Témoignages d'anciens combattants:
Valerie Joan Iris Simmons (née Langner)

Forces aériennes

  • Poème, "Défilé de la RAF à l'église, dans le désert d'Égypte - 1944, une réminiscence personnelle", écrite par Valérie SImmons.

    Valerie Simmons
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"« Et quand j’ai pu retirer ma robe, qui étaient un peu déchirée, elle se tenait toute seule tellement elle était imbibée de sang. Elle se tenait vraiment debout toute seule. »"

Transcription

Et bien, j’ai commencé la guerre en Angleterre. Je suis anglaise. J’ai été naturalisée canadienne. J’ai la citoyenneté canadienne depuis bien des années maintenant. J’étais à Londres quand la guerre a commencé. Je me suis engagée dans la Croix Rouge. On s’attendait à se retrouver sous le Blitz, et bien-sûr, c’est finalement arrivé. Et j’ai servi avec la Croix Rouge de 1939 à 1941 ; et puis, après le Blitz, les choses se sont vraiment calmées, alors je me suis engagée dans la WAAF, les auxiliaires féminins de l’armée de l’air. Bon, au début de la guerre, on était encore en formation et c’était la Drôle de guerre. C’est le moment où j’ai reçu ces médailles de la Croix Rouge parce j’ai passé neuf examens pour les avoir. Et je dépendais d’un poste de premiers secours. Il ne s’est rien passé pendant des lustres, et ensuite le Blitz a commencé et on a été très occupés avec les blessés. Et ensuite quand le Blitz a cessé, c’est là que je me suis engagée dans la WAAF. J’ai été moi-même bombardée. J’ai me suis retrouvée dans un incident très connu en fait. C’était mon cadeau d’anniversaire en mars 1941. Le café de Paris, un club anglais très connu, a été bombardé et j’étais à l’intérieur et j’ai été une des personnes qui ont eu de la chance. J’avais une grosse coupure à la tête et mon partenaire a eu un morceau du nez arraché. Il a dû recourir à la chirurgie plastique après la guerre. Mais on s’en est sortis tous les deux et on a vraiment eu beaucoup de chance c’est évident, particulièrement du fait qu’on était sur la piste de danse et que la bombe est tombée au milieu des danseurs. Alors il n’y a pas grand-chose à dire là-dessus. On est allés à l’hôpital à pied après l’incident, quand on nous a sorti de là-dessous, on a attendu pour être recousus pendant qu’ils s’occupaient des blessés graves, les brancardiers. Et je me souviens des avions nazis qui continuaient à voler dans le ciel et le rayon de lumière des projecteurs qui essayaient de les repérer. C’était assez excitant en un sens, mais on était tellement euphorique du fait d’être encore en vie qu’on avait plus peur de rien. Je me souviens être rentrée à la maison après avoir été bombardée et je ne réalisais même pas à quel point ça avait saigné. Et au moment où j’ai voulu enlever la robe que je portais, qui était un petit peu déchirée, elle tenait debout toute seule. Elle était tellement raide à cause du sang, elle tenait debout en fait. Vous n’auriez pas pu la plier. Vous connaissez la manière dont ça saigne les blessures à la tête. J’avais dû saigner comme un bœuf et je ne m’en étais même pas rendue compte. Je n’aimais pas l’uniforme prétentieux porté par les ATS [auxiliaires féminins de l’armée de terre], la réserve de l’armée de terre et je ne voulais pas être une WRN [service féminin de la marine royale]. J’ai servi pendant quelques temps en Angleterre. J’ai été nommée officier et j’ai été instructeur pendant un bon moment parce que j’aime bien parler en public et je trouve ça très facile d’enseigner. Alors je suis allée à l’école des sous-officier pendant deux ans. Et puis ils ont fait appel à des volontaires pour partir au Moyen-Orient, des femmes volontaires. El-Alamein c’était terminé et alors je crois qu’ils pensaient qu’il n’y avait pas de danger à nous envoyer là-bas. Et je me suis portée volontaire et j’ai eu la chance d’être choisie. Ils m’ont demandé, parmi d’autres choses je me rappelle, la raison pour laquelle je tenais tellement à partir au Moyen-Orient. Et j’ai répondu, parce que j’étais juive et que le Moyen-Orient faisait parti du passé de mes ancêtres et parce que je m’intéressais beaucoup à l’histoire, et particulièrement l’antiquité. Et de manière plus générale le Moyen-Orient était un endroit qui me fascinait et que je voulais visiter. Oh, j’ai eu tellement de chance. Je suis partie sur un bateau de troupes. C’était le Mauritania, un navire de luxe transformé en bateau pour les troupes. Et on dormait dans une cabine prévue pour deux personnes, huit femmes officiers. Les couchettes étaient des couchettes doubles, alors elle étaient placées tout autour le long des murs et on ne pouvait pas rester debout ou s’habiller ou se déshabiller toutes les huit en même temps. Il n’y avait pas la place. On devait avoir un tableau. Un jour , les quatre couchettes du haut s’habillaient en premier ; le deuxième jour, les couchettes du bas s’habillaient en premier et alors c’était, c’est comme ça qu’on s’y est pris. On devait portait nos gilets de sauvetage en permanence. On n’était pas dans un convoi parce que le Mauritania était un bateau rapide et ils disaient qu’il pouvait échapper à n’importe quel sous-marin. En fait, on n’en a jamais rencontré aucun. On n’a eu absolument aucun problème d’aucune sorte. C’était un voyage tout ce qu’il y a de plus tranquille. J’ai été officier d’administration de la WAAF, qui s’occupait des femmes de l’armée de l’air, en d’autres mots, de leur bien-être ; de leur bonheur, de leur santé. Une des choses dont je me souviens le mieux et que je détestais faire c’était les inspections. Vous savez, l’inspection pour s’assurer que les lits étaient bien faits, inspection des kits, s’assurer que leurs vêtements allaient, les exercices, bien-sûr, écouter les problèmes qu’elles avaient qu’elles nous confiaient. Et elles en avaient quelques uns bien-sûr. Et généralement, essayer d’être un parent pour des gens qui étaient souvent plus âgés que moi en fait. C’était amusant. J’ai aimé ça. Ca ne semble pas être tellement ; j’étais occupée tout le temps. J’ai eu une affectation pour raisons personnelles de retour en Angleterre parce que mon frère était mort suite à la guerre. Et mes parents avaient besoin de moi, bien-sûr. J’ai donc été démobilisée à la fin de la guerre en Angleterre et je suis retournée à la vie civile. Je crois qu’en ayant eu la possibilité de servir mon pays, en ayant eu de la chance d’en sortir plus ou moins indemne à l’exception de la blessure à la tête, et parce que je voulais faire quelque chose comme tout les autres.
Follow us