Témoignages d'anciens combattants:
Joyce Mullen

Forces aériennes

  • Joyce Mullen a rejoint la légion en 1945, et est devenue présidente de la Légion Royale Canadienne, filiale 106 à Didsbury, Alberta. Cette photo de groupe a été prise la jour de son investiture, au milieu des années 1960.

    Joyce Mullen
  • Photo de Joyce Mullen en permission à la maison.

    Joyce Mullen
  • Joyce Mullen (à droite) et une amie à Vancouver, COlombie Britannique, en 1945.

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  • Joyce Mullen (à droite) avec une amie à Vancouver, Colombie Britannique, 1945.

    Joyce Mullen
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"Il s’est tourné vers moi et m’a dit : ‘’Morgan, personne n’osera s’en prendre à vous si vous tirez aussi bien.’’ Disons que je ne lui ai pas avoué que je devais viser une autre cible que celle-là."

Transcription

En janvier 1943, j’avais décidé de quitter mon emploi, qui était avec mon père à la poste à Didsbury où j’avais été depuis l’âge de 15 ans. Et je voulais du changement. Alors j’ai décidé d’aller à l’école de secrétariat à Calgary ; et je suis descendue pour me trouver une pension de famille parce qu’à cette époque, il y avait des pensions de famille, personne n’avait d’appartement à proprement parlé. Et je descendais la 9ème avenue à Calgary et juste à gauche de l’hôtel Pallister, il y avait plein de panneaux publicitaires. Et celui qui m’a attiré l’œil était celui qui disait : « Nous servons pour que les hommes puissent voler : engagez-vous dans la division féminine de l’armée de l’air canadienne. Et j’étais à trois pâtés de maison à peine du bureau de recrutement et j’ai pensé, je vais y aller pour voir ce que c’est. Alors je suis entrée et j’ai dit à la fille à la réception, j’aimerais m’engager. Et elle a dit, je pense que votre poids dépasse notre limite. J’ai demandé, c’est quoi votre poids maximum ? Et elle a répondu, si et ça, et j’ai dit, je pèse plus que ça. Et elle a dit, bon, je suis désolée, elle a dit, alors vous ne pouvez pas vous engager. Et je lui ai dit, écoutez, si je passe la visite médicale et que je suis bonne pour le service, quel droit avez-vous de me dire que je ne peux pas servir mon pays ? Alors j’ai passé la visite médicale, j’ai reçu le grade A1, et en une semaine, j’étais en route pour Rockcliffe à Ottawa, au dépôt des effectifs. Et je suis allée au quartier général des forces communes, le commandement aérien de l’ouest, qui regroupait l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air, avec des galonnés en veux-tu en voilà. Et dans ma section, il y avait un sergent, le responsable, avec un caporal, qui était une femme, qui n’était pas payée, il n’y avait aucune rémunération pour nous à cette époque, mais elle avait le pouvoir, et une autre femme de la force aérienne qui avait été là depuis plus longtemps que moi. Et on s’entendait bien et puis à peu près, je dirais, vers la fin du mois de juin, j’avais passer tous mes tests de qualification, le caporal a été affecté à Sea Island où il y avait un poste rémunéré et deux semaines après qu’elle soit partie, un poste de caporal, rémunéré, est arrivé d’Ottawa. Et j’ai reçu mes galons de caporal. Et les femmes étaient envoyées au dépôt de réparation pour apprendre à démonter un pistolet-mitrailleur Sten et à le remonter et à tirer avec, tir rapide, tir au coup par coup. Bon, ça ressemblait à une collection de pipes parce que c’était quelque chose qui était… il était très fonctionnel et il était assez facile à démonter et à remonter. Mais même moi, qui était grande et qui savait me servir d’un fusil (j’avais l’habitude de la 22 long rifle) je n’avais pas de problème avec le tir au coup par coup sur la cible mais, bigre, bon sang, il n’y avait rien à faire je n’arrivais pas à maintenir cette chose en place. Et le sergent de section qui était responsable de nous a dit, vous savez, ce n’est rien, je vais vous montrer. Et il a tiré sans réfléchir et il a tiré en plein dans le mille. Alors je lui ai dit, Sergent, est-ce que je peux prendre votre cible ? Il a répondu, vous la voulez pour quoi faire ? Et je lui ai dit, bon, je vais retourner au commandement aérien de l’ouest et je vais leur montrer à quoi ressemble une bonne cible et vous savez, leur dire qui a tiré. Et avant qu’on décide de retourner dans nos bureaux, on a pensé qu’on pourrait aller prendre un café à la cantine. Et alors que je passais près d’une table avec que des hommes, l’un d’eux m’a arraché la cible des mains et a dit, ici Morgan, voyons voir ce que vous pourriez faire. Et il l’a levée pour la montrer à tout le monde et il a dit, sacrebleu, regardez-moi ça ! Et il s’est tourné vers moi et il a dit, Morgan, il a dit, personne ne va vous faire des misères si vous savez tirer comme ça. Bon, je ne lui ai jamais dit que ce n’était pas ma cible. Et un poste est arrivé pour moi pour aller à Comox et c’est là-bas que j’ai servi jusqu’à la fin de mon temps. On m’avait envoyée là-bas en tant que sous-officier subalterne pour aider à faire tourner la section financière parce que ça tournait comme un vulgaire bureau de poste en ville. Et j’avais toute cette expérience derrière moi, alors c’est là que j’ai échoué. Et la première chose que j’ai compris là-bas c’est le fait que les hommes n’appréciaient pas qu’il y ait une femme aux commandes, et j’ai eu quelques problèmes avec la montagne de choses que le sergent me donnait à faire parce qu’il ne lui a pas fallu plus de la moitié d’une semaine pour se rendre compte que je pouvais faire mon travail même avec les mains attachées dans le dos. Et j’ai donc fait tout ce dont il ne voulait pas. Il s’est procuré un double de clé. (rires) Je devais ouvrir le matin et préparer le courrier du matin pour qu’il soit prêt à partir dans la matinée et m’assurer que tout le monde avait bien trié tout ce qui était arrivé pendant la nuit. Un des choses amusantes c’était, j’avais les cheveux roux. Pas roux foncé, mais blond vénitien plutôt, mais on disait quand-même roux jusqu’à ce que j’ai le grade de caporal. Et mon premier jour à la section financière, un adjudant de 1ère classe est venu, il m’a regardée et il a dit, bon, Salut Caporal Carotte. Et, oh ! Je détestais ce nom et je ne pouvais rien lui dire parce qu’il était plus gradé que moi et tous les jours, c’est comme ça qu’on m’appelait.
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