Témoignages d'anciens combattants:
Adam Leuchter

Armée

  • Photos de signaleurs en France. Adam se trouve au milieu de la rangée du haut. Août 1944.

    Adam Leuchter
  • Phots de signaleurs. Adam se trouve à gauche de la rangée du haut. Août 1944.

    Adam Leuchter
  • Photo d'un groupe de cornemuses en Ecosse en 1943.

    Adam Leuchter
  • Photo d'un défilé d'Aspirants. Adam est le 3ème à gauche, 1945.

    Adam Leuchter
  • Photo du Field-Marshal Bernard Montgomery inspectant les troupes polonaises, août 1944.

    Adam Leuchter
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"On est partis de Caen pour aller dans ce qui est devenu la célèbre poche autour de Falaise et Chambois (France), où trois divisions SS se sont retrouvées prises en tenaille entre les américains et les canadiens et nous on faisait partie de l’armée canadienne. Ça a été un sacré massacre."

Transcription

Et à Téhéran, il y avait déjà une unité de l’armée polonaise que j’ai rejointe et on nous a mis dans des camions et transportés de Téhéran en traversant l’Iran jusqu’en Palestine et de Palestine, deux mois plus tard, on est allés à Suez (Égypte) où on est montés à bord d’un bateau qui s’appelait le (NSM) Mauretania, c’était un grand paquebot. On était plusieurs milliers dessus, et l’idée c’était d’aller en Écosse en passant par le Cap de Bonne Espérance.

Malheureusement, le Japon était déjà en guerre et les sous-marins japonais ont attaqué le convoi, et notre navire, le Mauretania, a dû mouiller à Durban, qui est un grand port en Afrique du Sud. Alors nous sommes descendus du paquebot et nous autres les deux à trois mille polonais on a passé trois, quatre, cinq mois dans un camp en dehors, Pietermaritzburg. Et quelques mois plus tard, un nouveau convoi a été formé au Cap et on est partis au Cap en train, on est monté sur ce petit bateau de la marine marchande, qui était aussi armé avec des canons qui dataient de la guerre des Boers (1899-1902). C’était de vieux, très vieux canons et ainsi de suite.

Il y avait 2000 polonais dessus. Il y avait environ 3000 italiens qui étaient eux prisonniers et il y avait environ 60 marins anglais. Et nous les polonais on s’est transformé en équipage au pied levé. Et c’était vraiment très amusant, et ainsi de suite, parce qu’on était malade presque tout le temps. Les anglais étaient complètement dégoutés. Mais on s’en est sortis. On est arrivés en Écosse en novembre 1942, où j’ai été affecté à la 1ère division blindée polonaise.

En juillet 1944, on a marché jusqu’à, vous savez, dans nos chars, on nous a envoyés à Aldershot (Angleterre), où les troupes d’invasion étaient rassemblées. On a navigué jusqu’en Normandie à un endroit appelé Arromanches, on faisait partie de l’armée canadienne. On est devenu partie intégrante de l’armée canadienne. On a navigué jusque là-bas, c’était fin, courant juillet. Le jour J c’était quand, le 6 juin je crois ? Et notre premier combat s’est produit à la mi août contre la ville de Caen (France) et ensuite on est partis de Caen pour aller dans ce qui est devenu la célèbre poche autour de Falaise et Chambois (France), où trois divisions SS se sont retrouvées prises en tenaille entre les américains et les canadiens et nous on faisait partie de l’armée canadienne. Ça a été un sacré massacre.

J’étais dans le bataillon des transmissions. J’étais radio opérateur et on m’avait affecté au char de combat du commandant. Le char de combat était utilisé par le commandant chaque fois qu’une grande bataille se déroulait. Il prenait place dans le char, assis au sommet du char avec son adjudant et ainsi de suite. Il y avait trois opérateurs radio à l’intérieur du char. Il n’y avait pas de canon, le canon c’était juste un morceau de bois en forme de tube attaché au char pour lui donner l’air d’un canon parce qu’il fallait que l’intérieur soit, c’est là que se trouvait tout l’équipement, le matériel radio. Alors c’était amusant parce qu’on avançait jusqu’au centre de l’action et on avait des périscopes et on pouvait voir les autres chars et les avions et, bien sûr, le char tremblait parce qu’il avait ses propres mitrailleuses dont il se servait. Alors c’était amusant. Je n’ai jamais été blessé.

Les troupes de Staline sont entrées en Pologne et la Pologne est devenu un pays communiste. Et beaucoup d’entre nous qui avaient vécu dans les camps de travail communistes et ainsi de suite, disaient, pas question de retourner là-bas, on reste en Grande-Bretagne. Alors la Grande-Bretagne a organisé ce qui s’appelait le Polish Resettlement Corps dans lequel on nous a regroupés. Et ce PRC était géré en quelque sorte par le gouvernement polonais en exil, qui avait de moins en moins de pouvoir, conjointement avec les anglais. Et de nombreux membres de ce Corps sont partis travailler en Angleterre, dans les mines de charbon, l’industrie textile, vous savez, partout où il y avait du travail, nombre d’entre eux ont commencé à émigrer en Australie et au Canada. La pluparts émigrèrent aux États-Unis. Quelques uns sont retournés en Pologne, mais pas beaucoup.

On s’est battus aux côtés des canadiens. Le plus drôle c’est que lors d’une attaque, on attendait dans la forêt avec nos chars prêts à attaquer dans les deux trois heures à venir quand nos bombardiers, des bombardiers anglais et américains, sont venus, vague après vague, pour diminuer les forces allemandes qui étaient devant nous. À part que, d’une certaine façon ils ont mal interprété les signaux et ils ont commencé à nous bombarder nous. On avait nos marques jaunes et ainsi de suite, mais malgré ça, ils l’ont fait. Alors on a tous sauté sous nos chars et la plupart d’entre nous ont survécu, mais on les a maudits, ouais.

Bon, je suis arrivé à Victoria (Colombie Britannique) il y a quinze ans. J’habite dans une rue de Ten Mile Point. Je sortais mon chien et j’ai croisé un autre canadien qui promenait son chien. On a commencé à bavarder, on s’est vite aperçus qu’on était tous les deux dans l’armée de terre et dans la même partie, il était dans le corps canadien et ainsi de suite. Et il a dit : « Quel est ton meilleur souvenir de cette, notre première attaque ? » J’ai répondu : « me cacher sous le char ! » Et il a dit : tu as sacrément raison, j’étais sous le char, dans mon char, en espérant que j’allais m’en sortir en vie. » Alors nous y voilà, 60 ans plus tard, à des milliers de kilomètres de là où on était pendant la guerre.

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