Témoignages d'anciens combattants:
Harry William “Red” Major

Forces aériennes

  • Harry Major, Mitrailleur de bord (tout à gauche de la rangée de devant, comme indiqué) et d'autres membres de l'Escadron (Tiger) 424, Aviation Royale Canadienne, devant une bombe chargée pour la 2.000ème sortie de l'escadron.

    Harry Major
  • Section de transport moteur, no. 6 Dépôt de réparation, Trenton, Ontario, le 22 avril 1942. Harry Major, à l'époque mécanicien / chauffeur dans l'Aviation Royale Canadienne, est le 4ème à droite de la rangée du fond.

    Harry Major
  • Harry Major à Valcartier, Québec en octobre 1941.

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"Et si nous n’avions pas détruit leur puissance industrielle, les alliés auraient perdu la guerre. On ne pouvait pas se le permettre."

Transcription

De décembre 1944 à mai 1945, on a accompli 35 missions. Ça a été une période très éprouvante, croyez-moi. De nombreuses fois, la pire, quand on est rentrés le lendemain matin, notre pilote est venu, c’était un ami à moi, un ami que je connaissais de Trenton en Ontario, et j’étais son témoin quand il s’est marié à Sunderland en Angleterre. Jerry est venu me chercher ; et il a dit, rassemble ton équipage, Harry, je veux vous emmener voir l’appareil avant qu’ils le remorquent. Ils ont remorqué cet avion après qu’on l’ait inspecté et ils avaient trouvé, je crois, 232 ou 235 trous en tout, qui avaient percé la carlingue. Les trous étaient tous des projectiles de 9 mm qui étaient passés à quelques centimètres sous mes pieds. Un obus a emporté la radio sous de notre mécanicien de vol, le mitrailleur opérateur radio, ça a sorti sa radio et elle a fait le voyage de bâbord, en diagonale jusqu’à tribord dans la partie avant du nez, juste sous le nez du viseur de lance-bombes. Ça emporté une partie de la radio, fait un trou dans le fuselage en ressortant. On pouvait sentir le vent froid tout le long en montant dans ma tourelle. J’aurais demandé à y retourner avant qu’ils remorquent cet avion pour l’envoyer à la casse afin d’essayer de récupérer les pièces qu’on pouvait récupérer. Ça a été le pire de nos vols. Pendant les missions de jour, sur le chemin vers la cible, on survolait des villes qui avaient déjà été bombardées, d’assez près, on aurait dit que les villes étaient toujours debout, qu’elles tenaient bon, qu’il n’y avait rien de travers. Mais quand vous étiez juste au dessus, vous pouviez voir que tout ce qui en restait c’était des murs nus encore chancelants, debout sous la brise. L’intérieur des bâtiments était complètement détruit. Vous savez, c’est une chose terrible que de penser aux milliers de gens qui ont été tués à cause d’un fanatique qui voulait contrôler le monde. Mais on ne voulait pas vraiment tuer ces gens, mais il le fallait. Croyez-le ou non, la RAF et la RCAF avaient l’habitude de larguer des prospectus au-dessus du territoire allemand ; pour les prévenir à l’avance que la ville allait être bombardée dans les prochains jours. Prière de faire évacuer tous les gens et les handicapés s’il vous plait parce que la ville va être bombardée. Et Hitler refusait tout simplement de les laisser partir. Il les maintenait là en pensant que ça allait nous forcer à changer nos plans de bombardements. Et si nous n’avions pas détruit leur puissance industrielle, les alliés auraient perdu la guerre. On ne pouvait pas se le permettre. Or je sais maintenant, c’était terrible de voir tous ces bâtiments dévastés par le feu, bâtiments en ruine, et de penser aux millions de gens qui étaient, ou les milliers de gens qui avaient sans doute été tués. Mais la guerre c’est l’enfer. Je ne crois pas que qui que ce soit veuille la guerre. Mais on était là pour protéger la paix, c’est ce qu’on a fait. C’est tout ce que je peux dire. Vous savez quand vous êtes en vol et que ces tirs de DCA fusent tout autour de votre appareil ; et ça arrivait même à déporter votre avion, les explosions venant des canons antiaériens qui vous tirent dessus. Et vous voyez un bombardier tomber à côté du vôtre, juste devant vos yeux, et vous pensez que l’un de vos meilleurs copains est parti à présent, qu’il ne sera pas à l’appel le lendemain, c’était dur, croyez-moi. Si quelqu’un veut nous appeler des meurtriers même si, parce qu’on y est allés pour préserver notre mode de vie, c’est une chose terrible de nous faire ça à nous. C’est la raison pour laquelle j’ai commencé à écrire mon premier livre et j’ai écrit aussi les suivants. Je veux que le monde sache exactement ce qu’on a fait et pourquoi on l’a fait. Et si quelqu’un veut parler de moi comme d’un meurtrier, je pense que c’est terrible. Personne, vraiment personne n’aime partir à la guerre.
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