Témoignages d'anciens combattants:
Gordon William “Gord” MacKenzie

Armée

  • M. Mackenzie (à droit ) avec M. Ray, un ami des 48ème Higlanders, vers 1990.

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  • Insignes d'épaules régimentaires.

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  • M. Mackenzie en entraînement basic à Québec, 1942.

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  • Photo prise sur l'île du centre, Toronto, Ontario, 1946. En ce temps là, M. Mackenzie avait rejoint de nouveau les forces permanentes.

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  • Carte avec les noms codés pour les unités. Notez les calculs inscrits sur le côté. La point rouge est une tâche de sang provenant d'une blessure d'obus de M. MacKenzie, 1943-45.

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"Si vous étiez blessé sans que ce soit trop grave, par exemple si vous aviez reçu un fragment de bombe à billes, ils extrayaient le fragment et vous renvoyait aussitôt dans votre unité."

Transcription

J’ai été élevé dans une famille monarchiste et pour moi, l’armée c’était important. Je voulais l’infanterie, en fait, j’ai demandé l’infanterie. J’ai rejoint le régiment à Ortona juste au moment où on se battait pour Ortona. Le premier moment dont je me souviens, j’étais dans une tranchée étroite et j’ai entendu quelque chose bouger et j’ai fait feu avec la Bren et j’ai dit : « Oh j’ai entendu quelque chose. » Et ils ont dit : « D’accord. » Et ça a été ma première rencontre avec les garçons.

On avait l’habitude de parler quand on était à l’arrière derrière les lignes, et ils me racontaient leur père qui faisait de la contrebande de Rhum de la Jamaïque aux Maritimes. Et on parlait de choses comme ça. Jamais de la guerre. Personne n’a jamais dit un mot sur la guerre.

On a eu les Vickers après Rome. Et on remontait. Je pourrais vous donner les dates où on a eu les Vickers et puis les lance-flammes, mais ils m’ont mis dans le peloton de porte-mitrailleuse parce que j’étais le seul dans le régiment à être qualifié pour les Vickers. Bon, les Vickers ce sont des mitrailleuses de taille moyenne. On tire 250 coups par minute. Le numéro un, c’est ce que j’étais, transportait le trépied et c’est la partie la plus lourde. Et le numéro deux transportait la mitrailleuse. Et quand vous alliez la servir, le numéro un l’ouvrait avec les trois pieds et avec une chiquenaude il l’envoyait en l’air et il retombait en trois points. C’est une manière amusante de le faire. Et juste, vous retirez les barrettes et le numéro deux place la mitrailleuse à l’endroit des barrettes. Et vous vous asseyez là et vous faites feu. Ca faisait tout drôle.

Dans la vallée de Liri c’était le plus précis parce qu’on était sur un barrage roulant. Et juste devant, les canons de 25 livres explosaient devant nous pendant qu’on avançait. C’est le plus près que vous puissiez être d’un obus qui explose sans qu’il vous touche.

Bon, les canadiens étaient appelés les Red Patch Devils . Ils ont dit, tout le monde leur tirait dessus, et vous voyez un gars surgir et un autre gars surgir ailleurs et un autre gars encore qui surgit parce qu’on ne faisait pas d’attaque massive. On ne pouvait pas faire d’attaque massive parce qu’on avait pas tant d’hommes que ça. N’oubliez pas, le Canada c’était seulement 11 millions de personnes en 1939. Et on a combattu, bon, en Italie, on était tous en sous effectif, tous les régiments étaient en sous effectif. Et vous étiez blessé, si ce n’était pas trop grave, comme disons juste un petit bout d’éclat d’obus, ils vous retiraient ça et vous renvoyaient dans votre unité immédiatement. Ils ne vous évacuaient pas jusqu’à ce que vous soyez guéri ou quoi que ce soit, ils vous mettaient un bandage et ils vous renvoyaient dans votre unité.

Il y a tellement de choses que les canadiens faisaient. Comme à Ortona, ils combattaient les meilleurs de l’armée allemande, les parachutistes allemands, et c’était juste toujours de nouveaux combats. Et chaque fois que la division canadienne, une division contre les allemands, ils envoyaient trois divisions contre nous. Et on arrivait quand-même toujours à prendre nos objectifs. Il y avait quelque chose avec les canadiens, et aujourd’hui encore il y a quelque chose avec les canadiens. Ils vont de l’avant toujours. Je me souviens d’une fois où on était contre les SS et on n’arrivait pas à les obliger à se rendre alors il nous a fallu les enterrer avec un char. On a appelé un char pour les enterrer dans leur tranchée de tir. C’est les choses comme ça dont vous ne pouvez pas parler trop souvent.

Pour en revenir à la Hollande maintenant, quand j’ai été blessé. On était à trente kilomètres derrière les lignes allemandes, à prendre des prisonniers. Ils étaient en train de poser des mines et on a pris les prisonniers et puis on s’est fait mitraillé avec un bazooka. C’est un thunderfist que les allemands ont. Et ils ont tiré avec et ils ont tué mon chauffeur et ils m’ont blessé.

Moi, j’ai une image de l’explosion, mais c’est à peu près tout. Et mon chauffeur qui était avec moi, je me souviens de quand il est tombé, de moi non, et ils m’ont mis dans la chenillette. Je suis tombé dans les pommes et je ne me souviens pas d’être évacué, mais je me suis réveillé sur le chemin de l’hôpital. Et c’est tout ce que j’arrive à me rappeler. Quand je suis rentré chez moi, j’étais le canadien le plus fier de tous les temps. Je suis toujours monarchiste. En fait, dans mon salon, j’ai la photo de la reine et du duc accrochée, c’était à l’ouverture du complexe de Scarborough, le Town Centre qu’elle a inauguré elle-même. Et on m’en a fait cadeau, je ne sais pas pourquoi.

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