Témoignages d'anciens combattants:
Charles Lepine

Forces aériennes

  • Tableau représentant un bombardier Wellington que pilotait l'escadron 150, RCAF.

    Charles Lepine
  • Tableau d'un bombardier Lancaster que pilotait l'escadron 617, RAF.

    Charles Lepine
  • Ailes d'opération, la bar dessous témoigne de 2 tours d'opération.

    Charles Lepine
  • M. Lépine à Montréal, Québec, en janvier 2010.

    Historica Canada
Agrandir l’image
Écoutez ce témoignage

"« Et j’ai foncé tout droit sur l’arbre. Il n’y avait qu’un seul arbre au milieu d’un champ immense, et j’ai trouvé le moyen de foncer directement sur lui. »"

Transcription

La nuit où on est revenu [Escadron 617 , les Dambusters] on venait juste de bombarder Munich, qui se trouve assez au fond de l’Allemagne, près de l’Autriche. On avait réussi notre bombardement et marqué, etc. Et sur notre chemin au retour de Munich, après 15 minutes de vol environ, l’aile de l’aéronef a explosée. Elle s’est détachée, donc il fallait s’échapper. La partie avant était bloquée et vous pouviez vous échapper par l’avant ou par l’arrière. Et nous, le viseur de lance-bombes, le navigateur, l’ingénieur et moi-même, on devait sauter à l’avant, à l’arrière ici [sic] pour sortir avec nos parachutes mais ils avaient des problèmes, le parachute du viseur lance-bombes qui essayait d’ouvrir la trappe s’est ouvert un peu à l’intérieur [le parachute s’est ouvert alors qu’il était encore dans l’avion]. Donc ils ont dû le saisir et ensuite quand il a sauté, son parachute, je ne l’ai pas vu mais d’autres, un ou deux autres l’ont vu, il était pris là et il a été entraîné tout en bas vers sa mort, tiré par un parachute qui était pris dans la roulette de queue. La roulette de queue était fixe vous voyez. Mais quand ça s’est bloqué, on a sauté de l’arrière, donc j’ai vérifié, vers le filet, pour voir si les mitrailleurs étaient en sécurité, ils l’étaient, mais ils étaient déjà partis.

Et ensuite, sur le stabilisateur arrière là, sur le dos, on avait des antennes spéciales qu’on utilisait pour, on avait un équipement spécial pour combattre les chasseurs, de l’équipement radar qui nous permettait de savoir quand ils arrivaient, de quel côté et à quelle distance et ainsi de suite. J’ai toujours senti, j’ai dit « mon Dieu », si nous devons sauter de là alors on pourrait sauter dans les antennes qui faisaient face à l’arrière. Mais il n’y a pas eu de problème. Les mitrailleurs étaient partis et ensuite j’ai sauté. Mais en ouvrant le parachute, je me suis heurté la tête à une partie du parachute. Et c’est du sang qui coulait et qui me tenait chaud pendant la descente. Il faisait complètement noir mais au début il y avait des avions qui volaient tout autour de moi. J’espérais qu’ils me verraient dans le noir, pour ne pas être touché.

Quand j’ai touché terre, il faisait complètement noir et je devais encore être à, on a sauté on devait être à 6500 m environ. Ça aurait pu être autour de 3000 m. Je suis tombé directement dans un arbre. Il n’y avait que cet arbre dans un grand champ. Comment cela a-il pu arriver? de tomber directement dans cet arbre et je devais essayer de récupérer le parachute pour m’échapper, pour le cacher. J’ai essayé de dégager le parachute de l’arbre, mais j’ai dû laisser tomber, je n’y arrivais pas. Et la lumière du jour arrivait lentement.

Donc, j’ai commencé à marcher. Vous aviez un blouson et on avait tous un blouson et une chemise parce qu’il faisait bon par moments mais dehors il faisait froid. On gardait ça dans notre poche poitrine ici, ça vous donne une idée à quel point c’était grand. Donc, là-dedans vous aviez des cartes de l’Allemagne et de la France sur un mouchoir, qui était je dirais, en soie. C’était très fin et très bien fait. Et mon idée à ce moment-là, c’était d’essayer de m’échapper en France, parce que arriver au fond de l’Allemagne, descendre, être abattu ou être en France, c’était deux histoires différentes. En France, si on vous avait abattu et que vous étiez encore entier et tout ça, il y avait de bonnes chances que des résidents vous recueillent. Ils vous cachaient et vous pouviez aller en Espagne et ensuite à Gibraltar. Même chose en Hollande ou en Belgique.

Mais dans mon cas particulier, j’avais traversé l’Allemagne à pied, j’avais étudié l’agriculture au Macdonald College [de l’Université McGill],on avait aussi étudié l’agriculture de différents pays : Allemagne, Angleterre, France, etc. . Je savais que dans la région où j’étais, en Bavière, il y aurait des fermes et tout ça. Mais les gens en Allemagne dans cette région, les fermes n’étaient pas comme au Canada où vous avez une ferme et des bâtiments derrière la ferme et une maison, et ensuite à plusieurs kilomètres de là, une autre ferme, etc. Là-bas, tout le monde, tous les fermiers vivaient dans le même village. Et ils avaient, disons, une partie de leur ferme, disons, la partie sud de leur ferme sur la partie est, sud, ouest et nord [sic], vous voyez. Et l’autre personne avait un champ à côté de lui. Donc ils étaient étalés comme ça, donc je savais que je ne trouverai pas une ferme où je pourrais essayer d’aller dans la grange et trouver à manger ou quelque chose comme ça, que je devais rester à l’écart. Et aussi, ils avaient des chiens dans les villages, donc quand vous vous approchiez du village la nuit, il faisait complètement noir. Les chiens se mettaient à aboyer et donc je savais que j’étais dans un village. Et aussi, disons que vers 1 heure, les cloches du village sonnaient un coup, à 2 heures du matin, elles sonnaient deux coups, trois coups. Ça me donnait une indication de l’emplacement du village et j’essayais de me tenir à l’écart. Et ensuite, à 8 km de là environ, il y avait un autre village et c’était la même chose. Mais parfois, je pouvais entendre une cloche de là-bas et celle-ci et j’essayais de me situer, vous savez, entre les deux.

Dans la trousse qu’on avait sur nous, normalement quand on volait au-dessus de l’eau et ainsi de suite, on avait une petite lumière qu’on utilisait avec une pile qu’on gardait ici. Et ça, comme je le disais, une fois que vous alliez dans l’eau, vous pouviez rassembler les gens, vous pouviez les rassembler parce que vous pouviez les voir flotter dans l’eau et vous pouviez essayer de les faire monter dans un canot pneumatique. Je me suis écrasé une fois en mer et ça s’est passé comme ça. Mais heureusement quand on s’est écrasé en mer, on était pas très loin de la terre, donc on a pu nager jusqu’au rivage. Mais si vous vous écrasez en mer en pleine nuit, c’est comme heurter un mur à 100 km/heure. Mais personne n’a été blessé et j’ai été l’un des premiers à sortir de la trappe de l’astrodôme qui était au milieu ici. Et sortir le canot pneumatique qui était derrière un moteur. Mais le canot avait plein de trous, il avait été troué par les balles. Donc il flottait mais il était inutilisable. Donc avec la lumière, j’ai réussi à faire sortir les autres par la trappe et à les rassembler et ensuite on a nagé ensemble jusqu’au rivage et c’était en hiver. Mais la [mer] Méditerranée est bonne en hiver, donc ça a été. Dans la mer du Nord, vous n’auriez pas pu survivre plus de 15 minutes comme ça.

Follow us