Témoignages d'anciens combattants:
Robert Charles “Chuck” Steen

Forces aériennes

  • "C'est notre camp". Tente de logement pour l'unité d'évacuation aérienne. Notez la moto d'expédition à droite. Photo prise en Allemagne, printemps 1945, à la fin de la guerre.

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  • Ville d'Eindhoven, Pays-Bas, après un raid de bombardement. Photo prise à l'automne 1944.

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  • Évacuation des blessés, automne 1944.

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  • Photo du général Montgomery (à gauche) et du roi George VI au moment de la signature du traîté de paix. Chuck Steen leur a serré la main tous les deux, comme "Monthy: a remercié tous les hommes personnellement pour leur travail bien fait. Quatre mille deux cents hommes ont été évacué avec succès sans qu'un seul soit perdu.

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  • Chuck Steen après son enrôlement, à Winnipeg, Manitoba, août 1943. Il porte ici son 5A Blues.

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"S’il n’avait pas dit qu’il était fier de moi, fier de ce que j’avais accompli… Eh bien, il l’a finalement dit, mais il m’a fallu attendre une éternité."

Transcription

Arrive le matin de l’invasion, c’était le 6 juin 1944. Cet après-midi, on nous avait appelé pour descendre à Portsmouth parce qu’ils débarquaient les blessés et tout le reste des barges de débarquement, tout ce qu’ils avaient. Donc, ils avaient besoin d’aide. Donc, on nous a envoyés là-bas. On n’avait pas à aller très loin et on les déchargeait. Dans le genre, c’était un spectacle atroce. J’ai essayé de me sortir ça de la tête parce que certaines de ces personnes n’ont même pas débarqué. Mais il y avait un gars en particulier, vous savez, vous en riez plus tard, il m’a dit, je me suis entraîné pendant cinq ans et je ne suis jamais descendu de ce bateau et tout, j’ai jamais tiré un coup de feu et me voilà. Alors je lui ai dit, tu t’es fait tirer dessus, mais un jour, tu seras de retour. S’il est retourné ou non, je n’en sais rien.

On a passé la plus grande partie de l’hiver en Hollande, en haut, à Eindhoven. C’est l’hiver où il ne se passait rien. Pour ce qui est des hivers, c’était l’un des plus froids à endurer. À ce moment-là on vivait toujours dans des tentes et parfois on dormait sous nos camions ou l’un ou l’autre, suivant l’endroit où on devait aller. Mais cette fois-là, on y est allé et on s’est installé mais il n’y avait ni chauffage, ni eau courante, ni rien de ce genre, donc on a dû s’en passer. Au moins on était au sec. Et on a été touchés deux fois par des bombes incendiaires [conçues pour mettre le feu] et une ou deux autres choses. On a perdu des camarades, on ne pouvait rien y faire. C’était effrayant.

Ce dont je me souviendrai toujours, c’est du matin du Nouvel An de 1945, aux alentours de 9 h. On allait sur le terrain d’aviation. Certains de nos gars étaient allés en ville la veille pour faire la fête, mais la plupart sont restés, ne sont pas sortis. On devait traverser une piste. Ils avaient pris des Tiffies, Typhoons [Hawker] [chasseurs-bombardiers britanniques] et ils avaient décollés et tout de suite après on entend du bruit et on regarde à l’arrière du camion et on pensait que c’était nos avions qui étaient encore en train de faire la fête ou je ne sais quoi. Et bien quand on a vu le marquage sur les avions, on a vu que c’était des Allemands. Des avions allemands, quelque chose comme ça. Et ils tiraient sur le terrain. Oui, ils ont fait d’énormes dégâts et tout le reste. C’était la partie la plus triste de la matinée parce qu’on a perdu beaucoup de gens et moi-même j’ai été touché deux fois, mais je ne l’ai su que plus tard dans la journée. Et comme conducteur, j’ai eu la première ambulance pour ramasser ces gens et les emmener dans des hôpitaux ou autre, vous savez.

Mais le plus triste, c’est qu’ils ont été si nombreux à perdre leur vie ces jeunes gens. Ils ont toujours dit qu’aucun de ces avions n’était revenu sur le terrain d’aviation et bien ce n’était pas le cas parce que des années plus tard, quand je suis revenu et que j’ai commencé à travailler pour Kramer Tractor, il y a ce gars qui est venu, c’était le mécanicien de M. Kramer. Un jour, on a parlé ensemble en prenant une bière et on a parlé de cet épisode et il m’a dit qu’il avait été un des pilotes qui avait tiré sur notre terrain d’aviation. Il m’a dit qu’un bon nombre d’entre eux étaient revenus. Je lui ai dit qu’on nous avait dit que personne n’était revenu. Il m’a dit qu’ils étaient revenus. Il m’a dit que c’était un travail qu’ils ne voulaient pas faire mais qu’ils n’avaient pas non plus le choix. « On y va, on prend les avions, on vous tire dessus ou bien on se fait envoyé sur le front russe ». Il n’avait pas le choix.

Mais on est devenu bons amis parce que c’était la guerre. En fait, il ne voulait pas plus faire la guerre que nous et donc ça c’est un de ces moments dont je me souviendrai toujours. Je me souviendrai toujours de mon retour chez moi, et j’étais le dernier à rentrer chez moi pour être honnête avec vous. La guerre était terminée, on était dans une petite ville, juste au nord de Winnipeg, qu’on appelait Stony Mountain. Mon père était gardien là-bas. La moitié de la population peut-être était dans le service. Donc, quand je suis rentré chez moi, j’étais comme je l’ai dit un des derniers. Je sais que certaines des mères sont venues vers moi et m’ont dit : « comment se fait-il que tu sois revenu? » et je n’y ai jamais vraiment pensé, pas avant des années, que je n’aurai pas dû revenir, comme tant d’autres hommes et femmes. On était sensé aller là-bas et se faire tuer, comme eux. Elles ont perdu leurs fils et des choses comme ça. Pendant très longtemps quand j’ai reçu mes médailles et tout ça, je ne les ai jamais sorties de leur boîte. Elles sont restées dans un tiroir pendant des années.

Mais, j’ai toujours emmené mes enfants à toutes [les cérémonies] pour honorer les soldats, mais je n’ai jamais…jusqu’à ce que mon petit-fils soit né et il était peut-être en 6e année et il devait faire une présentation. Il m’a demandé de venir à l’école. J’ai dit d’accord. Il m’a dit : « je veux te montrer et tu peux nous raconter une petite histoire ». Mais il m’a dit une chose, il m’a dit : « je veux que tu portes tes médailles ». Et là, ça m’a frappé et ça a été un commencement. S’il n’avait pas dit ça, il a dit : « je suis fier de ce que tu as fait ». Depuis ce temps-là eh oui, je les porte. Mais ça m’a pris beaucoup de temps.

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