Témoignages d'anciens combattants:
Kate Hughes Clendenning

Armée

  • Le Soldat Kate Hughes pendant ses Classes à Kitchener, Ontario en 1944.

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  • Photo de Kate Hughes pendant ses Classes à Kitchener, Ontario en 1944.

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  • Kate Hughes prise à Prince Rupert en Colombie-Britannique. Kate n'a pu recevoir la photo qu'une fois la guerre avec le Japon soit terminée car on y distingue trop bien le port.

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  • Kate Hughes dabs son uniforme pendant ses Classes à Kitchener, Ontario en 1944.

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  • James Roland Hughes, le frère de Kate, après qu'il se soit engagé dans l'Aviation Royale Canadienne en 1944.

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"Quand quelqu’un a frappé à la porte et deux hommes se tenaient là avec un télégramme à la main et, et ils sont restés là debout pendant que mon père et ma mère lisaient le télégramme, ils ne sont pas partis."

Transcription

Alors c’était sans doute le jour le plus triste de ma vie. Je vivais à la maison, c’était un dimanche en fait, quand quelqu’un a frappé à la porte et deux hommes se tenaient là avec un télégramme à la main et, et ils sont restés là debout pendant que mon père et ma mère lisaient le télégramme, ils ne sont pas partis, ils sont juste restés là, je ne sais pas. Et ça a été un énorme choc pour ma famille, vous savez. Et puis il a d’abord été porté disparu (Raymond Hugues), présumé mort. Et il n’a pas été retrouvé jusqu’après l’invasion des alliés en Europe. Entre temps, mon frère aîné John, s’était engagé dans l’armée de l’air, après avoir fait ses classes dans l’armée de terre et il voulait être dans un équipage, alors, mais il a passé une visite médicale, et il avait une légère scoliose, c’est ce qu’ils ont découvert. Et il ne pouvait pas devenir membre d’équipage.

Mais il a pensé qu’il avait été réformé de l’armée de l’air alors il est parti immédiatement dans l’armée de terre et ils l’ont réformé parce qu’il avait une légère scoliose et il était en Europe au moment de l’invasion d’Europe et il a découvert qu’il avait pris une décision, qu’il allait retrouver où son frère était enterré. C’est pourquoi je préfère raconter l’histoire de mon frère plutôt que la mienne, et il n’a pas reçu la permission de son commandant. Ils ont dit qu’ils ne le signaleraient pas comme « déserteur » mais que s’il se faisait prendre, c’était à lui de voir, c’était à ses risques et périls. Et comment on a su tout ça, il a écrit une lettre à mon père et ma mère que j’ai encore, et qu’il était arrivé à, ils avaient inondé la Hollande et il était passé par les digues et tout le reste, et qu’il avait trouvé la tombe de son frère. Et ensuite il a écrit cette lettre à mon père et ma mère ce qui leur a permis de retrouver une certaine paix, vous savez, parce qu’ils ne savaient pas où était leur fils ni ce qui lui était arrivé, vous savez. Vous conservez toujours cette douleur.

À cette époque, j’étais désormais dans l’armée et je me rappelle bien où j’étais, je me tenais près de mon lit superposé et c’était à Saskatoon (Sakatchewan) je pense, où j’étais en garnison à ce moment-là. Et la lettre de maman est arrivée, qui disait que la tombe de Raymond avait été retrouvée par son frère. Je me souviens encore très bien de ce moment particulier dans ma vie. C’était la chose la plus importante de mon frère John dans notre vie, vous savez, de trouver son frère.

Je travaillais dans les bureaux de ce silo à grains. Mes frères étaient outre-mer et ma sœur s’est engagée dans l’armée et je me sentais un peu perdue je crois là-bas et Maxine, ma sœur, m’a suggérée, pourquoi pas m’engager moi aussi, vous savez. Et mon père et ma mère hésitaient à l’époque parce que tout le monde les quittait mais comme Maxine travaillait à Détroit (Michigan), elle pensait sûrement que je serais proche de chez nous moi aussi, et comme ils savaient que j’avais cette envie de faire quelque chose, ils m’ont laissée partir. Et après avoir fait mes classes à Kitchener (Ontario), on m’a envoyé suivre une formation à Saskatoon et de Saskatoon dans le Saskatchewan, je suis allée à Edmonton en Alberta. Et d’Edmonton en Alberta je suis partie à Prince Rupert en Colombie Britannique et puis je suis descendue à Vancouver (Colombie Britannique). Alors c’était ça mon périple.

Lors de cette formation que j’ai suivie, j’ai dû apprendre tout ce qui concerne les départs de l’armée, comment faire les choses et tout ça, mais le classement c’était le pire parce qu’il y en avait tellement, je n’en ai jamais fait d’ailleurs.

Et à cette époque, bon évidemment, ils avaient peur du Japon et puis la guerre des îles Aléoutiennes juste avant ça. Alors quand on m’a envoyée là-haut pour travailler dans le bureau, le R.C.E.M.E, le service technique de l’électricité et de la mécanique, ils m’ont envoyée là haut, ils m’ont envoyée avec l’uniforme de combat complet, le casque, le masque à gaz, la totale, vous savez. Ce dont je n’ai jamais eu besoin.

Mais le R.C.E.M.E, ce qu’ils faisaient, ils s’occupaient de la maintenance des canons postés le long de la côte et différentes choses comme ça. En fait, je n’ai jamais très bien su ce qu’ils faisaient, c’était gardé secret, alors je faisais mon travail tout simplement et je ne me suis jamais vraiment posé de questions à propos de ce qu’ils faisaient jusqu’après que ce soit terminé.

J’ai découvert quand je suis rentrée chez moi que mes amies, les filles que je connaissais s’étaient mariées, elles avaient des vies différentes, vous savez. Et j’ai décidé de retourner à l’école de commerce, ce que j’ai fait à Chatham (Ontario). Mais le sentiment c’était, j’avais l’impression que le sentiment c’était qu’il n’y avait qu’une seule chose que les filles aimaient dans l’armée et, c’était les garçons et ce qui va avec. Mais ce n’est pas la vérité. Parce que j’ai trouvé que la vie dans l’armée c’était exactement comme la vie dans le civil. Vous fraternisez avec des gens qui vous ressemblent, vous savez. J’ai toujours pensé d’une manière naïve je crois, et je me suis engagée avec des jeunes filles tout aussi naïves, alors, je ne me suis pas engagée avec elles mais je veux dire, elles sont devenues mes copines.

J’ai l’impression que ça a été une bonne expérience dans ma vie et je ne l’ai pas compris à l’époque, vous savez, mais si vous y pensez des huit enfants cinq sont allés dans l’armée, vous savez, c’était quelque chose. C’était dur pour mon père et ma mère et en fait mon père s’en est rendu malade, vous savez, parce que c’était un homme fragile. Mais ma mère, elle était plus forte, et comme expérience après mon frère, recevoir la nouvelle que mon frère avait été tué outre-mer, vous savez. Et on était censé être en deuil je suppose ou quelque chose et dans notre communauté ils avaient, ça s’appelait le Women’s Hall Institute et ils organisaient une soirée dansante tous les vendredi soir. Et nous, on allait à ces soirées et les gens pensaient que c’était épouvantable, que mon frère ait été tué et néanmoins, on allait danser. Et ma mère disait que c’était, qu’on était en vie et la vie continue. On était jeunes et censé apprécier la vie, on ne pouvait tout simplement pas faire ce que nos voisins attendaient de nous je suppose, je ne sais pas. En tout cas, c’était mon histoire.

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