Témoignages d'anciens combattants:
Roderick Arthur “Rod” White

Forces aériennes

  • Roderick White photographié à gauche, portant un casque de la Wehrmacht à Eckerforde, Allemagne, 1945.

    Roderick White
  • Roderick White, photographié à droite, à Eckernforde, Allemagne, 1945.

    Roderick White
  • Roderick White photographié à droite, à Eckernforde, Allemagne, 1945.

    Roderick White
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"Quand je suis entré, il y avait des éclats de bois et ce terrible écrasement, des étincelles jaillissaient partout, et Willy et Red ont disparu avec la table."

Transcription

J’ai été envoyé en Angleterre en 1944. Mon frère a fait une demande pour que je sois avec lui et j’avais une petite carte bleue qu’on m’avait donnée qui me donnait l’autorisation de vivre à l’extérieur parce que les bombes V1 étaient très nombreuses à ce moment-là, ça avait commencé avec elles en mai juin 1944. La carte me permettait d’habiter à l’extérieur et m’apportait aussi quelques ennuis. Londres était interdite à cause du nombre de gens qui se faisaient tuer en permission et qui disparaissaient. Et j’ai séjourné entre sept et dix jours, mon frère a fait la demande pour voir si je voulais changer pour l’administration. Et j’ai dit non, je vais continuer comme mécanicien et j’ai été transféré à la base RAF de Broadwell.

Là-bas on avait le Dakota C47 et un planeur Horsa. Et ce n’était pas un spectacle agréable quand l’avion rentrait avec des blessés à bord. Et j’étais là-bas pendant l’opération Arnhem et les choses ont empiré. Bon, l’avion apportait du ravitaillement, mais à l’origine dans l’opération Arnhem, ils remorquaient le planeur Horsa qui est presque aussi grand que le dakota lui-même. Et quand ils lâchaient les planeurs, ceux qui n’étaient pas en trop mauvais état allaient à, je crois, Bruxelles et récupéraient les blessés et les ramenaient à la base de Broadwell. Ils avaient un hôpital de campagne. Si vous étiez du côté des logements ou du mess qui avait été construit, Broadwell ressemblait à la roue d’un chariot avec une bande sur le côté et des emplacements avec des préfabriqués remplis de perce-oreilles, je devrais ajouter. Selon l’endroit où vous vous trouviez sur la base, il allait, si vous étiez sur l’axe de passage, il allait à l’avion et faisait emportait ces brancards de l’avion jusqu’à l’ambulance. Si vous vous trouviez près de l’hôpital de campagne c’était plutôt dans l’hôpital principal, vous étiez emmené de l’ambulance à l’hôpital de campagne et les blessés étaient triés à partir de là. Ca pouvait arriver aux premières heures du matin, tard le soir, tout dépendait des opérations en cours.

Et je ne fumais pas et ne buvais pas non plus, mais d’une manière ou d’une autre, j’ai appris à fumer à Broadwell à cause de ce à quoi vous étiez exposé, quand vous vous teniez à la porte de cargo du Dakota, c’est assez haut et on vous passait les brancards et des liquides, sang, urines, selles, tout ça se déversait en même temps. Et si vous étiez suffisamment malchanceux, vous en receviez une partie sur vous. Mais c’était la vue de certains blessés qui n’avaient même pas pu être bandés correctement ou qui avaient enlevés leurs bandages. Et je crois que c’est pourquoi j’ai appris à fumer et suis devenu un grand fumeur à Broadwell.

De là, j’ai été transféré à la base RAF de Manston. C’était une grande base en temps de paix. Mais je crois que le seul bâtiment restant du temps de paix c’était une partie du garage qui avait été transformé en quartier général. Notre hangar d’entretien était complètement rempli de trous parce que les boches pouvaient traverser d’un bond la Manche depuis la France, faire un carton sur Manston et être de retour de l’autre côté de la Manche avant qu’ils aient eu le temps de réagir.

A Manston, est-ce que j’ai dit que la piste faisait huit kilomètres de long ? La partie du milieu était pavée et après ils appelaient ça la boucle, c’était des étendues d’herbe qui se prolongeaient sur trois kilomètres environ à chaque bout, et des bombardiers arrivaient en permanence, très mal en point et ils leurs demandaient, atterrissez sur la chaussée mais allez vous ranger sur la zone herbeuse. Et ils avaient une équipe ARP là-bas, équipe de dépose. On aidait là aussi, si on était à proximité d’une épave. On faisait particulièrement attention aux bombardiers qui arrivaient, c’était l’un des terrains les plus proches à atteindre pour eux quand ils étaient dans un sale état ou s’ils avaient des blessés à bord. Pour un raid avec des bombes de 450kg, ils décollaient dans la soirée, volaient jusqu’en Allemagne et au retour, le dispositif Tannoy, qui est un système d’annonce publique (peu importe l’endroit où vous vous trouvez sur la base), commençait à annoncer qu’un avion était sur le retour. Ils ne savaient pas qui était le pilote, si le train d’atterrissage était bousillé, les hydrauliques, les commandes de vol, des blessés à bord, pas la moindre information quelle qu’elle soit.

Et quand ils disaient bombes à bord ou qu’ils ne savaient pas qui pilotait l’avion, on faisait particulièrement attention parce qu’un avion qui est en panne et qui glisse sur l’herbe couvre une sacrée distance et vous auriez préféré que vos bottes soient des chaussures de course parce que vous alliez devoir courir. Le spectacle là-bas était très perturbant et c’est à la base de Manston et je ne me souviens pas de quand j’ai bu mon premier verre mais je l’ai fait.

A la base de Manston, c’était un gars que je connaissais, Billy Wilson, et un rouquin, et on était tous dans la même caserne. Et Billy m’a dit qu’ils allaient prendre le thé, de venir vers dix heures du soir. Et il avait une petite plaque sur laquelle on branchait des fils qu’on enfilait directement dans le mur. Et ils allaient prendre une tasse de thé bien chaud. J’ai ouvert la porte, l’ai fermée, ai ouvert la porte suivante pour le blackout et là se trouvent Billy et le rouquin à table. C’était un petit bâtiment de service, rien d’autre que des planches, pas d’isolation ni rien. Et si vous aviez un élément de l’avion que vous deviez enlever et vous aviez besoin d’un endroit au sec, vous pouviez le laisser dans ce petit bâtiment. Quand je suis entré, il y a eu des éclats de bois et un terrible fracas, des étincelles dans l’air et Willy et Red ont disparu avec la table.

Et ce qui s’était passé, le Lancaster était arrivé complètement hors de contrôle et avait roulé sur ce bâtiment sur trois mètres environ et l’avait emporté avec lui et moi j’étais resté debout là. Après que mes yeux se soient habitués à l’obscurité et que j’aie entendu Willy et Red arriver sur ma droite, en revenant, et Willy qui disait, mais bon sang qu’est-ce qui s’est passé ici ; nous sommes allés dehors et on pouvait encore voir le Lancaster à une centaine de mètres de là. Le bâtiment a été arrangé avec une scie, et le sol a été relevé pour le fermer. Mais malgré les nombreuses fois où je suis passé près de ce bâtiments, je ne suis plus jamais rentré dedans.

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