Témoignages d'anciens combattants:
John W. “Jack” Jeffrey

Armée

  • Le Major-Général C.B. parlant au Caporal T.J. Brennan pendant un défilé du Régiment Royal de Montréal, Seaford, Angleterre, le 16 mars 1944.
    Credit: Lieut. W.J. Hynes / Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada / PA-177306.

    Lieut. W.J. Hynes / Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada / PA-177306
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"C’était un énorme soulagement parce qu’on en voyait la fin, on voyait très bien comment on allait pouvoir gagner parce que les États Unis, même à cette époque, avaient cette capacité de production fantastique et on savait qu’on pourrait obtenir l’équipement dont on avait besoin."

Transcription

Comme la nourriture en Italie était si affreusement immangeable, et comme les rations de l’Armée britannique étaient terriblement mauvaises, nous allions en chercher chez les Américains assez fréquemment. Et puis, tout ce qui était un légume était déshydraté, ce qui était nouveau à l’époque. Nous n’étions pas censés faire des marchés avec les civils, mais Collins a fait en sorte que je puisse sortir à de nombreuses occasions pour aller échanger nos rations d’armée, ceux dont nous étions à court, même les poireaux déshydratés. Ils étaient contents d’en retirer du corned-beef et ce genre de choses. Et du sel, dont nous manquions désespérément, et des choses comme ça. Nous avons peut-être passé une journée ou deux dans les petites fermes à troquer nos choses pour des légumes frais. Il y avait beaucoup de ces petits échanges qui se passaient. J’ai simplement été assez chanceux de pouvoir en profiter de temps en temps.

En 1940, au printemps de 1941, les Britanniques ont soudain réalisé qu’ils avaient cruellement besoin de personnel d’aviation. Pour ceux parmi nous qui avaient été laissés dans ces unités d’entraînement, il était très difficile d’être transférés outre-mer. Un ordre est arrivé que quiconque voulait se faire transférer dans l’armée de l’air ne pouvait pas être refusé. Quatre d’entre nous se sont dit que, bon sang, nous en savons tellement à propos des mitrailleuses, nous ferions d’excellents artilleurs arrière. Nous ne connaissions pas la grandeur d’une tourelle d’artillerie arrière, et deux d’entre nous étaient très grands. Nous y sommes donc allés. Ces deux gars qui étaient grands, ces deux artilleurs arrière, ils étaient morts moins de six mois après.

L’autre grand gars ne pouvait pas retenir assez longtemps sa respiration lors du test médical de l’aviation et a fini comme observateur, ne faisant que deux vols. J’ai été testé avec attention et on m’a dit, eh bien, que je pouvais entrer dans le cockpit d’un avion de chasse, où je n’aurais probablement pas été très efficace. À la dernière minute avant de m’enrôler – j’ai été très chanceux avec mes vieilles choses de l’armée – bien sûr, je me suis enrôlé en septembre, en plein dans la saison de l’ambroisie, et j’avais le rhume des foins. Il m’a dit « Tu as le rhume des foins », et, à cette époque, il n’y avait pas de cabine pressurisée dans les avions. Il a rajouté : « Tu vas devoir t’entraîner ici et tu vas très bientôt être envoyé à plusieurs milliers de pieds dans les airs. Si tes sinus se bloquent, tu vas t’évanouir. » Ça m’a tenu en dehors de l’aviation et ça m’a probablement sauvé la vie encore une fois.

En route vers l’Italie, nous étions probablement le seul convoi canadien, je suppose, à ne jamais avoir été la cible d’une attaque importante. Le seul rapport que j’ai eu d’une attaque était dans l’histoire de l’artillerie, parce que le navire sur lequel se trouvaient les gars de l’artillerie a été coulé. Il y avait eu un bateau coulé et deux autres si gravement endommagés qu’ils ont dû se diriger vers Oran [Algérie], et j’ai entendu que l’un des deux a coulé tout juste hors du port d’Oran. Malgré tout, c’était une expérience assez intéressante. Peu de soldats canadiens ont été bombardés en mer, en réalité.

Nous avons eu des renforts polonais, et j’ai joué une partie d’échecs avec un gars polonais. C’était un assez bon joueur, et mon jeu était passablement étrange. Soudain, l’enfer s’est déchaîné : les fusils tiraient et une bombe est tombée. Je suppose qu’elle a atteint le côté du navire en explosant. Le navire s’appelait le [USAT] John Ericsson, mais avait été construit sous le nom de [MS] Kungholm. Il avait été construit comme un bateau de croisière, et il était plutôt solide, je suppose. De toute manière, tout le bateau est monté comme ça, vous voyez ce que je veux dire ?

Ça a causé toute une commotion, et le Polonais était pas mal secoué, parce qu’il avait été sur un navire qui avait coulé, et il avait passé environ sept jours dans un canot de sauvetage. Une chose qui n’a jamais quitté mon esprit et le grand soulagement que nous avons ressenti le 7 décembre 1941 – je suppose que c’était cette date, peut-être que c’était le 8, je ne suis pas certain. J’étais allé rejoindre le groupe avancé et le reste de l’unité était venu. Nous étions dans ces baraquements à Aldershot [Angleterre] et, pour être tout à fait honnête, même si les Allemands ont fait la terrible erreur de tenter d’envahir la Russie, ça n’allait pas bien du tout pour eux. Nous savions que nous devions revenir sur le continent et, si l’on regarde ça objectivement, l’avenir ne s’annonçait pas brillant pour nous, parce que les Russes, à ce moment, se faisaient botter le derrière par les Allemands.

Nous étions au lit et je suppose qu’il devait être 10h du soir quand les lumières étaient éteintes et l’officier en fonction faisait une ronde pour s’assurer que tout était bien éteint. Il est entré, il a allumé la lumière et il a dit : « Les gars, les Japonais ont bombardé Pearl Harbor. Les Américains entrent maintenant en guerre. » Franchement, c’était un grand soulagement parce que nous pouvions voir la fin, nous pouvions voir la victoire parce que les États-Unis, même à cette époque, avaient une impressionnante capacité de production, et nous savions que nous obtiendrions l’équipement dont nous avions besoin. C’était tout un soulagement.

 

 

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