth “Betty” Dimock (née Grimmer)

Armée

  • Betty Dimock à Dalhousie, gare de train NB, le 28 avril 1942, en route pour l'Afrique du sud.

    Betty Dimock
  • A gauche, en service à Sussex, Hôpital militaire NB; à droite, en uniforme de soeur infirmière.

    Betty Dimock
  • Betty Dimock (à droite) et de sa soeur, Martha Jean grimmer (Sergent, CWAC Legal Branch) en permission à Paris, en 1945.

    Betty Dimock
  • Médailles de Betty Dimock (L-R): Médaille de la Défense, Médaille de Service des Volontaires Canadiens, Médaille de guerre (1939-45); Étoile d'Afrique (Africa Star).

    Betty Dimock
  • Lettre affectant Betty Dimock en tant qu'infirmière au Service Militaire Infirmier Sud Africain. Datée du 18 décembre 1941.

    Betty Dimock
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"Ça a été très difficile de quitter ces jeunes garçons, parce qu’ils étaient vraiment merveilleux et ils avaient accepté les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient avec tant de sagesse."

Transcription

Eh bien! Voici mon histoire : je suis née à Saint John, au Nouveau-Brunswick, en 1916. Bien entendu, c’était durant la Première Guerre mondiale. Alors, ma mère et moi, ma mère… J’ai une jumelle identique, donc ma mère, ma sœur et moi-même habitions avec nos grands-parents, c’est-à-dire avec les parents de ma mère, pendant la guerre, parce que mon père était outre-mer. Il m’avait vue quand j’avais à peine deux semaines et ensuite il m’a revue seulement quand j’avais quatre ans.

Ma grande ambition, c’était d’être une infirmière pendant la prochaine guerre. On parlait beaucoup de guerre à l’époque, alors c’était ça, mon ambition. J’ai fini mon cours à l’âge de 17 ans à peine et il fallait que je sois âgée de 19 ans pour suivre une formation. Alors, je suis allée à New York et j’ai étudié les beaux-arts pendant deux ans. Je suis revenue au Canada et j’ai reçu ma formation à St. Stephen, au Nouveau-Brunswick, au Chipman Memorial Hospital.

Pour mon premier service, j’étais inscrite dans l’armée sud-africaine. J’étais détachée auprès du service de soins médicaux sud-africain. Il avait été entendu que nous étions détachées de l’armée canadienne en Afrique du Sud, et que nous devions accepter la solde et la discipline sud-africaines. Notre solde était très maigre, environ un tiers de la solde canadienne, et cette entente avait été conclue pour un séjour d’un an.

Les patients venaient de la campagne menée en Afrique du Nord. Voyez-vous, Rommel, le général allemand, traversait rapidement l’Afrique du Nord, de telle sorte qu’il était impossible d’installer des hôpitaux à cet endroit. C’est pour cela qu’il y avait un besoin énorme d’hôpitaux en Afrique du Sud, parce que c’était le premier pays du Commonwealth ou plutôt le pays du Commonwealth le plus près de la bataille en Afrique. Rommel était un homme très correct. Il veillait à ce que les soldats aient accès à des soins, et c’était le cas habituellement. Mais s’ils avaient perdu un membre ou s’ils étaient gravement blessés, on leur mettait un plâtre tout simplement et on nous les envoyait. Alors, ils étaient en très mauvais état lorsqu’ils nous arrivaient à l’hôpital.

Bien entendu, certains d’entre eux ne survivaient pas au voyage. On n’avait pas d’antibiotiques à l’époque. C’était avant les antibiotiques. On utilisait des asticots à la place. Et on avait très peu de pansements. Il fallait laver les vieux pansements sales et infectés, puis les étendre dehors au soleil pour pouvoir les réutiliser le soir même. Des garçons autochtones chassaient les mouches des plaies avec un éventail dans le jour, pour éviter l’invasion des asticots. Et on devait utiliser bien entendu des médicaments et des traitements qu’on connaissait mal. C’était toute une nouvelle expérience pour nous.

Je me souviens d’un cas inoubliable. C’était un jeune homme anglais de la campagne nord-africaine avec de nombreuses blessures, en corset de plâtre; des asticots sortaient du plâtre de part et d’autre. L’enlèvement du corset a fait apparaître de graves blessures à l’épaule auxquelles on ne s’attendait pas! La zone était remplie d’une substance purulente nauséabonde, avec plein d’asticots. Apparemment, ce jeune homme n’avait pas reçu de soins depuis son départ d’Égypte, et il avait été traité et plâtré trois semaines avant d’arriver chez nous.

Ce patient m’a suppliée de demander à quelqu’un d’autre de le soigner. Simplement parce qu’il savait ce que je découvrirais et parce qu’il savait que je ne m’y attendais pas. Et jamais je n’ai pu me rappeler avoir vu quelque chose d’aussi épouvantable. Il a fallu que je me serve d’une louche pour enlever le pus et les asticots..., avant de me décharger de plusieurs repas! J’ai eu… C’était affreux, c’était… pour une jeune infirmière comme moi, c’était un peu trop difficile à supporter.

Je voulais faire partie de l’armée canadienne, alors je n’ai pas signé le contrat, le deuxième contrat que nous devions signer. Le Canada me semblait bien loin à cette époque et je voulais me joindre à l’armée canadienne, alors me je suis dit, c’est le bon moment de rentrer au pays. Ça a été très difficile de quitter ces jeunes garçons, parce qu’ils étaient vraiment merveilleux et ils avaient accepté les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient avec tant de sagesse.

Je suis donc rentrée au Canada. Je pense que c’était en août 1943. Et je suis tout de suite entrée dans l’armée canadienne. Puis, je suis allée en Angleterre au début du printemps de 1944. Je ne suis pas restée au Canada très longtemps. Je suis allée en Angleterre et on m’a affectée à une unité hospitalière, la n° 23. J’y suis restée jusqu’à mon départ pour la Hollande, juste avant le jour de la Victoire en Europe, pour aller prêter main-forte à l’hôpital général canadien n° 1, situé à Nijmegen.

C’est quand on est allées en Angleterre pour la première fois qu’on a su ce que c’était, des antibiotiques, qui consistaient en de la pénicilline à l’époque. Il fallait en administrer au moins toutes les quatre heures, parfois même plus souvent. Et en grande quantité. Elle était mal purifiée et, bien entendu, il fallait préparer les aiguilles, les garder pointues, etc. Il fallait faire tout ça. Il y avait des aiguilles qui n’étaient plus très pointues et quand il fallait qu’on pique les gars, ils hurlaient. C’était terrible. On n’aimait pas faire ça, mais il fallait le faire malgré tout. Et ils se cachaient de nous. C’était un traitement très difficile pour eux, ces injections de pénicilline. Et c’était difficile pour nous, parce que c’était notre première expérience avec des antibiotiques et qu’on ne savait pas à quoi s’attendre.

Quand je suis rentrée au pays, je pense que c’était encore l’époque des rations, plus ou moins, et la vie était différente. Tout le monde avait changé, tant les civils que les militaires. Parce que, voyez-vous, c’était une guerre qui avait forcé les femmes à travailler à l’extérieur du foyer. Avant cela, une femme mariée ne pouvait pas se trouver d’emploi. Or, pendant la guerre, bien entendu, les femmes devaient occuper les postes que les hommes avaient quittés pour partir à la guerre. Alors à cause de cela, la vie familiale n’était plus du tout la même. Les mères de famille n’étaient plus à la maison lorsque leurs enfants arrivaient de l’école, parce qu’elles travaillaient à l’extérieur. Et ça a changé bien des choses. Ce que je veux dire, c’est que j’ai grandi dans une famille où ma mère était toujours à la maison. Quand on arrivait à la maison, la première chose qu’on disait, c’était « Maman, où es-tu? » Et elle nous répondait toujours. Eh bien, les enfants d’aujourd’hui ne connaissent pas ça et, bien entendu, c’est une conséquence de la guerre et du fait que les femmes ont dû aller travailler.

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