Témoignages d'anciens combattants:
Norm Dick

Marine

  • La médaille commémorative des convois arctiques (Murmansk) offerte au personel de la marine royale canadienne et la marine marchande en 1985 lors du 49ème anniversiare de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

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  • M. Dick est au centre, portant l'uniforme de la Marine canadienne. La photo a été prise à Brandon, Ontario, vers 1942. Il est en compagnie de deux de ses amis, Harry et Stan Fraser qui étaient respectivement enrolés dans l'aviation canadienne et l'armée canadienne.

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  • L'équipage du Monnow. L'équipage en entier comptait 125 hommes. Sur cette photo on voit la partie de l'équipage pour la chaufferie et les engins. M. Dick est le plus grand dans la rangée arrière, son surnom était "This-Above-All" (plus grand que tout) car il mesurait 6 pieds et 4 pouces.

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  • Une photo du navire de M. Dick, le Monnow, prise en 1943.

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  • Liste de l'équipage de la chaufferie du NCSM Monnow, datée du 12 mai 1945.

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"Et tout juste au moment où j’allais lâcher prise, deux gars sont sortis en trombe du bateau et chacun m’a agrippé un bras pour me hisser sur le pont comme un gros poisson mouillé."

Transcription

Et bien, en général on faisait le voyage de Terre-Neuve à Londonderry en Irlande à en escortant des convois. C’était une sorte de service régulier, la « Newfie dairy run » comme ils l’appelaient. Donc on a fait ça un bon nombre de fois et puis après ça, on est allés à Mourmansk (Russie). Je n’avais pas froid parce que j’étais chauffeur (dans la chaufferie). Les chauffeurs étaient en dessous des ponts.

La première fois que j’ai pris la mer, c’était dans le Golfe du St Laurent, on a croisé une tempête, on descendait le St Laurent du lac Ontario à Halifax, et dans le Golfe j’ai attrapé le mal de mer. Et c’est tout, je n’ai plus jamais eu le mal de mer. Le premier voyage a eu lieu en décembre 1944. J’ai eu la vie sauve dans le, sans ce voyage, je ne serais plus de ce monde. Et alors c’est pour ça évidemment que je l’ai trouvé intéressant. Et s’est retrouvés en pleine tempête, c’était bien pire que ce qu’on avait dans l’Atlantique Nord. On n’avait jamais vu des vagues aussi hautes. Et j’ai posé mon pied sur une planche et en un éclair, je me suis retrouvé très en aval dans le courant. Je crois que j’avais dû m’assommer en tombant, je me suis fracassé le nez sur le bateau sur un de ces câbles et j’avais le nez cassé le nez et je saignais, tout ça.

Alors je suis arrivé là en bas puis j’ai regardé en l’air et il y avait ces deux bateaux. Alors j’ai remonté le courant en nageant entre les deux bateaux. Je pouvais les voir, malgré l’obscurité, ils apparaissaient distinctement là haut. Quand je suis remonté entre les deux bateaux, j’avais des difficultés à trouver un endroit où m’agripper. Finalement j’ai trouvé un trou dans notre bateau avec une barre de fer dans le milieu et en fait il se trouve que c’était les orifices de sortie de nos bouteilles, vous savez ce que c’est que les bouteilles je suppose. Alors j’ai empoigné ça et je m’y suis accroché de toutes mes forces et puis, j’ai décidé que la première chose à faire c’était de crier pour demander de l’aide. Et j’ai ouvert la bouche mais rien n’en est sorti. Vous le croyez, ou pas très, mais je n’arrivais pas à produire de son. Je suppose que c’était l’effet de l’eau froide sur moi.

Et pendant que j’étais accroché là à me demander quoi faire, tout à coup, il y a eu la lueur d’une lampe torche qui est passée par dessus le bord du tanker et il m’a trouvé. Alors le gars, il commence à me crier de tenir bon et il m’a envoyé une corde. J’ai attrapé la corde et j’ai lâché ma prise sur le bateau et il m’a fait descendre pour atteindre notre plage arrière et la plage arrière n’était pas très loin au dessus de l’eau à ce moment-là. Alors je me suis approché et j’ai attrapé le câble, je pense que c’est le câble sur lequel je m’étais cassé le nez, et je me suis hissé et j’ai posé les genoux sur la plage arrière et je pensais que je n’avais qu’à basculer pour me retrouver à bord. Mais j’ai compris tout à coup que je n’avais plus de forces et je faisais de mon mieux mais je ne parvenais pas à me hisser et j’étais en quelque sorte en position allongée, suspendu là et le gars sur le tanker, c’est le gars avec qui j’avais parlé et il criait, et il voyait bien que j’avais un problème. Il criait à pleins poumons. Finalement, juste au moment où je crois bien que j’allais laissé tomber, deux gars ont surgi de notre bateau et m’ont empoigné chacun un bras et comme un poisson tout mouillé, ils m’ont projeté sur le pont.

Et l’instant d’après, je prenais une douche brûlante et le chef des chauffeurs arrivait en me tendant un verre rempli à ras bord de rhum, un truc puissant de marin, et je crois que je l’ai descendu comme si c’était du petit lait. Je savais que ce gars sur le tanker m’avait sauvé la vie. Alors j’ai rassemblé autant de cigarettes que j’ai pu. J’ai retrouvé le gars que je cherchais et vous ne pouvez pas imaginé comme il était content.

Six sous-marins allemands se sont rendus et il nous a fallu les escorter jusqu’en Ecosse et leurs équipages étaient internés en tant que prisonniers de guerre. Ce dont je me souviens, c’est que les allemands qu’on a rencontrés ne parlaient pas anglais, je croyais que tous les allemands parlaient anglais, mais non. Et ils ne recevaient pas les nouvelles du tout. Et je me souviens qu’une des villes avait été rasée, je ne me rappelle plus comment elle s’appelait, Hambourg ou quelque chose comme ça, et un des gars là-bas, il venait de la ville en question et on essayait de lui dire qu’elle était kaput et il ne nous croyait pas. Il ne nous croyait pas du tout. Il était évident qu’ils ne recevaient aucunes nouvelles.

On s’est tout simplement débarrassés d’eux dès qu’on est arrivés en Ecosse. C’était des gars sympas, ils étaient tous sympas. Tout le monde était content que la guerre soit terminée. Pas le moindre doute là-dessus.

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