Témoignages d'anciens combattants:
Michael Fedoruk

Forces aériennes

  • Michael Fedoruk et l’équipe du Groupe 5 de la RAF, un groupe de commandement chargé des opérations de bombardement. Les hommes font le point après une mission et se réchauffent avec une tasse de thé autour d’un poêle à bois. Le 20 février, 1944.

  • Michael Fedoruk avec deux compagnons d’évasion. La famille Ottens d’Amersfoort en Hollande leur a préparé un thé d’adieu avant qu’ils ne soient escortés par les membres de la Résistance vers leur prochaine destination, en avril 1944.

  • Michael Fedoruk (debout, rangée arrière, 3e en partant de la gauche) et la famille Koeslag qui a hébergé six soldats du Canada, des É.-U. et d’Angleterre pendant l’occupation allemande de la Hollande. Le 30 mai 1944.

  • Michael Fedoruk devant une bombe ‘’cookie’’, une bombe lourde de 4000 livres, avec un bombardier Lancaster à l’arrière plan. Juin 2001.

  • Michael Fedoruk et copains savourant une pinte de bière anglaise à l’auberge The Red Lion Inn. Ils sont assis autour d’une table en chêne gravée des noms des membres de l’équipage. Juin 2001.

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"À vous tous, je vous dirais de venir faire un tour vivre les expériences que nous avons eu à endurer en tant qu’équipage et en tant qu’artilleur …."

Transcription

Mon histoire commence le 24 ou le 25 mars 1944, lors d’un raid sur la ville de Berlin lancé par le Commandement chargé des opérations de bombardement. Six cent soixante-dix-sept avions ont participé à ce raid. Maintenant, remontons dans le temps jusqu’à ce jour. À vous tous, je vous dirais de venir faire un tour pour vivre les expériences que nous avons eu à endurer en tant qu’équipage et en tant qu’artilleur. Imaginez que vous soyez assis dans un bombardier Lancaster, le MR 672, rattaché à l’Escadron 44 basé à Lincolnshire en Angleterre. N’ayez point le mal de l’air – vous êtes sur un vol d’une durée de sept heures. Je m’appelle Michael Fedoruk. J’ai vingt-trois ans et je suis artilleur certifié. Mon équipage a déjà cinq raids en territoire allemand à son actif. Ceci est ma sixième mission. Nous ne sommes pas des novices. Alors nous voilà partis en mission vers Berlin. Notre cargaison de bombes fait environ 9, 526 livres et consiste en une bombe lourde de 4,000 livres (surnommé ‘’blockbuster’’ ou ‘’cookie’’) et le reste sont des bombes incendiaires empaquetées dans des cageots contenant des bâtons allant de 4 à 30 livres. La bombe ‘’cookie’’ est une bombe lourde capable d’éventrer un quartier entier et les bombes incendiaires sont utilisées pour incendier la région. Nous voilà donc partis ; le commandant de la base envoie la main aux avions qui décollent et nous souhaite de rentrer sain et sauf. Les conversations cessent et sauf pour les commandes et consignes essentielles, le silence s’installe dans l’avion. J’observe la scène à partir du poste d’artilleur situé dans le nez de l’avion et, l’attaque s’amorce. Des faisceaux lumineux percent le ciel assombri. Des nuages de fumée grise et noire parsèment le ciel alors que des éclats orangés s’échappent des missiles antiaériens qui explosent. Nous sommes maintenant au-dessus de la cible, les portes des soutes à bombes s’ouvrent et toutes les bombes sont activées. Je vise la cible et j’avise le pilote sur les corrections de parcours. Je lâche les bombes et on sent l’avion s’alléger alors que j’annonce ‘’Les bombes sont parties.’’ sur l’Intercom. Le pilote dit : ‘’Dieu merci, les bombes sont parties.’’ Et, il enligne notre engin de guerre sur le parcours du retour. Sur notre chemin du retour, au dessus de la vallée du Ruhr, nous sommes pris dans un faisceau lumineux et subissons un barrage d’artillerie antiaérien. La visibilité nocturne est faible ; nous sommes aveuglés par les faisceaux lumineux. À partir du Lancaster, je vois l’arc des munitions traçantes qui s’avancent vers l’avion. J’avertis le pilote de prendre des mesures évasives. Nous sommes frappés. L’engin de l’aile gauche est touché, l’autre est en feu. L’avion est une torche flamboyante dans le ciel assombri. Le pilote demande à savoir notre position ; il a beaucoup de difficulté à contrôler l’avion. Nous sommes au-dessus de la Hollande. C’est la panique dans l’avion. Le pilote ordonne à l’équipage d’abandonner l’appareil. Je réponds, ‘’Artilleur, j’abandonne !’’ Et, je m’échappe de l’avion. Je tire sur la poignée d’ouverture, une masse de soie et de cordages déferle suivi d’un coup sec. Mon nez saigne, j’ai le menton meurtri, les lobes de mes oreilles sont déchirés. Je frappe le sol durement avec les pieds et je culbute. Tout est silencieux sauf pour mon cœur qui bat très fort. J’aperçois des buissons non loin où je peux me cacher et enterrer mon parachute. Voilà comment a débuté treize mois de survie et d’évasion en Hollande occupée.
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