Témoignages d'anciens combattants:
Gordon Hardy

Armée

  • M. Gordon Hardy avec ses médailles et ses décorations, le 22 avril 2010 à Ingonish, Nouvelle Écosse.

    Tim Reynolds
  • Photo du navire SS Rose Castle, sur lequel M. Gordon Hardy a navigué, datée du 11 septembre 1942. Le SS Rose Castle a été torpillé et coulé avec le PLM 27 le 2 novembre 1942. Ces naufrages sont aujourd'hui commémorés comme la bataille de l'ile de Bell.

    Canada. Dept. de la Défense Nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-143173
  • Photo de la cloche du SS Rose Castle, qui avait deux cloches utilisées à bord pour les communication de l'équipage. Cette cloche est actuellement présentée à la filiale 18 de la Légion Royale Canadienne sur l'ile de Bell.

    Arthur John Vatcher Family
  • Portrait de M. Gordon Hardy, 1942.

    Gordon Hardy
  • Article de journal racontant comment la famille Hardy (père et cinq fils) ont tous servi pendant la guerre. Photo prises pendant les années de guerre et publiées dans un journal local.

    Gordon Hardy
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Écoutez ce témoignage

"Alors j’ai nagé et j’entendais des gens qui s’en remettaient à Dieu et à la Vierge Marie dans le noir autour de moi. Tout était sombre, il faisait noir comme dans un four."

Transcription

Je me suis engagé dans la marine marchande quand j’avais 17 ans, en 1941. On a navigué de Sydney, jusqu’aux mines de minerai de fer à Belle-Ile. Le 2 novembre, on était à plein et en mouillait au large de la baie de la Conception, en attendant de partir pour Sydney. Nous étions au lit endormis, ceux qui n’étaient pas de garde. Un peu après minuit, j’ai entendu une terrible explosion, j’étais en train de dormir. Et j’ai sauté du lit et il y avait une applique au dessus de mon lit avec une chaînette, j’ai tiré sur la chaîne. Et il n’y avait pas de lumière, alors j’ai su qu’on avait été torpillés à l’avant. Parce que j’ai pu sentir le bateau tremblé au plus profond de mon sommeil.

Et j’ai couru dehors sur le pont avec mon gilet de sauvetage dans la main, car je pensais, quand je suis arrivé sur le pont, il y avait le deuxième mécanicien, Jimmy McDonald, troisième mécanicien plutôt, qui venait de Barasway Harbour, et le deuxième mécanicien qui venait de Louisbourg et ils avaient une lampe torche. Et j’ai regardé et je courais, ils ont commencé à me parler, je suis revenu par le capot de descente en courant, qui était tout près d’où je leur parlais, et j’avais mon oreiller, à la place de, je dormais avec, je dormais tout le temps avec ma bouée de sauvetage sous mon oreiller. Donc j’avais l’oreiller, je me suis rendu compte, alors je l’ai jeté par terre et j’ai couru et j’ai pris mon gilet de sauvetage et ils n’ont pas pris le temps de les enfiler et de pousser un bras à l’intérieur et l’autre bras et ce n’était pas léger, un gilet bien ajusté. Et je devais le serrer mais je n’ai pas pris le temps de le serrer.

Alors j’ai couru jusqu’à la rambarde et ils ont dit, où est-ce que tu vas Hardy ? Et j’ai répondu, je vais sauter par-dessus bord. Ils ont dit, ne saute pas dans cette eau glacée, ça va te tuer. J’ai dit, c’est mieux de sauter dans l’eau glacée, de tenter ma chance de ce côté-là plutôt que d’être tué par une autre torpille. Ils ont dit, tu penses qu’on va s’en prendre une autre ? Et j’ai répondu, ce n’est qu’une question de secondes maintenant. J’ai dit, on va s’en prendre deux. Et je me suis mis debout sur la rambarde et j’ai dû sauter et la torpille est arrivée je suppose dans la direction opposée et je suppose que ça a aidé parce que je suis tombée la tête la première ou plongé ou sauté et j’ai touché l’eau et juste au moment où je touchais l’eau, bon, comme ils disent la torpille a frappé du côté opposé en passant à travers la salle des machines. Il a mis dans les 50 secondes je dirais, certains d’entre eux ont dit 30 et ils ont affirmé entre 30 secondes et 90, mais il s’est enfoncé en moins de 90 secondes.

Quand il a coulé, je suis descendu avec, aspiré. Mais j’ai nagé tout le temps, même quand j’ai touché l’eau, en mouvement. Et quand je suis remonté, j’ai nagé et nagé, sans savoir à quel niveau j’étais descendu. Et j’ai émergé. J’avais absorbé de l’eau et ça me ralentissait, ça m’a rendu à moitié malade et je commençais à avoir froid là parce qu’il y avait des flocons de neige et un vent froid. Je pense que c’était un vent de nord-ouest, nord-est à ce moment-là, mais glacial. Alors j’ai nagé et j’entendais des gens qui s’en remettaient à Dieu et à la Vierge Marie dans le noir autour de moi. Tout était sombre, il faisait noir comme dans un four.

Et j’ai passé au moins deux heures dans l’eau et j’ai croisé un radeau de sauvetage, il a tendu la main, ce gars-là, j’étais trop faible à ce moment-là, trop frigorifié, pour monter sur le radeau, alors il m’a tendu la main et il a dit, je suis enchanté de faire ta connaissance, Gordon, Il a dit, on est petits-cousins. Et c’était le première fois que je le voyais, la première fois que j’entendais parler de lui. Il était de Port-aux-Basques à Terre Neuve. Et il avait un frère à bord, son frère a sombré avec le bateau cette nuit-là, et il a survécu. Il m’a hissé à l’intérieur et je n’étais pas vêtu. J’avais tellement froid que j’ai dû retourner dans l’eau, il y avait un trou au centre du radeau et il y avait un fond. Et je devais me tenir là-dedans parce que c’était plus chaud dedans, debout dans l’eau.

Une vedette Fairmile est venue se placer le long du radeau et nous en a fait sortir. Je ne pouvais pas tenir debout alors un gars s’est penché vers moi et l’autre gars le tenait lui. Et il m’a agrippé solidement par les poignets. Et c’est la meilleure sensation que j’ai jamais eue. J’ai su que j’allais m’en sortir.

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