Témoignages d'anciens combattants:
Arnold “Sunny” Knox

Forces aériennes

  • L'Honorable Anthony Eden inspectant le régiment Royal Montréal, à Aldershot, Angleterre, le 14 mars 1940. (De gauche à droite au centre): l'Honorable Vincent Massey, amiral Bromley, l'Honorable Anthony Eden, Major-Général A.G.L. McNaughton.Canada. Dépt. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / C-064024

    Canada. Dépt. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / C-064024
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"Ce jour-là, ils ont commencé à les diffuser en anglais normal et j’ai pris le message qui disait que la guerre était finie. Ça faisait du bien d’entendre ça."

Transcription

Je m’appelle Arnold Knox. En tant que civil, j’avais suivi quelques cours pour devenir radiotélégraphiste. Alors, quand j’ai fait ma demande pour entrer dans l’Aviation [Aviation royale du Canada], ils m’ont demandé ce que j’aimerais faire et je leur ai dit : radiotélégraphiste, parce que j’avais déjà commencé une formation dans ce domaine-là. Ils m’ont dit que c’était correct. Alors, je suis allé à Galt, qui est devenue Cambridge [en Ontario] pour recevoir une formation préliminaire. Je suis resté là pendant trois mois. J’étais en pension dans une maison privée, ce qui était bien agréable. De là, on est allés à Hamilton, pour être assermentés et devenir membres de l’Aviation. Puis, on est revenus à Manning Pool, ici à Toronto, ce qui se trouve à être le vieux Horse Palace. On est restés là pendant environ deux semaines, il me semble, pour faire des exercices militaires. Puis, on nous a envoyés à la 1re École de radio-navigants, à Montréal, pour une formation supplémentaire de trois mois. Et j’ai obtenu mon diplôme le 31 janvier 1942. Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’avant la remise des diplômes, on nous a demandé où on voulait être affectés. J’ai répondu : « Outre-mer ou sur la côte ouest. » Devinez où ils m’ont affecté? À Yarmouth, en Nouvelle-Écosse. Mais je ne suis pas resté là bien longtemps. Après, ils m’ont affecté outre-mer. Surtout pendant la nuit, les Allemands venaient lâcher des bombes. Pas trop proche de Headly Court, mais on pouvait quand même entendre les bombardements. Le pire bombardement que j’aie jamais vu, c’est quand on est arrivés en France. Les forces aériennes allemandes venaient nous bombarder même en plein jour. Il fallait qu’on coure se cacher sous un camion ou qu’on se creuse des abris sous terre. On coupait de petits arbres, on se faisait des toits de chaume et on vivait sous terre à cause des raids aériens. On est allés à Headley Court. C’était le quartier général de la Première Armée canadienne. J’ai eu l’honneur de faire la connaissance du général de l’armée canadienne, le Général McNaughton. On prenait des messages par radio à l’époque. On avait reçu un message pour lui. J’ai eu la chance de prendre le message moi-même. Alors, mon sergent m’a dit : « Comme c’est toi qui l’a pris, aussi bien aller le livrer toi-même. » On se trouvait à environ un mille au sud de Headley Court où tous les officiers canadiens étaient et je me trouvais sous les ordres d’un sergent du bureau d’administration. Il m’a présenté à un lieutenant, puis à un capitaine, et ainsi de suite, jusqu’au rang de colonel. Et le colonel m’a présenté au Général McNaughton, un gars très sympathique, qui m’a demandé d’où je venais. Je lui ai dit que je venais de Toronto. Il a lu le message et j’ai attendu, parce que je lui ai dit, comme ça : « Monsieur, voulez-vous répondre au message? » Il a répondu : « Non, ça va. » Alors, je suis parti. Quelques jours plus tard, je me rendais à pied de notre salle des radios à Leatherhead, qui se trouvait à environ trois quarts de mille [1,2 km] de là, quand une voiture s’est approchée et s’est arrêtée à côté de moi. Il y avait une femme dedans. Elle m’a dit : « Allez-vous à Leatherhead? », j’ai répondu que oui. Elle m’a dit : « Montez, alors. » Je suis monté et on s’est mis à bavarder. C’était la femme du Général McNaughton. Mais je ne le savais pas, à ce moment-là. Elle m’a dit : « Avez-vous fait la connaissance du Général McNaughton? » Je lui ai répondu : « Oui, j’ai eu la chance de le rencontrer il y a quelques jours. » Elle m’a demandé : « Comment l’avez-vous trouvé? » Ça, c’était avant que je sache que c’était sa femme. J’ai dit : « Je l’ai trouvé sympathique. » Et c’est à ce moment-là qu’elle s’est présentée. On a traversé la Belgique pour aller à Bruxelles, on est passés par une petite ville, et il y avait ce gars qui m’accompagnait – il fallait qu’on garde l’œil ouvert parce que les Allemands avaient l’habitude de laisser des tireurs d’élite dans les immeubles, voyez-vous, et il fallait rester sur nos gardes –; quand je me suis retourné, tout ce que je pouvais voir, c’était un truc rouge qui lui coulait dans le visage, mais c’était une tomate que quelqu’un lui avait lancée. Il l’avait reçue en plein sur les lèvres. Vous savez, à première vue, on aurait dit qu’il s’était fait tirer dessus. Oh, les gens étaient tellement… Ils lançaient des bouteilles de vin, des fruits et toutes sortes de choses. Les filles grimpaient par-dessus les hayons pour monter dans les véhicules. On n’est pas restés longtemps à Bruxelles. On a continué notre chemin. On envoyait des messages tout le temps et on en recevait sur toutes sortes de sujets. Bien entendu, ils étaient tous codés. Il fallait prendre le message, qui était habituellement en lettres et en chiffres. On avait toujours un agent de déchiffrement qui mettait les messages dans une machine qui les traduisait en anglais, peu importe le type de message. Lorsqu’on prenait les messages, on notait tout : l’heure, la date, l’importance du message. Il y avait des codes pour ça. On les apportait – on était dans des tentes la plupart du temps – à une autre tente où se trouvait l’agent de déchiffrement et il les décodait en anglais. On n’a jamais vu les véritables messages jusqu’au Jour de la Victoire en Europe. Ce jour-là, ils ont commencé à les diffuser en anglais normal et j’ai pris le message qui disait que la guerre était finie. Ça faisait du bien d’entendre ça. Il y a vraiment eu un holocauste. Parce que je l’ai vu de mes yeux, de mes propres yeux.
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