Témoignages d'anciens combattants:
Peter Van Breevoort

Armée

  • Hollande, Den Dungen 1944.

    Peter Van Bree Voort
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"Je ne l’oublierai jamais. Ma liberté. J’ai vu le ciel encore une fois. La liberté, ça compte beaucoup."

Transcription

Ils ont commencé à rassembler les Juifs à Amsterdam, et les Juifs n’avaient pas le droit d’acheter de légumes dans les magasins ou de faire l’épicerie. Mais mon frère travaillait dans une usine de textiles où on fabriquait du jersey. Vous voyez ce que je veux dire? Il était entouré de Juifs et il connaissait beaucoup de monde. Un jour, mon frère est arrivé à la maison et il a dit : OK, Peter, allez, viens avec moi, on va acheter des légumes, puis on va les apporter aux Juifs. Et c’est en plein ce qu’on a fait. On en a achetés, on les a apportés à un endroit près du stade olympique, à Amsterdam. C’était dans un appartement où il y avait des gens que mon frère connaissait et on leur a apporté les légumes. Mais il y avait un collaborateur nazi dans l’appartement qui collaborait avec la police. Il a vu ce qu’on faisait et il nous a suivis. Puis, il nous a arrêtés dans la rue et il nous a emmenés au poste de police. On nous a arrêtés et on nous a jetés en prison. Mon père travaillait dans un bureau de la Ville d’Amsterdam. La Ville avait des relations avec la police d’Amsterdam. Je dois dire que, même si la police hollandaise ne collaborait pas beaucoup, il y avait quand même beaucoup de policiers qui aimaient les Nazis. Il [Mon père] nous a fait sortir de prison. En août 1944, disons aux alentours du mois d’août, on était dans le village de Vught, et là il y avait un autre camp de concentration, Vught, et on a été envoyés à Hertogenbosch en train. On était assis, puis le SD... on lui a montré nos papiers, il les a regardés et a dit que c’était des faux. On nous a emmenés tout de suite et on nous a jetés en prison. À partir de ce moment-là, ça a été l’enfer. J’étais assis avec je ne sais trop combien d’autres personnes dans une cellule, il n’y avait pas de place pour dormir et ils ont essayé de savoir de qui j’avais réussi à obtenir de faux papiers. J’étais avec mon frère et on leur racontait toujours la même histoire. On n’a pas divulgué quoi que ce soit. Ils ont avisé notre famille qui nous a ensuite envoyé un petit paquet qui contenait des vêtements et qui a su à ce moment-là qu’on allait nous emmener. Ils sont arrivés, ils nous ont fait monter dans un autobus plus tard, mais il y avait seulement 30 places pour 50 personnes, et c’était un ancien modèle d’autobus avec des sorties de secours sur les deux côtés. On était assis à côté de la sortie de secours de gauche. J’étais assis en arrière et mon frère était assis devant moi. Non, je me trompe. C’est mon frère qui était assis en arrière et c’est moi qui étais assis devant lui. Mon frère a découvert que la porte n’était pas verrouillée. Mais on n’a rien dit. On s’est regardés et on s’est dit : Voilà notre chance! On s’en allait prendre le train et de là, on nous emmènerait dans un camp de concentration. J’ai su ça par après, mais le camp de concentration où je devais aller en premier, c’était Amersfoort. En tout, il y avait deux camps de concentration : Vught et Amersfoort. Et de là, il fallait aller à l’autre camp. Et je me disais, ouais, comment est-ce qu’on va faire pour s’en sortir? C’est ce que je chantais. Alors, quand le train… quand l’autobus est arrivé à la gare…, on a attendu le train, mais il ne venait pas. J’ai su plus tard qu’un des Spitfire avait tiré sur le train. Le train était en panne ou quelque chose du genre, et la ligne de train était brisée. Et puis, ils sont revenus. C’était en août 1944. Ils nous ont ramenés en prison. Il y avait… la longue rue qui traversait la ville, puis une petite rue où il fallait tourner pour arriver à la prison. En plus, laissez-moi vous dire qu’on n’avait pas le droit de se parler entre nous. Il fallait qu’on chante. On s’est regardés tous les deux. J’ai su ce que Tom avait l’intention de faire. Je savais que lorsqu’on arriverait au coin, il allait s’échapper et prendre le coin. Et puis, mon frère a ouvert la porte, a sauté dehors et j’ai sauté par-dessus lui. Et on s’est mis à courir. Mais on s’est trompés de rue. On a couru dans un cul-de-sac. Du côté droit, il y avait deux grosses portes. On les a ouvertes, on est entrés en courant. C’était comme un long entrepôt, avec des tas de boîtes et il n’y avait pas de porte de sortie. On a empilé les boîtes. Il y avait des fenêtres en haut, et les fenêtres étaient toutes faites de verre armé pour éviter qu’on casse les vitres. On a cassé peut-être deux fils métalliques, et les fenêtres, et je me suis coupé. Mes bras saignaient. J’ai regardé en bas et j’ai vu des gens. J’ai crié au secours, au secours! On vient juste de s’échapper. Les gens sont allés chercher un escabeau, et ils nous ont aidés à descendre. Et en dessous de cet endroit, il y avait un petit riool. Comment est-ce que vous appelez ça, un riool? Ah oui, des égouts. Ils nous ont fait descendre dans les égouts. Il fallait qu’on marche sur le côté. Ils nous ont dit de nous asseoir et de rester là. On devait marcher sur le côté, puis on s’est assis là; on a glissé dans la merde et on s’est sortis de là, et on a parcouru tous les égouts de la ville. On est restés là jusqu’à la tombée de la nuit pour se cacher, et la police secrète nous a cherchés partout. Mais on était dans un quartier pauvre et les gens n’ont pas dit un mot. Puis, ils nous ont ramenés et puis, si vous regardez dans le livre, il y a aussi une photo de ça dedans. Ils nous ont aidés à descendre dans les égouts. Mais les égouts étaient pleins de merde; on est restés du côté gauche, puis on est allés du côté droit et on est restés sur le bord. J’ai marché, marché et marché pour arriver jusqu’au bout et je suis sorti de la ville. C’est ce que j’ai fait avec mon frère. Quand on est sortis de la ville, il fallait qu’on trouve de l’eau et une halte. On s’est étendus sur le dos et je m’en souviens encore. Je ne l’oublierai jamais. Ma liberté. J’ai vu le ciel encore une fois. La liberté, ça compte beaucoup. On s’est étendus là. Puis, un fermier nous a vus marcher là et on l’a appelé pour lui demander de l’aide et on lui a dit qu’on venait tout juste de s’échapper. Il nous a emmenés à sa ferme. Il s’appelait Jan Footz, Jan Footz. Puis, il nous a emmenés chez lui. Il nous a donné à manger; il nous a aidés et je suis resté chez lui. Que Dieu protège sa demeure!
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